L'homosexualité

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L’homosexualité  

À cette époque, le collège Notre-Dame baigne dans un climat d’homosexualité. Dès son arrivée au collège, Claude se rend compte que quelque chose ne tourne pas rond. On l’examine, on le regarde de travers, on le boude, on l’ignore, on ridiculise le métier de ses parents, on le bouscule. C’est un « nouveau », bien sûr. Mais il n’est pas, non plus, protégé par un « chatteux ». Quelques semaines plus tard il apprend qu’un système de « p’tits amis » est en place au collège : les « chats » et les « chatteux ». Les élèves de la division des grands, les « chatteux », ont, dans la petite division, un « chat ». Il y a aussi des frères « chatteux » qui ont leurs « chats » chez les grands et chez les petits. Si tous les élèves ne sont pas embrigadés dans ce système, ils sont tout de même un bon nombre. Les « chatteux » sont constamment en quête de nouvelles proies. Dès qu’un « nouveau » apparaît, ils sont dans tous leurs états. Claude se retrouve vite dans leur mire. Mais il refuse leurs approches. Pourquoi ?  Il ne le sait trop, mais il résiste. Le mot se répand. On le boude encore plus. Finalement, à partir de la rentrée de 1943, on le laisse tranquille. Les rumeurs courent sur l’un et sur l’autre, l’un avec l’autre, un frère avec un élève. Claude est témoin de manifestations homosexuelles. Rencontres amoureuses à l’arrière de la structure de balle-au-mur (il refuse quelques invitations); gestes d’exhibitionnisme au dortoir pour montrer une érection avec invitation à toucher; visite d’un « chatteux » à l’infirmerie qui cherche, dans le pénombre, à lui toucher le pénis, ou qui se dirige vers un autre patient et, devant lui, n’hésite pas à le masturber; disparition soudaine d’élèves pendant les récréations pour des périodes prolongées…

Pour marquer leur attachement, certains n’hésitent pas à se gratter l’épiderme du bras gauche jusqu’au sang avec une aiguille. Ils parviennent ainsi à inscrire une à une les lettres du prénom de leur ami de coeur. En coagulant, le sang forme une galle qui trace le nom du bien-aimé.

Claude connaîtra aussi deux incidents de ce genre avec des religieux. Le premier avec un frère surnommé « Gandhi ». Grand, laid, presque chauve, la bouche garnie d’un mauvais dentier, le visage profondément ridé, aminci par l’âge, la soutane toujours sale, « Gandhi » est responsable du petit magasin de victuailles. Un jour, il trouve moyen d’attirer Claude dans son local. Il lui offre gratuitement un demi-gâteau, un pound cake glacé à la vanille. C’est la collation préférée de Claude qu’il accompagne d’un demiard de lait froid. Il a tôt fait de repérer ces yeux humides qui le regardent et de voir le visage pâle de « Gandhi » frémir légèrement et une petite sueur venir perler sur son front. Claude prend peur. Dès qu’il comprend qu’il doit en échange de cette faveur lui donner un petit « bec » et se laisser toucher, il sursaute et se sauve à toutes jambes. Jamais plus « Gandhi » ne le regardera dans les yeux. Pour sa part, Claude fait comme si rien ne s’était passé.

La seconde expérience survient à l’occasion d’un congé. En retenue pour avoir reçu un 5 un mardi après-midi Claude rencontre dans un couloir le Frère B. dit « Bol-à-main ». C’est le responsable de l’harmonie du collège et son professeur de piano. Il est disponible et lui offre une leçon particulière (!). Claude accepte avec plaisir et se retrouve seul avec lui dans l’une des salles de répétition. À peine a-t-il joué quelques notes qu’il sent des caresses dans le cou et constate que le frère se colle en frottant son sexe contre lui. Il se lève, le bouscule et part en courant. C’en est fini des cours de piano. Il n’en veut plus. Il apprendra par la suite que le frère a dit à ses parents qu’il n’avait pas beaucoup de talent et peu de possibilités d’aller bien loin. Il serait alors préférable de discontinuer les leçons. Claude en est d’ailleurs convaincu, mais il sait fort bien que les raisons évoquées par le frère ne sont pas les bonnes. Antoinette ne comprend pas et prend très mal ces remarques. Il n’osera jamais raconter la vérité à son père ni à sa mère car il est trop gêné d’aborder cet incident avec eux.  On ne parle jamais de sexualité à la maison. Sujet tabou ! Comme pour l’épisode « Gandhi », Claude en discute cependant avec ses copains de collège. Ils ne sont pas surpris car ils connaissent bien la réputation de « Bol-à-main ». Ils lui apprennent d’ailleurs qu’il a un deuxième surnom, « Mets-ta-grosse-main-molle ». Claude apprend qu’il y a aussi des « frères-Mets-ta-main » dans les autres collèges. Il en est surpris. Ces incidents le rendent de plus en plus mal à l’aise et cela se traduit dans une plus grande indiscipline. 

