La Jeune Chambre

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La Jeune Chambre

Durant sa dernière année à Poly, Claude est très occupé par ses études et ses activités. Malgré cela, il aime la Jeune Chambre au point de rêver de devenir un jour le président national de la Chambre de Commerce des Jeunes du Canada. Il participe aux activités et  est membre du comité de la campagne de recrutement. Il se fait remarquer en recrutant un grand nombre de nouveaux membres. En juin 1955, à la fin du mandat du président Bernard Janelle, le futur président Maurice Déry offre à Claude de siéger au conseil d’administration de la Jeune Chambre de Montréal pour le mandat 55-56. Heureux de cette marque de confiance, Claude accepte et devient conseiller lorsque l’élection de l’équipe Déry est confirmée. Celui-ci est un homme d’affaires et agit comme représentant des produits de dactylographie Remington et réussit bien. C’est un homme ordonné, travailleur infatigable, qui met l’accent sur tous les détails, enthousiaste et qui croit profondément que la Jeune Chambre est une vraie école de chef. Il est un modèle. Son année est un grand succès et est marquée par toutes sortes d’initiatives. Malheureusement son grand projet ne voit pas le jour. Déry mûrissait l’idée de réaliser l’Édifice Jeune Commerce pour loger l’association sur une base permanente et lui donner les outils pour son expansion future. Faute de ressources financières, il met l’accent sur le fonds de réserve qui recueillera les surplus annuels, les administrera et qui serviront un jour, il espère à court terme, à réaliser le projet du siège social. À la fin de son mandat, il passe les rênes à Laurent Gendron qui devient le nouveau président pour le mandat 56-57.

Gendron aime Claude. Il apprécie sa sincérité et son moto qu’il répète souvent lors des réunions du Jeune Commerce : « on ne doit pas compter les heures qu’on y consacre puisqu’on est remboursé au centuple ». Claude, qui s’est distingué comme organisateur du congrès annuel qui a eu lieu du 2 au 5 septembre à Highgate Springs, dans l’état du Vermont sur les rives du lac Champlain, devient vice-président responsable des comités d’action. Les autres vice-présidents sont Rouleau, le jeune courtier Jean-Louis Tassé, le comptable Marcel Girard et Paul Talbot. Claude accepte plusieurs responsabilités dont celle de l’organisation des deux « Semaine Jeune Commerce ». La première lors de la campagne de recrutement et la deuxième en février. Cette dernière regroupe cinq activités dont une excursion de ski à Saint-Sauveur, une soirée de vaudeville chez Labatt’s, le conseil de ville modèle à l’hôtel de ville de Montréal en présence du maire, une conférence à l’amphithéâtre de l’U de M sur le voyage de l’Égaré II (un radeau qui traversa l’Atlantique avec trois Français à bord) et enfin une grande soirée canadienne au chalet du Mont-Royal. La semaine est un grand succès et Gendron est très satisfait. Il est un président sympathique, amical, travaillant et visionnaire. Il croit dans l’égalité des femmes et fait changer la constitution de la Jeune Chambre pour l’ouvrir aux jeunes filles. De plus, il n’aime pas la tradition de la Jeune Chambre qui consiste, avant tout banquet, de lever les verres à la Reine. Lors du congrès annuel à la fin de son mandat, il propose aux personnes présentes au banquet d’ouverture à lever leurs verres au… pape. C’est la première fois que Claude et les autres participants entendent une telle proposition. La première réaction est un court silence mais, dès que la surprise est passée, tous se mettent debout et lèvent leurs verres avec enthousiasme à la santé de Sa Sainteté Pie XII. Claude ressent un vent de nationalisme émanant de la salle.

Claude a aussi la responsabilité du tournoi annuel de sécurité routière organisé par le conseiller Gérard Auger. C’est une grosse organisation qui re-groupe plus de trente personnes travaillant dans cinq comités. Le tournoi a lieu dans la cour de l’École supérieure le Plateau et consiste en une série de tests sur une piste à obstacles ayant rapport au code de la route. Il a été institué pour les jeunes de moins de vingt ans qui s’apprêtent à demander leur permis de conduire. Cette année, le concours est différent puisqu’il s’intègre dans une activité nationale, le ROAD-E-O et se conforme aux règlements et directives de l’organisation canadienne. Les membres du comité visitent les collèges et les écoles supérieures de la région afin d’inciter le plus grand nombre possible d’élèves à prendre part au tournoi. Une conférence de presse à laquelle participent les autorités municipales annonce le concours. Le jour de la compétition, plus de cent jeunes sont inscrits. Les deux meilleurs représenteront la Jeune Chambre de Commerce de Montréal au tournoi provincial qui se tiendra à Saint-Lambert. Un jeune Canadien anglais remporte la première place et la deuxième est gagnée par le jeune Jean-Paul Provost. Claude est satisfait du succès de l’activité et heureux que ce soit, par hasard, le fils d’un de ses clients, Paul Provost, président de Provost Cartage, qui se soit classé second.

