le 7 juillet 2005

Bombes à Londres et l'Algérie

Désespéré

 

Après l’euphorie d’hier, les Anglais vivent aujourd'hui la terreur.  Les fondamentalistes islamistes ont attaqué le métro de Londres.  Le nombre de morts et de blessés n’est pas encore connu, mais il sera, de toute évidence, important. Cette attaque qui n’a pas rapport aux JO coïncide avec la réunion du G8 en Écosse et découle de la participation du gouvernement anglais dans les guerres de l’Afghanistan et de l’Irak. Elle démontre que contrairement aux déclarations quotidiennes de Bush et Blair, comme quoi le terrorisme est à bout de souffle, que les islamistes ont toujours l’initiative.

 

La première guerre fut autorisée par l’ONU. La guerre d’Irak ne l’a pas été. Il n’y avait pas de lien entre Saddam Hussein et les terroristes du 11/9, ni de réserve d’armes de destruction massive. Bush a fabriqué un scénario mensonger pour tromper tout le monde. Heureusement le Canada ne s’est pas fait prendre au piège et a résisté aux pressions américaines. Blair, par contre, a sauté à deux pieds dans la marmite et est parti en guerre. Bush et Blair ont mobilisé tous les mécontents du monde arabe autour de la guerre en Irak. Aujourd’hui, le peuple anglais en récolte les conséquences, souffre et je crains, malheureusement, que ce ne soit que le début. 

 

La réaction de Bush et Blair à l’attaque de ce matin est d’accentuer la « guerre contre le terrorisme ». Je crois que cette stratégie est une erreur car elle ne fait que créer d’autres terroristes. Ils ne s’attaquent pas à la source du problème. Ils devraient cesser d’aider les gouvernements fantoches des pays arabes et favoriser leur remplacement par des gouvernements responsables et démocratiques. Les jeunes de ces pays réclament des dirigeants honnêtes, la liberté et une voix au chapitre. Ils recherchent l’espoir perdu. Ils veulent travailler, gagner leur vie honnêtement, créer une famille, avoir des enfants. Ils attendent et attendent, et comme rien de change plusieurs voient en l’Islam la solution

 

Je prends, comme exemple, la situation en Algérie dont on ne parle pas beaucoup dans ce conflit. Le gouvernement est appuyé par les Etats-Unis. Aux élections de l’an dernier, le président Bouteflika a remporté une belle victoire et les observateurs internationaux ont affirmé que l’élection s’était bien déroulée malgré qu’un très grand nombre d’Algériens bien pensants ne soient pas en accord avec cette déclaration.

 

Récemment des journalistes algériens ont été mis en prison tout simplement parce qu’ils ont eu le courage de dénoncer les politiques de Bouteflika. Ils devront servir six mois dans les geôles algériennes qui ressemblent à celles de l’Amérique latine du siècle dernier. Pourtant le State Department n’a fait aucune déclaration pour dénoncer ces actions fascistes.

 

Les conditions à l’origine de l’insurrection des islamistes fondamentaux des années 90, qui fait plus de 100,000 morts, prévalent toujours. Bouteflika au nom de la réconciliation nationale maintient des fondamentalistes islamistes dans son gouvernement. Bush accepte cela alors qu’il combat ces mêmes fanatiques en Irak et en Afghanistan. Un dénommé Bendjallah, fondamentaliste islamiste reconnu, a ses entrées à Washington dans le débat sur l’avenir politique de l’Algérie. Pourtant Bush fait croire à son audience américaine que son engagement en Irak est la continuation de sa lutte contre le terrorisme fondamentaliste islamiste mondial. 

 

Alors que l’Algérie est de plus en plus riche à cause de la poussée des prix du pétrole et du gaz, plus de la moitié des nouveaux universitaires algériens sont en chômage et se voient obligés de vivre chez leurs parents pendant des années. Plusieurs renoncent à créer leurs propres familles.

 

Dans ce beau et grand pays, on voit partout des policiers, des barrages routiers par les gendarmes, de nombreuses voitures non identifiées qui arrêtent, entre autres, les touristes qui prennent des photos (car il faut un permis pour prendre des photos). On peut lire sur des murs des cris de désespoir qui  dénoncent la terreur du régime, tels « les indus élus sont contre l’avenir démocratique », « gendarmes = terroristes ».  A tout bout de champ, il faut montrer ses papiers, son passeport... C’est tout d’un état policier. Pourtant Bush continue à appuyer ce régime.

 

Attend-il que les jeunes Algériens montent aux barricades ou deviennent des porteurs de bombes? Au lieu de persuader Bouteflika d’agir comme un chef d’État responsable, il accentue la guerre et a même la Syrie dans sa mire.

 

Par ailleurs, il aime son nouvel ami le dictateur Khadafi, de la Libye, le pire des pires. C’est à n’y rien comprendre. À moins que ce soit à cause du pétrole...

 

Les guerres créent les terroristes. La solution est de régler les problèmes qui les motivent.

 

Claude Dupras