Cuba et Puerto Rico, les jumelles des Caraïbes

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le 17 juillet 2016

Cuba et Puerto Rico, les jumelles des CaraïbesLe 17 juillet 2016

De longue date, les États-Unis (USA) ont avec Cuba et Puerto Rico des liens géographiques, économiques et historiques étroits.

Puerto Rico, après des années de dépenses exagérées, a accumulé une dette 70 milliards $ qu’elle ne peut rembourser et se retrouve au bord de la faillite, en 2015, incapable de payer ses comptes. Son gouvernement fait appel à celui des USA pour l’aider. Après de longues hésitations au Sénat américain, le président Obama signe, le 30 juin 2016, une nouvelle loi d’aide financière comprenant aussi des mesures très difficiles pour le portoricain moyen dont la création d’un « Comité de Contrôle » qui gèrera, entre autres, les finances de l’île et pourra couper dans les écoles, les services sociaux, les fonds de pensions, les institutions publiques, etc. C’est, selon des observateurs, « un désastre pour le peuple portoricain puisqu’il fait des USA le maître colonial et lui enlève ses droits démocratiques ». Mais il sauve leur peau.   

Cuba, de son côté, bénéficie soudainement d’une décision du président Obama qui a décidé unilatéralement d’assouplir l’embargo américain qui l’étranglait depuis 1962, suite à la venue de Fidel Castro.  

C’est un nouveau départ pour les habitants de ces deux îles caribéennes, ex-espagnoles à l’histoire commune. Où en seront-elles dans 50 ans ?

Le début

Le 28 octobre 1492, Christophe Colomb trouve l’ile de Cuba, après avoir découvert celle de San Salvador, le 12 octobre précédent. L’Amérique nait !

À son deuxième voyage, Colomb arrive à l’île de Puerto Rico, le 19 novembre 1493, après que sa flottille ait été poussée par les vents dominants des alizés et les courants marins. Elle est douze fois plus petite en superficie que Cuba et Colomb la nomme San Juan Bautista. Avec le temps, elle devient un bastion pour l’expansion coloniale espagnole et l’escale des capitaines de navires de toutes les nations européennes qui viennent y chercher de l’eau, de la nourriture, y conclure des ententes commerciales et des échanges de marchandises. Elle est comme la porte d’entrée en Amérique et prend alors le nom de Puerto Rico, « le port riche ».

Les Amérindiens

Cuba et Puerto Rico sont originalement peuplées d’Amérindiens particulièrement les « Tainos » et les « Ciboney ». Les espagnols les exploitent, les réduisent à l’esclavage et en 50 ans, ils sont pratiquement décimés.

L’Esclavage

La monarchie espagnole intègre ces nouvelles îles à son empire et déçue par le peu d’or qu’elle y trouve, crée de nouvelles activités commerciales : le tabac, le café et la canne à sucre. Ces dernières nécessitant une main d’œuvre importante, elle fait appel aux esclaves qui viennent d’Afrique sub-saharienne.  

Pour Puerto Rico, le nombre d’esclaves est limité car l’intérieur de l’île demeure inexploré et sous-développé. Ils sont surtout requis par les commerçants des ports et des villes côtières.

De son côté, en 1762, la capitale cubaine La Havane est conquise par les Anglais qui y règnent pendant neuf mois et l’occupation se règle par le traité de Paris, par lequel Cuba est remise aux Espagnols en échange de la Floride. Jusqu’en 1860, 720 000 nouveaux esclaves sont introduits à Cuba pour assurer le fondement de l'économie coloniale.

En 1886, l’esclavage est entièrement supprimé.

L’indépendance

En 1809, la Cour Suprême espagnole reconnait Puerto Rico comme une province d’outre-mer de l’Espagne avec représentants au parlement espagnol. La monarchie revient en 1823 et le décret est annulé.   

Alors que les colonies espagnoles des Amériques deviennent indépendantes, Puerto Rico et Cuba grandissent en importance stratégique pour la Couronne espagnole qui, pour maintenir son emprise sur ses deux dernières colonies du Nouveau Monde, offre des terres libres à titre d'incitation à l'immigration et la colonisation. Cette campagne s’avère très fructueuse

Les luttes pour l'indépendance de Cuba commencent en 1868 avec un mouvement anti-pauvreté. Elles durent 10 ans et résultent en 200 000 morts, soit 1/8 de la population. José Martí, philosophe et homme politique mène le combat avec son Parti Révolutionnaire Cubain. Âgé de 42 ans, il est tué le 19 mai 1895, à la Bataille de Dos Rios, et devient le héros national.

