Grande décision de mémère Dupras

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La grande décision de Mémère Dupras

Comme à l’accoutumée, le Noël de 1944 à Saint-Jérôme est très joyeux et très agréable. Tous les enfants ont grandi et participent davantage aux « danses carrées » et aux chansons à répondre. Au Jour de l’an, Mémère Dupras annonce une grande nouvelle à tout son monde. Elle veut vendre sa maison, mettre son contenu à l’encan et rentrer à Montréal. À 74 ans, explique-t-elle, il lui est devenu difficile de tenir maison et elle veut changer de vie. Elle souhaite trouver un petit logement où elle aura moins à faire et ainsi se reposer. Elle compte déménager le 1er mai. Revenue de sa surprise, la famille réalise qu’elle a vécu son dernier Noël à Saint-Jérôme et vit maintenant son dernier Jour de l’An. Il faut fêter l’événement ! Sur ce, les Labelle et les Carey arrivent. Ils vont partager tous ensemble ce moment très spécial.

 De retour en ville, Charles-Émile trouve chez Trudeau la liste de logements disponibles pour le 1er mai. Il en déniche un, modeste, sur la rue Gertrude, dans le quartier 1, à proximité de la plus belle église de Verdun, Notre-Dame-des-Sept-Douleurs. Construite en 1905 selon les plans de l’architecte Joseph Venne, l’église aux magnifiques clochers est un lieu de culte important du diocèse. Mémère Dupras est d’autant plus heureuse que le quartier est francophone. Dès le mois de mars, sa maison  est vendue.

Le jour de l’encan, au tout début d’avril, Charles-Émile, Antoinette et les garçons « montent » à Saint-Jérôme. Ils y trouvent Mémère Dupras toute triste de voir partir ses affaires, si précieuses à ses yeux et qu’elle a mis toute sa vie à ramasser. L’ « encanteur » les a toutes étalées sur une partie de la rue, le trottoir et le balcon. Les gros meubles sont dans la maison où les acheteurs potentiels peuvent les évaluer. Il y a foule. Claude entend son père dire qu’il y a au moins 100 personnes. L’ « encanteur » a installé une table sur une petite tribune. Muni de son porte-voix, il ouvre l’encan par la mise aux enchères de la jument et du buggy. Claude a le cœur serré de voir adjugée la brave bête qui l’a si souvent mené au marché de Saint-Jérôme avec sa grand’mère. En la voyant partir à la suite de l’acheteur qui la tire par les rênes, il retient ses larmes. Le buggy trouve un autre preneur. Ça y est, l’encan est lancé. L’ « encanteur » est compétent et mène l’affaire rondement. Ses assistants présentent un à un les divers objets ou bien mentionnent où ils se trouvent. Tout de suite après l’adjudication, les acheteurs vont payer leur achat à la femme assise près de l’ « encanteur ». Claude est sidéré. Il y a tant de choses qui appartiennent à sa grand’mère et qu’il découvre pour la première fois. Et puis, c’est la première fois qu’il assiste à un encan ! Il est très impressionné par l’allure distinguée de l’« encanteur » qui parle bien, vite et fort.

Un appareil de radio à cristal est mis aux enchères. Claude ignore de quoi il s’agit. Cela ressemble à une grosse pierre surmontée d’une aiguille et d’un mécanisme bizarre, avec des fils et un écouteur. Il demande à son père de lui expliquer ce dont il s’agit et de lui dire si l’appareil fonctionne. Charles-Émile, ne sachant trop comment s’y prendre, lui explique que la pierre est un cristal et qu’avec la petite aiguille, on peut syntoniser des postes de radio selon l’endroit où l’on appuie sur le cristal et de la force qu’on y met. Quant aux écouteurs, ils servent à relayer le son. Il ajoute qu’il s’agit d’un des tout premiers appareils, d’un modèle dont on ne se sert plus, mais qu’il fonctionne sûrement encore. Claude, curieux, mais qui n’a pas trop compris les explications, demande à son père de le lui acheter. Les enchères grimpent un peu mais, finalement, Claude se retrouve propriétaire de l’appareil. L’encan se termine sur une note positive.

Tout est vendu, sauf les objets que Mémère Dupras souhaite garder pour elle-même. Le 1er mai, elle se retrouve dans son nouveau logement et elle est heureuse de commencer une nouvelle vie auprès de ses petits enfants. Quant à Claude, il ne parviendra jamais à tirer le moindre son de son appareil à cristal.

 

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