La bague

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La bague

Claude termine son cours de Polytechnique. Sa 5ième année lui a permis de se spécialiser quelque peu en structure de béton armé. Comme l’année précédente, ses cours ont couvert une variété de sujets techniques tels, l’architecture, les barrages, le chauffage, la plomberie, la ventilation, les constructions métalliques, l’éclairage, l’électricité, les forces hydrauliques, la suite des cours en génie sanitaire et d’hydraulique qu’il a entrepris en 4ième année, la géotechnique, l’hygiène industrielle, l’organisation industrielle, les ponts, les structures, les travaux publics, l’urbanisme, l’utilisation des forces hydrauliques, la voirie rurale, la voirie urbaine. À tous ces cours s’ajoutent des visites industrielles et la préparation d’une thèse de fin d’année pour laquelle il choisit le toit d’une église en béton armé. Il demande à son ami Yves Montpetit, qui est aux Beaux-Arts en architecture, de préparer un plan préliminaire d’une église afin qu’il puisse faire les calculs et le design de la charpente du toit. Claude opte de plus en plus pour une spécialisation en structure et s’informe des possibilités au Massachusetts Institute of Technology (MIT), le fameux collège universitaire de Boston. Il se rend compte qu’il est difficile d’entrer dans ce milieu de haut-génie. Par ailleurs, son amour avec Manon grandit et il rêve de fonder une famille et de gagner sa vie. Tous ses amis agissent dans le même sens et aucun ne décide de prendre des cours post-universitaires (il regrettera cette décision car il se rend compte dès les premières années de pratique qu’un MBA lui serait grandement utile dans sa vie d’affaires).

Les examens se terminent au début de mai et Claude a de bons résultats. Il termine son cours d’ingénieur avec distinction. Antoinette est heureuse de constater que le temps passé dans les activités estudiantines n’a pas nui à ses études.

Les futurs ingénieurs sont invités à l’EIC, l’Engineering Institute of Canada, fondée en 1887. Claude apprend qu’en 1922, à Montréal, des ingénieurs expriment l’idée qu’il est important de développer un engagement d’éthique pour les jeunes gradués. Ils sollicitent l’aide du célèbre poète et écrivain anglais Rudyard Kipling, bien connu pour ses références au travail des ingénieurs dans ses écrits. Kipling accepte avec enthousiasme et recommande une cérémonie officielle, « The Ritual of the Calling of an Engineer », durant laquelle le jeune ingénieur fera le serment de Martha en rapport avec ses obligations d’ingénieur. Son texte se base sur une histoire biblique où il puise le mythe de la cérémonie : la sœur de la Vierge Marie est Marthe (Martha en anglais). Lorsque Jésus visita Lazare avec sa mère, Marie était avec Jésus au salon pendant que Martha travaillait avec sa propre mère dans la cuisine. Pour Kipling, les ingénieurs sont les fils de Martha parce qu’ils travaillent alors que les fils de Marie font de la politique. Il vise simplement à diriger le nouvel ingénieur qualifié vers une prise de conscience de la profession, de sa signification sociale et à inciter les ingénieurs d’expérience de l’accueillir et de l’appuyer dans l’exercice de sa profession. Durant la cérémonie, le nouvel ingénieur reçoit un anneau de fer martelé à être porté au petit doigt de la main qui travaille. C’est un symbole de sa fierté envers sa profession et un rappel de son engagement solennel qu’il a prononcé volontairement avec humilité et qui l’oblige à un comportement professionnel et une conduite personnelle conformes aux plus hautes normes.

La cérémonie où Claude est intronisé regroupe quelques centaines de nouveaux ingénieurs de Poly et de McGill tous debout, en rangs, dans le grand hall de l’Institut devant ses sept derniers présidents. Ils sont les gardiens et les administrateurs des rites. Claude prête le serment de Martha et reçoit son anneau. Pour les ingénieurs, c’est « la bague ». Claude est heureux de l’avoir enfin. Quelques semaines plus tard, il se rend compte qu’elle rouille et marque son doigt. Ses amis vivent la même expérience. Lors d’une réunion à Poly, un collègue vend des bagues en acier inoxydable pour remplacer l’anneau. Claude en achète une et c’est celle qu’il portera toute sa vie pour se rappeler ses engagements et indiquer, par ce signe extérieur, qu’il est un ingénieur professionnel.

Le 28 mai, Claude reçoit de la Corporation des Ingénieurs Professionnels de Québec un diplôme lui conférant le droit de pratiquer comme ingénieur dans la province de Québec. Le diplôme stipule : Vu le rapport à nous fait par les Examinateurs de la CIPQ, qu’ils se sont enquis des mœurs, connaissances, capacités et qualifications de Jean-Claude Dupras… qu’il s’est en tout conformé à la loi. Le 3 juin, dans l’amphithéâtre de l’Université de Montréal, accompagné de Charles-Émile et d’Antoinette qui sont très fiers et heureux d’être là, il reçoit des mains du chancelier de l’Université, le cardinal Paul-Émile Léger, son diplôme de bachelier en sciences appliquées et celui de l’École Polytechnique, signé par Ignace Brouillet et Henri Gaudefroy le déclarant digne du grade d’ingénieur, section travaux publics – bâtiments; et celui de l’Université de Montréal, signé par Monseigneur Olivier Maurault, lui conférant le diplôme d’Ingénieur. Il est « aux petits oiseaux ». 

 

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