Harper et le Moyen-Orient

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samedi 28 octobre 2006

Harper et le Moyen-Orient

Surpris


 

Le 18 octobre dernier, devant le B’nai Brith, une association juive qui existe depuis plus de 130 ans au Canada, le PM canadien Stephen Harper a prononcé une conférence durant laquelle il a établi clairement ses positions en rapport avec le rôle, les valeurs et les intérêts internationaux futurs du Canada. Plusieurs parties de ce discours m’ont surpris et je veux ici en reprendre quelques unes :

 

« Nous avons fait l’objet d’attaques sans merci de la part de l’opposition pour notre position au Moyen-Orient… le fait est que ceux qui appuient de telles attaques cherchent la destruction d’Israël et de celle du peuple juif. …  Donc, ceux qui se sont opposés au conflit israélo-libanais sont automatiquement des anti-Israël, des anti-juifs. Comment notre PM peut-il avoir un raisonnement aussi simpliste ? Le gouvernement d’Israël a réagi vivement à l’enlèvement de deux soldats israélites par le Hizbollah en déclenchant une guerre sans merci contre le Liban. Des milliers de personnes ont été tués sans compter les dommages matériels indescriptibles. En revanche, les Israéliens ont subi l’attaque de roquettes hizbollahiennes qui ont tué un très grand nombre d’entre eux. La guerre est maintenant terminée et les deux soldats israéliens sont toujours captifs. Alors, cette guerre illégale a donné quoi, sauf tuer et détruire, et pourquoi insulter ceux qui, avec raison, s'y opposaient ?

 

« Voilà pourquoi nous avons été la première nation autre qu’Israël à avoir coupé le financement au gouvernement du Hamas ». Pourtant le Hamas a été élu démocratiquement. Harper le qualifie de mouvement terroriste alors que l’ONU et la très grande majorité des pays du mondele qualifient de mouvement de résistance. En coupant les vivres aussi rapidement au peuple palestinien, notre PM a contribué à le mettre en péril et on voit bien les conséquences néfastes aujourd’hui sur lasanté de ce peuple. Nos gouvernements passés ont reconnu les difficultés auxquelles font face Israël et la Palestine pour s’entendre, pourquoi alors Harper veut-il forcer le peuple palestinien à se mettre à genoux pour lui faire accepter un règlement à tout prix ? Croit-il que la force est maintenant la solution ? Le conflit de la Palestine est beaucoup plus complexe que cela et seule la reconnaissance des droits de chacun sera la solution à ce conflit qui perturbe tout le Moyen-Orient et qui est à la source du mécontentement actuel des peuples musulmans contre l’Occident.

 

« Voilà pourquoi nous avons appuyé le droit d’Israël de se défendre vigoureusement et efficacement contre le Hizbollah ». Ce dernier est aussi un mouvement de résistance reconnu qui utilise des mesures terroristes. Le président israélien Olmert avait affirmé que le but de la guerre était aussi de l’éliminer, une fois pour toutes. Or, aujourd’hui, l’Hizbollah est plus populaire au Liban qu’avant la guerre et même une bonne partie des chrétiens libanais qui l’opposaient jadis reconnaissent maintenant que c’est à cause de sa réplique qu’Israël s’est finalement retiré de leur pays. Harper a refusé de demander l’arrêt des hostilités, au contraire il les a justifiées. Seuls les résistants sont rentrés en action pour défendre leur pays car l’armée Libanaise n’est pas sortie de ses casernes. C’est impensable, mais ce fut comme ça.

