Faire le sacrifice du Bloc

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dimanche 11 décembre 2005

Faire le sacrifice du Bloc.

Coquin


La deuxième semaine de la campagne électorale canadienne n’a pas changé la situation des partis. Les libéraux ont fait de très bons coups qui leur ont permis de résister à la montée des conservateurs.

 

Le parti libéral a profité de la proposition de Martin, à Toronto, de bannir les armes à poing, de sa position ferme contre celle du président Bush sur la question du réchauffement climatique et de la façon magistrale avec laquelle le ministre libéral de l’environnement, Stéphane Dion, a mené les débats de la grande conférence de Montréal sur le réchauffement climatique qui a abouti sur un accord unanime et historique,

 

De son côté, Harper continué sa campagne positive axée sur son programme de support financier direct aux Canadiens pour résoudre leurs problèmes de tous les jours. Avec l'aide aux seniors, le combat contre le cancer, l’éducation et la formation des jeunes, les opportunités pour les petites entreprises, les allocations aux parents pour la petite enfance, il a raffermi jour après jour sa stratégie électorale et son parti est de plus en plus menaçant. Il a continué à marteler sa proposition de diminuer la TPS et devient un meilleur orateur. À ce jour, il gagne la campagne d’images. Par contre, il a glissé sur la question du réchauffement climatique en reprochant à Martin de s’être associé publiquement à l’ex président Clinton, de passage à Montréal, au lieu de concentrer à améliorer ses relations avec le président actuel des USA. Il a rappelé ainsi, aux Canadiens qui s’y opposaient fortement, sa volonté d’engager le Canada dans la guerre en Irak au moment où Bush le demandait à notre pays. 

 

Layton, le chef du NDP, a connu une mauvaise semaine. Après quelques flip-flops sur ses positions antérieures dont la question du privé pour les soins de santé, il a vu le chef syndicaliste du domaine de la fabrication d’automobiles, néo-démocrate reconnu, appuyer officiellement la campagne de Martin.  De plus, le maire de Toronto, aussi néo-démocrate, est venu supporter Martin publiquement sur la question des armes à poing en participant à son assemblée politique.

 

Quant à Duceppe, le chef séparatiste, il a continué à frapper le clou de l’indépendance. Il dit ne pas vouloir en parler puisque ce n’est pas le but de la campagne électorale, mais il le fait quand même, jour après jour. À mon avis, plus il parle de l’indépendance plus il perd des votes. Je crois que son avance actuelle le rassure et qu’il ne semble pas se rendre compte qu’elle est grignotée quotidiennement. À ce rythme, il est possible que les 40 jours de campagne à venir lui fassent mal. 

 

Les sondages actuels montrent une baisse lente mais graduelle du parti Libéral qui mène aujourd’hui par 6-9%. On se rappelle que le chef conservateur Joe Clark a obtenu, en 1979, un gouvernement minoritaire avec 4% de moins de votes que les libéraux de Trudeau. Il faut savoir aussi que l’opinion publique canadienne est de plus en plus régionalisée et que ce facteur important cache des revirements possibles qui pourraient affecter le résultat de cette élection. Alan Gregg, le fameux sondeur et analyste canadien, juge que ses derniers relevés indiquent que le Bloc peut prendre quelques sièges additionnels dans la région de Montréal (jusqu’à 8) au dépend des libéraux et les conservateurs en gagner dans le sud-ouest de l’Ontario. Par contre, il voit la possibilité que les conservateurs perdent des sièges en Colombie Britannique. Il pense que cela augure pour un gouvernement minoritaire libéral plus faible que le précédent mais estime que le déplacement de quelques points dans les sondages pourrait faire surgir un gouvernement minoritaire conservateur. Rien n’est gagné, rien n’est perdu, pour un ou l’autre et c’est pourquoi le premier débat des chefs, le 15 décembre, devient très important. Nous pourrons mieux, par la suite, juger des tendances.

 

J’ai vécu deux fois une telle situation dans le passé. La période de l’ex PM Diefenbaker a été marquée par une série de gouvernements minoritaires et celle de l’ex PM Clark aussi. Il semble que notre système parlementaire soit cyclique et que nous vivrons une telle période. À moins que la proposition d’un auditeur de CKAC, que j’ai entendue cette semaine et qui m’a fait bien rire, soit acceptée par l’ensemble des bloquistes. Supporteur du parti, il leur suggérait qu’ils chassent « les libéraux corrompus » du pouvoir en votant conservateur et acceptent ainsi « le sacrifice du Bloc ».

 

Claude Dupras