Découverte

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DÉCOUVERTE

 

"Fais de ta vie un rêve et d’un rêve une réalité"

   (Antoine de SAINT-EXUPÉRY)

                                       

  … le soleil n’est plus qu’un minuscule cercle rouge

   les couleurs bleues de la mer, rouges et dorées du couchant

    se mêlent, le soleil n’est plus qu’un point

                                                 

  Un village en été pour un enfant

 

  Enfoui sous les buissons

 Au bout d’un étroit chemin aux pierres disjointes

  Le four de Kismoun, le boulanger.

  Le lavoir dans le vallon,

  Les touffes de bananiers et leur eau bleutée. 

 

  La maison de Monsieur Materra, le garde-champêtre,

  Semblable à celle de Corte,

  Austère avec ses hautes et multiples fenêtres.

  Le Bordj majestueux en haut de la côte ensoleillée

 

  Et aussi le Pied-bot avenant et silencieux,

  Le douar des Mamiche,

  La carrière sur la route d’Hamouche.

 

  Pour un enfant, un monde immense et mystérieux

  Autour d’une maison.

 

 

 

                                 

 

   "Jeux romains" au 20ème siècle 

         C’était à Lambèse… 

          Les ruines, prolongation naturelle des espaces qui nous servaient de terrains de jeux : pas de barrières, pas de gardiens, pas de guides, pas ou très peu de visiteurs… un désert de murettes et de colonnes. C’était, pour nous petits enfants, surtout les larges dalles qui nous fascinaient ; les colonnes et l’arc de triomphe étaient bien trop hauts ! Mais ces dalles dorées, limitées par une saignée emplie de terre marron… ; il fallait faire au moins trois grandes enjambées pour aller d’un bord émoussé à l’autre ! Sur certaines nous jouions à cloche-pied ou à la marelle. D’autres, sous l’arc de triomphe, étaient entaillées de rainures profondes. Que c’était difficile de mettre un pied devant l’autre dans les traces de roues des chars antiques !

          Nos pas nous menaient en priorité vers la "pierre qui sonne". Un  adulte en frappant dessus la faisait résonner…Nous, nous n’y arrivions pas malgré de nombreux essais. Que c’était mystérieux ! C’était, je pense, le couvercle d’un sarcophage et, sachant ce que je sais maintenant, il devait être en phonolithe. La connaissance remplace le mystère. 

          C’était plus tard à Sillègue… 

          Près de Sétif, dans un lieu perdu, une ferme beige où vivait une femme amie, seule, petite, très mince, le regard bleu, vif, les cheveux frisés, d’un blond pâle que nous appelions Tante Rosette. Les bâtiments étaient en "L", au centre une cour où le vent soulevait une fine poussière ocre. A proximité, un arbre couvert de cette poudre se détachait au dessus des ruines romaines. Là, sur le sol, des mosaïques superbes : des personnages avec des tresses de fleurs dans les cheveux bouclés, des chiens au museau pointu, de fines gazelles, des cavaliers et des lionnes… et toujours ces allées dallées, source de jeux, qui menaient au théâtre.  

          C’était, lorsque nous fûmes plus grandes, à Djinet… 

          Village au bord de la mer construit sur un ancien port romain dont il ne restait presque plus de traces. Nous allions chercher dans les dunes des fleurs mauves et jaunes appelées immortelles et dans les champs labourés des morceaux de verre irisé bleu ou turquoise… Puis, en nous éloignant dans la colline aride qui dominait la mer, nous ramassions avec précaution le cœur des gros chardons bleus que Rehba nous avait appris à mâcher et qui se métamorphosaient en chewing-gum. 

          Tel fut notre parcours initiatique, bien avant celui de l’étude dans les manuels… Comme tout ceci était plaisant !

 

 

 

 

 

Ne marchez donc pieds nus

 

Personne ne nous à vues ! Viens vite !

C’est si bon de marcher pieds nus …

 

Sur le sable brûlant de la plage, à petits sauts, de place en place, de plus en plus vite,  pour se figer,

comme  statufiées sur  une serviette éponge  jetée à la hâte.

Sur les roches déchiquetées, hérissées de coquillages pointus,

En laissant la plante du pied y adhérer parfaitement pour ne pas avoir mal.

Dans l’écume des vagues, le long d’une plage de sable fin,  

Lorsque des milliers  de petites bulles  éclatent sur la peau.

 

Sur le sentier étroit à peine tracé sur la dune et couvert d’herbe sèche.

Sur la route goudronnée en plein soleil lorsque l’asphalte ramolli par la chaleur

Colle sous les pieds avec ses nombreux gravillons.

Sur le court de tennis lorsqu’on dérape sur la poussière de brique pilée.  

 

Sur le kikouiou fraîchement tondu.

Sur le dallage frais d’une villa aux volets clos.

Sur les longs poils doux d’un épais tapis marocain. 

 

Mes chéries, ne marchez donc pas pieds nus !

Attention… Attention.

 

A la piqûre du chardon, de l’oursin ou de l’aiguille oubliée dans le tapis.

A la coupure du tesson de bouteille ou du caillou pointu

A la brûlure de la méduse ou du mégot  fraîchement jeté

A la morsure du serpent ou au dard du scorpion.

 

Mes chéries, mettez vos chaussures !

 

Mais nous n’en avons pas besoin.

Nous avons les pieds aussi cornés  

Que les sabots des vieilles chèvres de l’Atlas.

 

Ouïe !... Aïe !... Aïe ! Aïe !! Aïe !!!

 

Avec Marie-Hélène Bourgeon-de-Micheaux

 

 

 

 

 

 

Le rayon vert et sept ans de bonheur 

 

Au bout de la grande plage, la mer, le ciel, le soleil

 

Assises au pied des dunes, silencieuses, immobiles

Tournées vers l’occident, les yeux fixés sur le disque rouge,

Dans un état de tension extrême, nous attendons

Nous attendons le rayon vert

Et sept ans de bonheur.

 

Pas un souffle de vent, pas une vague,

A l’horizon, le soleil est peu à peu grignoté par la mer.

 

Le soleil n’est plus qu’un minuscule cercle rouge

Les couleurs bleues de la mer, rouges et dorées du couchant se mêlent

Le soleil n’est plus qu’un point.

 

Il disparaît

Tout est silence.

 

Après cet effort soutenu par notre désir de voir

Par notre désir s’il le fallait de provoquer le rayon vert

Le temps semble s’arrêter.

 

Puis c’est le flot des paroles et le rire incertain.

Avons-nous vu le rayon vert ?

Une seconde, un millième de seconde ?

"Je l’ai vu !" dit l’une. "Moi aussi" dit l’autre.

 

Mais ce soir encore,

Nous n’en sommes pas vraiment sûres.

Le ciel et la mer n’ont pas scintillé de vert.

Le ciel n’était peut-être pas assez limpide,

Une légère brume de mer a sans doute tout gâché.

Nous croyons tout de même avoir vu une fugitive lueur verte,

Juste au moment où le soleil disparaissait.

 

La nuit est tombée

Un sentiment de paix nous envahit

Oui nous l’avons vu

Oui, c’est sûr, nous aurons sept ans de bonheur

Et puis pour en être encore plus sûres,

Demain, nous recommencerons !

 

 

 

Suite... Le ciel dans une vitre