En 1897, le gouvernement libéral espagnol accepte des chartes d'autonomie pour Cuba et Puerto Rico et elles deviennent « provinces outre-mer » de l'Espagne.

 

 

 

La guerre hispano-américaine

Le capitaine de navires américains Mahan déclare au ministère de la Guerre : « N’ayant pas d’installations à l’étranger, coloniale ou militaire, les navires de guerre des États-Unis sont comme des oiseaux terrestres incapables de voler loin de leurs côtes. Nous avons besoin de lieux de repos pour eux et pour les entretenir ».

En plus, en 1898, les américains veulent protéger les investissements des entreprises américaines à Cuba et ailleurs dans le Pacifique. Ils entrent en guerre avec l’Espagne. La guerre est courte et ne dure que 23 jours. Avec le traité de Paris qui suit, l'Espagne reconnait l'indépendance de Cuba, tout en cédant les Philippines, Puerto Rico, et Guam aux USA en échange d'un versement de 20 millions de $ US.

Cuba est maintenant indépendant et Puerto Rico fait partie des USA sans être un Etat.

Les années 1898 - 1940

Nonobstant le traité, les USA occupent Cuba jusqu’en 1909 et poursuivent une ingérence marquée jusqu'en 1934. Après, ils placent au pouvoir une junte militaire dont l’éminence grise est le général Fulgencio Batista.

De leur côté, les Portoricains deviennent des citoyens américains en 1917 et commencent le 20e siècle sous le régime militaire et légal des USA qui décrète que la langue utilisée au sein du gouvernement doit être l’anglais. Les enseignants sont des Américains du Nord afin que les Portoricains apprennent l'anglais. Américains, de nombreux Portoricains se voient enrôlés dans l’armée américaine.

Exaspérés, certains dirigeants politiques de l’île demandent un changement de structure politique et, le 21 mars 1937, une assemblée est organisée dans la ville de Ponce par le Parti nationaliste de Puerto Rico. Un conflit sanglant éclate, 9 morts 200 blessés. C’est le massacre de Ponce.

Les années 1940 – 1960

Batista devient président de la république de Cuba, de 1940 à 1952, suite à des élections truquées. En 1954, il est élu sans opposition.

La capitale du pays, La Havane, connait alors une période d’expansion économique. Les gangsters américains sous la direction de leur penseur Meyer Lansky, ami de Batista, développent le jeu, le marché de la drogue et la prostitution (la ville est devenue un grand lupanar avec plus de 13,000 jeunes filles qui pratiquent le vieux métier). Lansky a des plans pour faire de La Havane un nouveau Las Vegas. Elle reçoit annuellement 300,000 touristes américains riches. La vie nocturne est frénétique. Les truands s’enrichissent. L’industrie sucrière est en plein essor. Les investissements de capitaux américains sont nombreux. La construction va !

Malheureusement, cette activité augmente les inégalités entre les habitants de la capitale et la disparité entre les villes et la campagne. La Havane a un taux d’analphabétisme de 10% contre 43% à la campagne. L’activité culturelle y est intense, ailleurs peu. Il y a un lit d’hôpital par 300 habitants de l’île, mais 65% sont dans la capitale alors que celle-ci n’a que 22% de la population. Il y a les riches et les pauvres. C’est Cuba!

En 1943, un sénateur américain présente un projet de loi au Congrès appelant à l'indépendance totale de Puerto Rico. Il est rejeté. En 1946, un premier gouverneur né dans l’île, Luis Munoz Marin, est nommé et l’année suivante les USA accordent le droit aux Portoricains d’élire démocratiquement leur gouverneur. Marin est élu.

Après plusieurs conflits, la constitution de Puerto Rico est approuvée le 6 février 1952. Puerto Rico devient un état libre associé avec les USA, un Commonwealth. Cependant, le congrès américain continue à légiférer sur la citoyenneté, la monnaie, les services postaux, les relation de travail, l’environnement, le commerce, la finance, la santé, le bien-être, etc..  

