Jean Lesage, chef du parti libéral

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Jean Lesage 

Jean Lesage est député libéral de la circonscription fédérale de Montmagny-L'Islet depuis 1945, dont quatre années comme ministre du cabinet de Louis Saint Laurent de 1953 à 1957 jusqu’au moment de l’élection de John Diefenbaker et du parti progressiste-conservateur au pouvoir à Ottawa, lorsqu’il démissionne en 1958 pour se présenter au poste de chef du parti libéral du Québec à la convention de leadership du parti, le 31 mai. Il est élu et remplace Georges-Émile Lapalme. Claude a suivi de près cette convention et espérait que son candidat favori Paul Gérin-Lajoie l’emporte car il n’aime pas l’’attitude hautaine de la personnalité de Jean Lesage. Claude avait vu Gérin-Lajoie à l’œuvre lors de la dernière campagne électorale dans le comté de Vaudreuil-Soulanges alors qu’il travaillait pour le député union nationale Loyola Schmidt et avait été impressionné par sa prestation.

Deux semaines plus tard, un scandale politico-financier connu sous le nom « scandale du gaz naturel » est dévoilé par le journal Le Devoir, hostile à Duplessis, dont le directeur est Gérard Filion. 

Suite à l'acquisition des actifs de la Montreal Light, Heat and Power, en 1944, l'État québécois, par la Commission hydroélectrique de Québec (Hydro-Québec), devient un joueur important de l'industrie du gaz au Canada.  La Commission recommande de vendre le secteur gazier à une entreprise privée et le gouvernement Duplessis l’approuve et fait adopter une loi permettant la transaction. La vente du réseau à la Corporation du gaz naturel du Québec est conclue au printemps 1957 et les titres de cette dernière sont mis en vente le 25 avril 1957. L’émission initiale connaît un grand succès.

Le 13 juin 1958, le journaliste Pierre Laporte écrit : « Des ministres, des conseillers législatifs, des fonctionnaires et des financiers sont impliqués dans cette affaire de 20 millions $. Plusieurs ministres du cabinet Duplessis — peut-être le Premier ministre lui-même — ont spéculé sur les actions de la Corporation de gaz naturel du Québec ».  

Le lieutenant-gouverneur du Québec Onésime Gagnon et sept de ses anciens collègues-ministres sont mentionnés : Antonio Barrette, Johnny Bourque, Paul Dozois, Daniel Johnson, Arthur Leclerc, Jacques Miquelon, Yves Prévost et Antonio Talbot. Ces personnalités, des conseillers législatifs et des hauts fonctionnaires auraient utilisé des informations confidentielles pour faire « l'un des coups de Bourse les plus extraordinaires de notre histoire ». Le Devoir évoque des profits de 20 millions CAD et parle d'une plus-value de 4000 %. 

Pendant plus de deux mois, le quotidien montréalais martèle quotidiennement le gouvernement et réclame des démissions.  

Furieux, Maurice Duplessis réplique dans une de ses conférences de presse que la vente n'a pas été faite par le gouvernement, mais qu'elle est le résultat d'une loi adoptée à l'unanimité par l'Assemblée législative et que le gouvernement a fixé les conditions dans un arrêté ministériel 45 jours avant la mise en vente des actions. 

Il devient clair que le Devoir a faussé la vérité en affirmant que les ministres et leurs amis « se sont vendus à eux-mêmes une propriété publique » alors que plus de 6 000 personnes ont acheté ce titre le jour de sa mise en vente. Qui plus est, certains libéraux éminents ont obtenu leurs actions le jour de la mise en vente.  

Les confrontations entre le premier ministre et les journalistes du quotidien de Gérard Fillion s'enveniment, et le 27 juin 1958, le premier ministre fait expulser de manière musclée le journaliste Guy Lamarche de sa conférence de presse hebdomadaire. Et intente une poursuite en dommages contre Le Devoir. 

Atteint du diabète et vieillissant, le premier ministre Duplessis sera profondément affecté par le scandale.  

