André Mathieu

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André Mathieu

En rentrant au collège en septembre, Claude est surpris d’apprendre qu’il aura comme camarade le jeune pianiste André Mathieu. Il découvre un être particulier, sensible, fragile, qui doit à tout prix protéger ses mains et ses doigts. Il ne peut participer à aucun sport, ni aux activités du collège. Il a la réputation d’avoir été un enfant précoce et d’être un prodige. Claude aime bien parler à André, de trois ans son aîné, qui est dans la division des grands. Il le questionne sur sa carrière, sa vie, son talent, ses concerts. Il apprend ainsi que son père, Rodolphe Mathieu, est un grand musicien, un des plus importants compositeurs du Québec et un très brillant pianiste. Pour sa part, André donnait déjà, à quatre ans, un concert de ses compositions à l’hôtel Ritz de Montréal. À six ans, c’était un autre concert devant le Premier Ministre, les ministres et les députés dans la salle du conseil législatif au parlement de Québec. Duplessis accordera une bourse à chaque membre de sa famille pour qu’elle l’accompagne dans ses études de perfectionnement en France. Il y donne plusieurs concerts auxquels assistent, entre autres, Einstein, la Duchesse de La Rochefoucauld et le grand compositeur russe, Serge Rachmaninov. La guerre ayant éclaté, il rentre de Paris en 1939 et donne un concert à Radio-Canada où il joue son « Concertino no.1 ». Suivra toute une série de concerts à Ottawa, à Québec, en province et dans différentes institutions, dont justement le Collège Notre-Dame. À dix ans, il part pour New York améliorer sa technique. On retient de ce séjour ses concerts au Town Hall de New York où il joue avec l’orchestre d’André Kostelanetz devant 1,500 personnes et le 1er prix de composition de l’orchestre Philharmonique de New York qu’il remporte alors qu’il n’a que douze ans. C’est un jeune garçon d’une insatiable curiosité qui s’intéresse à tout. Aux bruits, aux couleurs, aux objets… Pour plusieurs, c’est un génie. Claude est à la fois ravi et flatté de le connaître. Il se faufilera plusieurs fois du côté des salles de musique du Collège pour l’écouter répéter dans une salle voisine de celle où son grand piano a été installé. Ces exercices durent trois heures par jour, tous les jours.

André Mathieu ne restera qu’un an au Collège. Claude suivra sa carrière, toujours impressionné de ses succès et de l’avoir connu. Ce sera donc avec une émotion certaine, suscitée autant par la musique que par la cérémonie elle-même, qu’il entendra, trente-deux ans plus tard, à l’ouverture des jeux de la XXIe Olympiade à Montréal, la musique de son camarade de collège choisie pour cet événement retransmis d’un bout à l’autre de la planète. Ce sera pour lui une occasion de se remémorer tous les bons souvenirs qu’il garde de cette époque. Il se procurera le disque officiel de cette musique aussi magistrale qu’inoubliable et sa maison résonnera souvent de ses échos. Il éprouvera des sentiments de tristesse lorsqu’il apprendra qu’André Mathieu, vers la fin de sa vie, avait dû, pour gagner sa vie, participer à un « pianothon » au Café Saint-Jacques de François Pilon. Il avait réussi à jouer sans interruption pendant plus de 24 heures. Consterné, Claude ne comprend pas comment un tel talent puisse subir une telle humiliation. Mathieu meurt quelque temps plus tard dans la misère et l’alcoolisme, à l’âge de 39 ans en 1968. Comme Mozart, mort à 35 ans et enseveli dans l’anonymat le plus complet d’une fosse commune, André Mathieu, le plus grand pianiste et compositeur que le Québec ait jamais connu, est mort seul. Les Québécois qui fréquentent la salle de concert qui porte aujourd’hui son nom savent-ils qui il était ? Un jour, il recevra la reconnaissance qui lui est due.

 

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