Depuis le début du XXe siècle, Puerto Rico compte sur l'agriculture et, sa principale culture, le sucre. Il y a aussi le tabac, toujours important. Durant les années 1950, Puerto Rico connait une industrialisation rapide, due au « New Deal » du président Franklin Delano Roosevelt, qui favorise la fabrication industrielle par le biais d'exonérations fiscales pour les compagnies. Puerto Rico est classée par la Banque mondiale comme un « pays à revenu élevé" car elle est devenue un centre mondial de fabrication de produits pharmaceutiques.  

Face au maintien des salaires malgré l’augmentation du coût de la vie, les syndicats deviennent agressifs et réussissent à faire grimper le coût des salaires au point que le tourisme est réservé surtout aux plus riches visiteurs de catégorie supérieure ou de luxe, Puerto Rico ne pouvant plus concurrencer Cuba et d’autres îles des Caraïbes pour le touriste économique. Le niveau de l’emploi diminue. 

De plus, avec le temps, plusieurs usines sont déplacées vers des pays à salaires plus bas en Amérique latine et en Asie. Le chômage revient. C’est depuis ce moment que débute une forte émigration de Portoricains, en quête de meilleures conditions économiques, sur le continent américain, notamment à New York. D’une moyenne annuelle de 1 800 émigrants pour les années 1930-1940, il passe à un pic de 75 000 en 1953 au point qu’en 2003, il y a plus de portoricains de naissance ou d’ascendance qui vivent aux États-Unis qu'à Puerto Rico.  

Et ce ne sont pas seulement les ouvriers qui partent mais aussi des jeunes hauts diplômés en commerce, en génie, en droit, en médecine et autres professions. Des gens de talents, intelligents, entreprenants…créateurs d’emplois. Pour arrêter le mouvement, la langue espagnole devient la langue officielle de Puerto Rico en 1991. Mais, le mouvement migratoire des plus âgés ne s’arrête pas et, avec le temps, la presque totalité de la jeunesse ne parle plus que l’espagnol.

 

 

 

Le pouvoir à Fidel Castro

Fidel Castro prend la tête d'une armée rebelle et c'est le 15 novembre 1956 qu'il annonce que le temps est venu de se rendre à Cuba. Il y parvient le 1er janvier 1959 et renverse Batista.

Le gouvernement américain reconnait le nouveau gouvernement, mais les rapports entre les deux pays se gâtent dès le mois de mai, de la même année, lors de la nationalisation des avoirs étrangers à Cuba, dont ceux de la compagnie américaine United Fruit.

Cette décision découle de la nouvelle politique socialisante que propose Fidel Castro.  

La baie des Cochons

Du 17 au 19 avril 1961, les USA veulent renverser Castro et organisent, via la CIA, un débarquement de mercenaires à la baie des Cochons de Cuba qui se solde par un échec retentissant. Ils mettent alors en place un embargo économique en 1962 et renoncent à toute invasion future. 

Avec l’embargo et la tendance « communisante » de la politique exprimée par Castro, plusieurs intellectuels, professionnels, entrepreneurs, constructeurs, commerçants… quittent l’île et cherchent à se réfugier aux USA. 62 000 d’entre eux choisissent de s’installer à Puerto Rico où ils investissent, bâtissent, développent l’île et occupent des postes importants dans la fonction publique, les universités, le sport…

Les mouvements créent des difficultés financières à Cuba et Castro accepte l’aide de l'URSS qui lui accorde 4 à 6 milliards de dollars américains par an (jusqu'en 1990) en échange de son alignement sur la politique russe. Castro a sa propre logique tiers-mondiste. À l’automne 1981, les Russes quittent. Pour survivre, il organise des échanges de médecins, instituteurs, etc… avec divers pays, tels, l’Angola, le Venezuela, pour obtenir du pétrole et autres produits. Cuba demeure pauvre mais petit à petit sa position économique s’améliore grâce aux touristes qui affluent. Il peut ainsi continuer à offrir le minimum vital à son peuple.

Cuba, demain ?

La vie des 10 000 000 de cubains sous le régime communiste de Castro est faite de privations, de sacrifices, d'appels à l'héroïsme, etc…   

Ce sont des patriotes qui croient en leur Commandante et ont confiance que leur avenir, un jour, sera meilleur. L’entre-aide fait partie de la vie quotidienne. L’argent est rare.  

Dans un premier temps, le capitalisme n’est pas pour eux. Ils le voient comme générateur de chômage saisonnier, d’inégalités entre groupes et secteurs. Pour eux, ces problèmes n’existent pas dans leur société car tout le monde est instruit et ceux qui sont en mesure d’obtenir un diplôme le reçoivent après des études sérieuses, l’Éducation est gratuite, les soins de santé aussi, les coûts du logement et les salaires sont très bas et uniformes. C’est un peuple solidaire. Ceux qui sont nés le jour de la révolution ont maintenant 57 ans. Ils n’ont pas connu autre chose.  

