Des "red tories" à la droite sociale

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Dimanche, 5 décembre 2010

Des « red tories » à la droite sociale

Il y a beaucoup de mouvement actuellement au Québec pour reclasser les opinions politiques dans des cases rigides, comme le font les Français. On parle de plus en plus de la gauche, de la droite, du centre, du centre-gauche, du centre-droite, d’extrême... Ce sont des mots avec lesquels une majorité de Québécois et Québécoises actuels ne sont pas très familiers.

Depuis la révolution tranquille qui a suivi l’ère du vieux conservatisme canadien-français, la droite du temps, on peut affirmer que celle-ci n’est plus vraiment structurée au Québec.

Cependant, il y a toujours eu des gens de chez nous, et il y en a de plus en plus, qui s’identifient aux valeurs des conservateurs américains (je ne parle pas des teapartyers), défendent leurs politiques de droite et aimeraient qu’elles soient appliquées sur notre territoire. Mais ils veulent plus que la droite.

Même si nous ressentons tous, jusqu’à un certain point, le besoin de revaloriser le passé, de retrouver nos traditions que la révolution tranquille a enlevées à notre société, cela ne devrait pas se faire avec des solutions autoritaires imposées par un nouveau gouvernement de droite. Après la « révolution tranquille » étatique des années ’60, nous n’avons pas besoin d’une nouvelle révolution qui ne serait pas tranquille. Ce qu’il faut, c’est trouver des solutions pratiques aux problèmes contemporains.

L’ex-Parti Progressiste Conservateur du Canada (PPC) et ses chefs depuis l’ex-PM John Diefenbaker en passant par Robert Stanfield, l’ex-PM Joe Clark et l’ex-PM Brian Mulroney ont toujours défendu les préoccupations conservatrices traditionnelles mais avec des idées sociales pour les questions économiques. Les « red tories », les conservateurs sociaux comme on les nommait en français, épousaient cette politique et ils étaient alors majoritaires dans le parti. J’étais l’un d’eux.

Lorsque le PPC, affaibli politiquement, s’est joint au Parti de l’Alliance Canadienne, un parti de conservateurs de la droite dure, plusieurs membres du PPC n’ont pas suivi. On se rappellera Joe Clark, l’ex-ministre Flora Macdonald, le Sénateur Lowell Murray et plusieurs autres qui se sont élevés contre la décision du chef du PPC, Peter Mackay, de fusionner leur formation politique avec celle des « alliancistes ». Ce que nous craignions est arrivé. Le nouveau Parti Conservateur (PC) sous la gouverne de Stephen Harper a été majoritairement noyauté par des « purs et durs » et pratique depuis une politique conservatrice beaucoup trop à droite et loin de la vision d’une majorité de Canadiens et de Canadiennes. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Harper n’a pu à ce jour obtenir une majorité à la Chambre des Communes et n’a le support que de 35-40% des Canadiens.

Au Québec, les partis politiques qui ont gouverné depuis Maurice Duplessis ont été libéral (centre-droit), péquiste (centre-gauche) et Union Nationale de Daniel Johnson (centre-droit). Notre société est le résultat de la valse que les Québécois ont dansée tour à tour avec ces formations.

La crise économique a changé beaucoup de choses. On ressent, aujourd’hui, encore plus de désespoir dans notre société. Aux pauvres, s’ajoute la classe moyenne modeste qui s’appauvrit et qui crie de plus en plus : « à l’aide ». On ne peut simplement pas l’oublier pour des raisons idéologiques.

Cette nouvelle droite s’exprime au Québec via le député conservateur fédéral Maxime Bernier, le réseau Liberté-Québec et les Adéquistes. Plusieurs d’entre-eux la définissent comme une pensée magique qui viendra guérir tous les maux, effacer les déficits, réduire la dette, impliquer l’entreprise privée dans tout et créer un nouveau mode de gouvernance. Ce n’est pas si simple, mais je reconnais que la nouvelle droite peut donner un coup de barre sérieux et positif à la direction de notre société pour nous faire voir les choses de façon différente.

Ces hommes et femmes politiques qui prônent la nouvelle droite comprennent que l’intérêt de la collectivité est plus que l’ensemble des intérêts personnels ou de groupes et que leurs actions politiques devront respecter la liberté des individus d’où vient la pensée, l’initiative, la création, le sens d’entreprise… car ils savent que ces derniers doivent être motivés de contribuer à la société.

La nouvelle droite devra aussi promouvoir un volet social important et sérieux pour répondre aux besoins de la population et l’incorporer dans son programme. Ainsi, elle deviendra « la droite sociale » et elle trouvera un plus grand nombre de sympathisants. Ce sera comme un nouveau parti progressiste conservateur au Québec.

Claude Dupras