La vie à Crawford

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La vie à Crawford Park  

Depuis le déménagement à Crawford Park, au 7401 boulevard Lasalle, la famille est très heureuse. Ils apprécient tous la nouvelle maison et ses nombreuses commodités : grandes chambres, cuisine moderne, salon orné de belles tentures, grand balcon donnant sur le boulevard Lasalle avec une belle vue sur le fleuve, sous-sol fini avec table de billard, douche séparée etc... Ils aiment bien l’environnement du quartier. Le bord de l’eau est magnifique. Il y a d’ailleurs un endroit le long de la rive où l’eau, moins profonde, est plus calme. Ils peuvent même s’y baigner. Ils ont bien de la chance car les rapides de Lachine sont juste en face d’eux, de l’autre côté du fleuve. Le courant depuis le pont Mercier, en amont, est relativement fort le long du boulevard.

Antoinette est très heureuse. Elle ne se rend presque plus au commerce sauf pour y faire un contrôle sommaire à l’occasion. Il est encore profitable malgré ses absences et celle de Charles-Émile, mais les profits ne sont plus aussi importants.

Le premier Noël est magique. Le fleuve est partiellement gelé. Un brouillard du matin, froid et épais, s’élève du fleuve, entraînant la formation de frimas sur les grands arbres du boulevard Lasalle. Ils sont d’une beauté majestueuse. La nouvelle neige vient s’y déposer.  Plus beau que jamais, l’arbre de Noël est installé dans la grande pièce où se trouvent la salle à manger et le salon. Pierre-Paul est heureux et semble moins inquiet. Il faut dire qu’il a repris une partie du temps perdu au Collège. Claude est heureux qu’il soit encouragé et motivé. Ils assistent à la messe de minuit à l’église Notre-Dame-de-Lourdes. Ils s’y sont rendus à la suggestion de Claude; ce qui lui permet d’entendre son ancienne chorale. Après la messe, ils se retrouvent à la maison pour le réveillon qu’Antoinette a préparé. Puis, c’est la distribution des cadeaux et cette année, par exception, ils sont tous en rapport avec la nouvelle maison. Ils se couchent très tard, même s’ils doivent partir très tôt pour Saint-Jérôme.

Le chien Sunday est heureux. Depuis septembre, il s’est baigné tous les jours jusqu’à l’arrivée de l’hiver. La rive du fleuve n’est qu’à 200 pieds de la maison. Il adore courir dans la neige et ne manque jamais une sortie avec Antoinette et ses garçons. Ils font régulièrement de longues promenades dans leur nouveau quartier où il y a beaucoup d’activités communautaires.  

Le vendredi soir, c’est la présentation de films en noir et blanc dans un bâtiment qui sert temporairement d’école primaire. Depuis peu, il sert aussi d’église annexe pour la nouvelle paroisse Notre-Dame-de-la-Garde que l’Archevêque vient tout juste de constituer pour les fidèles de la partie ouest de Verdun : ce qui englobe d’ailleurs Crawford Park. Amateurs de cinéma, Claude et Pierre-Paul ne manquent jamais la projection hebdomadaire. La programmation comporte, en plus du grand film de la soirée, deux séries très populaires. Un épisode de 30 minutes des aventures du détective chinois Charlie Chan et de ses fils, son number 1 et son number 2, de même qu’un autre épisode d’horreur, de 30 minutes également, mettant en vedette Lon Chaney junior.

Un voisin a triplé la grandeur de son garage pour y installer une école de boxe et une arène. Claude convainc son père de l’inscrire et il commence ses cours. Il apprend les notions de base. Après quelques séances, il a vite compris que ce n’est pas sa place et renonce avant de se faire casser le nez.

Un autre voisin a des ambitions en cinématographie et réalise des petits films avec sa caméra de 16 mm. Il lui faut évidemment des comédiens et des figurants bénévoles. Claude et Pierre-Paul acceptent à l’occasion d’être figurants et s’amusent bien de se voir à l’écran lors des projections.

De l’autre côté de la rue Foch, il y a le bird man, comme l’a surnommé Antoinette. C’est un éleveur de serins. Il y a dans sa maison une vingtaine de longues cages pleines de nids dont certains d’entre eux abritent de petits œufs que couvent les femelles. Les autres sont remplis d’oisillons agglutinés les uns sur les autres qui ouvrent grand leur bec, à l’unisson, pour réclamer de la nourriture de leur mère. Claude est émerveillé de découvrir toutes ces petites vies et de les voir grandir. Sans plumage à la naissance, les plumes leur poussent lentement et les transforment en de petits poussins tout ronds. Depuis toujours, Antoinette garde un serin en cage. Pour lui, il n’y a rien de plus beau le matin, lorsqu’un rayon de soleil perce dans la cuisine, que de l’entendre chanter. C’est d’ailleurs Claude qui a la responsabilité de nettoyer la cage, remplacer le papier du fond, remplir la mangeoire de grains de blé ou de céréales et remplir d’eau le petit abreuvoir. Il suggère à Antoinette de lui acheter une cage comme celles du bird man pour qu’il puisse aussi élever des serins. Elle accepte. Claude se précipite chez le voisin pour lui demander conseil. Heureux d’avoir fait un émule, l’homme lui offre une cage avec deux nids, deux femelles prêtes à pondre, un mâle et des sacs de grains, en plus de lui prodiguer tous les conseils nécessaires à l’élevage. En moins de 2 mois, il compte une dizaine de poussins dans la cage. Un vrai miracle !

Une famille japonaise habite le cottage voisin du bird man. Elle compte cinq enfants, tous très réservés. Claude voudrait bien se lier d’amitié avec l’un d’entre eux, mais n’obtient que des sourires et des courbettes polis de sa mère qui, chaque fois, demande à son fils de rentrer à la maison. Charles-Émile lui explique qu’ils se sentent sans doute très mal à l’aise du fait de la guerre avec le Japon et de la mauvaise presse qui l’accompagne. Un jour, ils disparaissent subitement, comme s’ils étaient partis en vacances. Claude demande à son père s’il sait où ils sont. Il se fait vaguement répondre que beaucoup de Japonais vivant au Canada ont été arrêtés et internés dans des camps à cause de la guerre entre les deux pays. Claude ne les reverra plus jamais. Il apprendra quelques années plus tard que leur maison a été vendue.

La qualité de vie est si bonne à Crawford Park qu’ils espèrent tous ne plus jamais avoir à déménager. Ils ont enfin trouvé leur petit coin de paradis ! 

 

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