Plusieurs années plus tard, Claude hésitera longtemps avant d’inscrire son fils Yves comme pensionnaire au collège Notre-Dame. Il se rappellera trop bien les incidents passés mais il se dira que ces choses-là n’existent sûrement plus. Et pourtant, plus tard, Yves lui écrira pour raconter ses expériences avec les frères :

« Pour ce qui est des histoires d`homosexualité, à mon époque, ce n`était pas évident s`il y en avait entre élèves mais il y en avait toujours avec les frères. Comme toi j`ai été approché deux fois. L`une par le jeune frère H., dont l`haleine sentait jusqu`au fond de la classe. Prof de maths, il m`avait invité à sa chambre pour me montrer son petit oiseau. En secondaire I à 11-12 ans, je voulais bien croire qu`il avait un animal jusqu`à ce que je franchisse la porte de sa chambre et ne vis aucune cage d`oiseau. J`ai alors retourné sec après avoir compris et ne me suis pas gêné pour lui dire qu`il était un maudit « fif»! À mon retour en Secondaire V, comme pensionnaire, le grand responsable des étages, le Frère S…, m`avait fait venir à son bureau pour un reproche. Mâchouillant un bras de ses lunettes et l`air penseur, il sortit de ses tiroirs des Playboy qu`il avait saisi dans des chambres d`élèves puis me montrait une à une les pages du milieu. À chaque fois, il me demandait ce que ça me faisait de voir ça. J`ai compris que ce qu`il voulait entendre, c’était le mot « bander ». Je lui ai dit finalement pour qu`il me « sacre la paix » et que je puisse sortir de là. Une espèce de vieux vicieux tordu. Je ne me suis pas gêné par la suite de répéter cette histoire à tous mes camarades pour qu`ils sachent à quoi s`attendre, tout en faisant à ce moine une sale réputation de « mangeux » de lunette! »

Durant les années 90, le scandale de ces enfants terrorisés et assaillis sexuellement par des religieux dans un collège de Terre-Neuve éclatait au grand jour. Après un long procès, les frères se retrouvèrent en prison pour les actes indécents qu’ils avaient commis exactement à la même époque où Claude s’était retrouvé au Collège. Il s’interrogea sur les conséquences qu’auraient subies certains anciens frères du collège Notre-Dame si des anciens élèves des années 40 avaient raconté les agressions dont ils avaient été victimes.

 Note : En 2004, longtemps après que ces lignes précédentes furent écrites, la Presse Canadienne annoncera une nouvelle, ci-après transcrite, qui fera dire à Claude : « Il y a une  justice sur terre ! :

Un professeur est accusé d'agression sexuelle

Presse Canadienne : le 20 octobre 2004 - 07:59

Un professeur d'une école privée de Montréal a été arrêté le 7 octobre dernier pour être accusé de crimes à caractère sexuel. C. H., professeur de mathématiques au Collège Notre-Dame, aurait fait aux moins deux victimes chez des pensionnaires de l'institution, selon Radio-Canada. Les faits allégués remonteraient aux années 1970 et 1971, dans un cas et à 1977 dans un deuxième dossier. Les deux hommes ont porté plainte en 2003. L'ex-religieux de la congrégation des Frères de Sainte-Croix est soupçonné d'attentat à la pudeur, une accusation qui était en vigueur au moment de la commission des crimes allégués. C. H. qui a maintenant 64 ans, a été libéré sous conditions et devra revenir en cour le 26 octobre prochain.

Et ce jour-là, on apprendra que la communauté des Frères de Sainte-Croix ne compte plus que 65 religieux et qu’aucun d’entre eux n’enseigne.

 

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