Ce scandale qui fait beaucoup de bruit sert bien la cause de Jean Lesage mais même si elle affecte le premier ministre ce dernier demeure un favori pour gagner la prochaine élection. Ce ne sera pas une mince tâche pour Lesage de limoger Maurice Duplessis et l’Union Nationale car le parti est au pouvoir depuis 1944 et demeure malgré tout toujours populaire.  

Lesage est un homme qui connaît la politique et néglige rien. Il accuse l’Union Nationale d’exercer un patronage éhonté servant à ramasser des fonds pour ses activités et ses campagnes électorales. Il l’accuse d’acheter le vote des électeurs avec des réfrigérateurs, des routes asphaltées, etc… Il accuse Duplessis de malhonnêteté, son trésorier Gérald Martineau d’être un voleur de grand chemin et promet à l’électorat qu’au lendemain de son élection qu’il mettra sur pied une commission d’enquête publique sur les agissements des « patroneux » de l’Union Nationale afin qu’ils aillent tous en prison.  

Les libéraux depuis si longtemps dans l’opposition ont faim et sentent que le temps est bon. Ils sont heureux des discours de leurs nouveaux chefs et des scandales rapportés par les journaux. Ils sont prêts à tous les efforts pour obtenir leur victoire. Ils sont réalistes car ils savent que l’Union Nationale est implantée solidement presque partout au Québec, qu’elle a le support de la classe agricole qui à ce moment-là est fort importante et qu’elle jouit de l’appui discret du clergé. Lesage sait qu’il doit former une très bonne équipe de candidats pour la prochaine élection et préparer un programme politique qui transformerait la façon de faire de Duplessis qui dure depuis si longtemps, tout en collant à la réalité. Il délègue à la commission politique de son parti la responsabilité d’écrire le programme et suggère à tous ses nouveaux candidats de collaborer étroitement à ce travail avec leurs idées respectives.  

Jean Lesage convainc Paul Gérin-Lajoie de se joindre à lui. Ce dernier accepte de ne pas quitter la politique et de faire partie de l’équipe libéral. Lesage demande à Georges-Émile Lapalme, le chef libéral sortant-de-charge, de continuer comme chef de l’opposition à l’Assemblée législative, jusqu’à la prochaine élection, étant donné qu’il n’est pas encore été élu député. Il le presse aussi de briguer à nouveau les suffrages los de la prochaine élection dans le comté d’Outremont car il le veut dans sa future équipe et lui confier en particulier le nouveau poste qu’il veut créer, celui de vice-premier ministre du Québec. Lesage reconnaît en Lapalme un homme de pensée. Il l’a souventes fois entendu exprimer, dans ses discours passés, une vision nouvelle et d’avant-garde pour un futur Québec moderne. Lapalme qui souhaitait quitter la politique se ravise et accepte de faire partie de la nouvelle équipe libérale. Cette décision est importante pour Lesage et le prochain gouvernement libéral puisqu’en 1959, Lapalme rédige un bouquin « Pour une politique » qui recoupe toutes ses propositions. Ce document deviendra le plan politique dont Lesage et son « équipe du tonnerre » s’inspireront pour lancer le Québec vers l’avenir.  

Plusieurs autres, parmi les élus et issus de l’extérieur du parti, appuient Lesage et sont considérés comme des futurs membres d’un gouvernement Lesage. Parmi eux, il y a Lionel Bertrand de Sainte-Thérèse, le Dr Alphonse Couturier, Émilien Lafrance des Cantons de l’est, l’acadien Bona Arsenault, l’anglophone montréalais Paul Earl, Bernard Pinard de Drummondville, René Hamel de Shawinigan, le gaspésien Gérard D. Lévesque, Gérard Cournoyer, l’abitibien Alcide Courcy, le Dr Charles-Aimé Kirkland de l’ouest de Montréal, André Rousseau, le fidèle député et notaire anglophone Georges Marler, Lucien Cliche et plusieurs autres.

 

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