Le parti communiste est unique et est le vrai successeur de Castro. Raoul Castro n’est pas la solution car il est d’une autre génération, celle de Fidel, alors que la majorité des dirigeants actuels sont généralement dans la quarantaine. Plusieurs de ces derniers, respectés pour leurs caractères affirmés, ont exercé des fonctions importantes dans la période Castro. Ce ne sont pas des marxistes-léninistes classiques mais ils sont enracinés dans une histoire et dans une expérience unique. Pour atteindre le pouvoir, ce sera par le biais du parti « communiste » puisqu’il repose sur le principe du « mérite acquis par l’investissement personnel dans une activité sociale ». 

Les figures de Marx et de Lénine ont disparu du paysage alors que les citations du héros national José Martí se sont intensifiées. 

Le parti demeure en position de force relative. Mais avec l’accroissement important des touristes, l’ouverture à la télévision mondiale, l’internet, les médias sociaux… tout cela affaiblit le régime et on peut prédire qu’un jour, un vrai régime démocratique sera installé et la liberté reviendra.  

Ce peuple a un potentiel extraordinaire. Il est instruit, en bonne forme et en santé, solidaire, travaillant, créateur, pas égoïste et il veut améliorer son sort. Il a tout pour devenir un grand peuple et il le sera. Il veut être libre et l’a démontré en réservant une salve d’applaudissements au président Obama en visite récemment à Cuba alors que ce dernier déclara : « Les électeurs devraient pouvoir choisir leur gouvernement dans des élections libres et démocratiques ».   

La société cubaine deviendra une des plus dynamiques des pays espagnols des Amériques.

 

 

 

Puerto Rico, demain ?

Au référendum de 1992 sur l’avenir de Puerto Rico, 61% des portoricains ont voté en faveur que leur île devienne le 51ième état des USA, 33,5% ont opté pour une Association libre et 5,5% ont voté pour l’indépendance totale.

Une chose est devenue évidente, le « statu quo » du Commonwealth actuel ne fonctionne plus, même rehaussé, car il ne peut plus maintenir une saine économie ni modérer le flot d’émigration hors Puerto Rico.

Comparée à Cuba, Puerto Rico est beaucoup plus développée. Elle est moderne et a tous les atouts des meilleurs centres américains. Elle est une île enchanteresse, traversée par la chaine des Andes et limitrophe, au sud, à la mer des Caraïbes et au nord à l’Atlantique. De beaucoup plus petite, elle est un paradis pour les vacanciers. Ses plages sont magnifiques, son industrie hôtelière de grande qualité et elle est située à proximité des îles vierges.

Cependant sans industrie majeure, sauf le tourisme qui injecte 7 milliards par an, elle peut difficilement survivre. Avec la levée de l’embargo cubain, il est probable que le niveau du tourisme sera affecté pour quelques années. Si Puerto Rico avait un statut d’indépendance, ce serait le désastre car elle manquerait d’outils pour se soutenir. Actuellement ses citoyens sont américains et bénéficient de services personnels importants à cause de ce fait.

Le paysage linguistique portoricain est espagnol. L'État libre associé de Porto Rico jouit actuellement d'une grande autonomie politique, culturelle et linguistique. Cette situation est accentuée par son caractère insulaire. Porto Rico n'est pas soumise à de fortes doses de bilinguisme institutionnel pour les affaires intérieures, ce qui lui assure des frontières linguistiques assez sécurisantes et quasi imperméables. Devenant un État américain, une nouvelle réalité sociologique s’implanterait. Elle deviendrait bilingue.

Il me semble inévitable que dans quelques années, Puerto Rico deviendra enfin un État américain et Cuba sera toujours un pays vraiment indépendant.

Claude Dupras 

 

NB. Quatre mois après son entrée à la Havane, le 26 avril 1959, Fidel Castro répond à l'invitation de Claude Dupras, président de la Chambre de Commerce des Jeunes du district de Montréal, à l'occasion de la campagne de jouets pour les enfants de Cuba et vient à Montréal pour deux jours. (Photos et récits de la visite : http://www.claude.dupras.com/fidel_castro_à_montréal.htm).