 

« … le premier ministre Olmert et le premier ministre Sharon avant lui ont cherché à obtenir un mandat pour changer les anciennes façons de faire et progresser et non pour se perdre une fois de plus dans le même litige pour le même territoire.  Ils ont tous les deux dit qu’Israël est prêt à faire les mêmes compromis douloureux pour la paix ». Alors pourquoi les Palestiniens et les Palestiniennes s’obstinent-ils ? C’est que la solutionproposée par Israël est fondamentalement erronée et qu’il veut l’imposer par la force. Leur pays est occupé, des millions d’entre-eux sont devenus des réfugiés, des avions israélites les attaquent quotidiennement, les fonctionnaires ne sont plus payés et le peuple souffre. Nonobstant cette misère, ils tiennent bon et ne veulent accepter que ce qui est acceptable. Pourquoi Harper ne cherche-t-il pas à convaincre son ami Bush de prendre l’initiative d’organiser une rencontre avec les parties, comme le président Carter et Clinton l’ont fait dans le passé. Carter a réussi avec Sadat. Clinton est venu très près avec Arafat. Il ne faut pas lâcher cette avenue. Ce n’est qu’à une telle rencontre au sommet avec le président américain que la solution peut être trouvée. Ce ne sera pas facile mais c’est possible. Le passé nous l’a démontré. La force ne donnera jamais de résultats, les peuples israéliens et palestiniens continueront à souffrir et tout le Moyen-Orient continuera à s’opposer à Israël.

 

« Ceux qui cherchent à détruire les Juifs chercheront aussi, au bout du compte et pour la même raison, à nous détruire tous ». Que dire devant une affirmation aussi exagérée et irresponsable !

 

« Voilà pourquoi nous nous opposons à la résolution à sens unique proposée au sommet de la Francophonie ». Je suis d’accord avec Harper en rapport avec cette résolution favorable au Liban, pour la même raison que je suis contre sa position unilatérale favorable à Israël lors de la crise. Le Canada n’avait pas a appuyer l’un ou l’autre. Il doit contribuer au règlement des conflits et non prendre parti.

 

« Certains on prétendu qu’il s’agissait d’un nouveau tournant radical au chapitre des affaires étrangères. Ce n’est tout simplement pas le cas. Aulieu de prendre un nouveau tournant, nous rétablissons le rôle traditionnel du Canada : celui de chef de file de principe dans les affaires mondiales ». Le Canada a évolué avec les années et est devenu depuis 1956 un pays qui s’est dédié à maintenir la paix dans le monde. Notre premier ministre du temps, Lester B, Pearson, qui a donné cette nouvelle direction au pays a même obtenu le prix Nobel de la paix pour ses actions. Aujourd’hui, la tendance est renversée. Nous prolongeons notre participation à la guerre en Afghanistan, plusieurs de nos soldats se font tuer hebdomadairement, nous sommes en train de grossir les rangs de notre armée et de l’équiper d’équipements militaires modernes et sophistiqués pour mieux faire la guerre. Si cela n’est pas un tournant radical de la direction que nous avons prise, je ne sais comme le qualifier. Le temps de la guerre des Boers et de deux guerres mondiales est révolu. Notre jeune pays de 139 ans a atteint sa maturité et depuis il a choisi sa vraie voie : promoteur de la paix dans le monde. C’est ça le principe qui nous guide depuis 50 ans et que nous devons continuer à suivre. C’est le meilleur rôle que nous puissions remplir pour nos concitoyens du monde.

 

«  Nous avons été tous surpris du nombre d’heures que nous avons consacrées aux relations internationales depuis notre arrivée au pouvoir ». N’est-ce pas surprenant d’entendre une telle affirmation du PM Harper. Elle démontre bien qu'il n’était pas préparé pour faire face à ses obligations internationales et qu’il n’a pas la culture, la connaissance de l’histoire ni la sensibilité pour ce faire. Aujourd’hui, au lieu de continuer à défendre l’indéfendable, j’espère qu’il se ressaisira et cherchera à contribuer à la paix dans le monde. Je crois aussi qu’il devrait changer son Secrétaire d’État aux Affaires Extérieures qui a démontré qu’il n’est pas un bon second pour lui (voir mon blog du  21 août 2006 ).

 

 

Claude Dupras