26 juillet  2005

Joe Clark avait raison...

Gêné


Un sondage de Decima Research rendu public hier confirme la remontée des libéraux fédéraux au Québec et dans le Canada. Déjà, il y a quelques semaines, une autre compagnie de sondage avait indiqué ce changement dans l’opinion publique Canadienne.

 

C’est fort surprenant. Après les révélations du scandale du siècle et être venu si près d’être renversé par une motion de défiance à la chambre des communes, voilà que le parti du PM Martin se relève des sondages qui le terrassaient et qui démontraient un défaite cuisante et certaine à une élection générale.

 

Au Québec, les libéraux doublent leur appui pour revenir à 28% et dans les autres provinces ils prennent une si forte avance (sauf dans les deux provinces de l’ouest de l’Alberta et de la Saskatchewan) qu’il recueille 39% des appuis au Canada (Québec inclus) opposée au 24% des conservateurs et 19% au NDP. Pendant ce temps, les conservateurs de Stephen Harper plongent au Québec à un score que l’on n’avait pas vu depuis des décennies à 8%. Une élection aujourd’hui donnerait probablement un gouvernement libéral très près d’une majorité.

 

Il y a, à mon avis, deux raisons qui expliquent cette situation : les audiences de l’enquête Gomery sont terminés, et Stephen Harper ne fait pas le poids vis-à-vis Martin.

 

Joe Clark, l’ex PM et chef du parti Progressiste-Conservateur avait raison. Il n’a pas voulu se joindre au nouveau parti fusionné (PC et Alliance-Ex Reform) pour une question de principes. Ce n’était pas facile pour lui de prendre une telle position publique. Il a donné à plusieurs l’impression d’être un mauvais perdant. Mais Joe connaît la politique canadienne et particulièrement le Québec et savait que le nouveau parti conservateur de Harper, malade du cancer Reform, ne pouvait avancer des politiques pouvant toucher les Québécois. Il savait que l'on n’oublie pas aisément les rednecks au Québec

 

De plus, Harper s’est révélé un mauvais stratège. Alors que Martin était au tapis, il a fait l’erreur de ne pas aller dans son coin pour le compte. Martin a joué avec lui comme avec un p’tit gars. Non seulement a-t-il bien manoeuvré pour tenir ses députés avec lui mais il a su convaincre une députée conservatrice, et non la moindre, de virer capot et lui assurer la pluralité des votes. Par ailleurs, il a présenté son budget et a fait en sorte que les PM des provinces et plusieurs des grands maires du pays (ceux du Québec inclus) réclament tout haut l’adoption du budget que Harper avait refusé et que Duceppe qualifiait de tous les maux. Après un vote majoritaire en chambre sur une motion de défiance d’un comité, Harper a déclaré que le Canada était sans gouvernement. Quel innocent ! Aujourd’hui, Harper risque de ne plus être au parlement comme leader de son parti.

 

Il faut reconnaître que Martin est surprenant. Moi comme d’autres étions désappointés par ses agissements après sa prise du pouvoir. Mais acculé au mur par les scandales, les critiques et la démagogie, il a su montrer son vrai caractère et sa force de stratège. Il a agi comme un vrai chef de parti doit le faire. Il a bien défendu sa formation politique. Ces actions et ses politiques ont été appréciées par l’opinion publique qui aime les vainqueurs. De plus, il faut reconnaître qu’il nous représente dignement à l’étranger.

 

Je ne dis pas que les choses ne changeront pas à nouveau lorsque le rapport Gomery sera déposé. Mais il est certain que le parti libéral du Canada ne connaîtra pas l'effet dévastateur qu’a connu le PC après les années Mulroney (et que plusieurs lui prédisaient il n’y a pas très longtemps). La prochaine campagne électorale sera fort intéressante car Martin ne se laissera pas faire devant un chef conservateur que l’on ne connaît pas encore et qui épousera peut être les politiques de l’ex parti progressiste-conservateur.

 

Quant au séparatiste Duceppe qui se pensait gagnant de plus de 60 comtés, il devra revoir sa position car il est possible qu’il perde des comtés… si la tendance se maintient

 

Claude Dupras