Claude et Ronald Laviolette sont nommés délégués au congrès national qui se tient à Victoria, la capitale de la Colombie-Britannique. Il ne connaît pas l’Ouest du pays et à hâte de s’y rendre. Les deux délégués voyagent ensemble dans un DC-7 qui prend plus de dix heures pour se rendre à Vancouver. Ils s’y arrêtent quelques jours pour voir la ville et jouer aux touristes. Ils savent que les Canadiens français de cette province ont des difficultés avec le gouvernement provincial pour obtenir des écoles de langue française et que ce sont des quêtes au Québec et des campagnes de souscriptions, motivées par l’Ordre de Jacques-Cartier, qui financent petit à petit leurs projets de construction scolaire. Claude est curieux d’en rencontrer quelques-uns et trouve dans l’annuaire téléphonique une paroisse nommée Saint-Jean-Baptiste. Il parle au curé qui l’invite à venir rencontrer ses paroissiens. Le lendemain, Claude et Laviolette sont au sous-sol d’une petite église de pierre où une soixantaine de personnes sont réunies. Ce sont des Canadiens français mais plus de la moitié ne parle plus le français. Répondant à la demande du curé, Claude leur adresse la parole. Il parle du Québec, de la Jeune Chambre et de son voyage. Quelques femmes plus âgées laissent couler des larmes sur leurs joues. Il arrête et s’informe pourquoi elles ont cette réaction. « Il y a très longtemps » dit l’une « qu’ils n’ont pas entendu parler le français par quelqu’un du Québec ». Cela touche les deux Montréalais. La soirée se termine par des paroles en franglais de plusieurs paroissiens. Quant à Claude, il vient de comprendre le besoin urgent d’aider ses compatriotes qui vivent dans une province qui ne les considère pas. Ils combattent pour maintenir leur langue avec peu de moyens et noyés dans une mer d’anglophones. « C’est le devoir des citoyens du Québec de les aider », pense-t-il.

Le lendemain, ils arrivent à Victoria en DC-3 et logent au grand hôtel Victoria, devant le port, où se déroule le congrès. L’endroit est merveilleux et coloré de milliers de fleurs dont des rhododendrons géants et des bougainvilliers de toutes les couleurs. Quant au congrès, Claude est fasciné par son organisation, ses ateliers qui portent sur l’organisation d’une Jeune Chambre où assistent des centaines de délégués et le bonheur qui est reflété sur tous les visages. Au repas, chaque délégation a son propre costume et l’enthousiasme déborde. L’invité principal est le président des Jaycees américains. Ce dernier commence son discours en disant : « Hi, u all ! » Avec un accent qui ne peut être plus du sud. Il est très sympathique et fait un discours drôle et de circonstance.

Le dernier soir du congrès, les délégués sont invités dans une grande salle située dans une forêt d’arbres séquoias. Claude est abasourdi devant ces géants majestueux. Il apprend qu’ils peuvent être de 275 pieds d’hauteur et de 30 pieds de diamètre. Mais ce n’est pas seulement leurs dimensions qui l’impressionnent mais leur âge aussi car plusieurs étaient déjà de grands arbres lorsque Jésus marcha sur la terre. Après le dîner, un grand spectacle avec musiciens, chanteurs et comiques professionnels est présenté. Vers la fin du spectacle, le maître de cérémonie dit avoir une demande spéciale. Tout est en anglais évidemment. Il demande à Claude de venir sur scène pour chanter une chanson à répondre du Québec. Celui-ci est surpris et hésite pour s’avancer mais les gens autour de lui le poussent et finalement la salle au complet l’appelle. Il se décide et monte sur scène. Il semble que sa réputation de maître de cérémonie et de chanteur de chansons qu’il s’est faite aux congrès de la Jeune Chambre se soit rendue aux oreilles du MC. Il est gêné et le trac le prend devant les mille personnes de l’assistance. Il tremble. Ne sait quoi dire. Et comme à l’habitude, il cherche une phrase clef qui le libérera. Tout à coup, elle vient. « I must be the only unpaid performer of this show! ». Les Jaycees s’esclaffent et les applaudissements résonnent de partout. Il leur dit qu’il va leur chanter une chanson qu’ils connaissent tous « Alouette ». Les spectateurs acquiescent bruyamment. Mais ce sera une version anglaise dans laquelle « Alouette » est remplacé par « Hollywood ». « Ok ? » lance-t-il, « OK ! »  répond la salle en écho. Il explique ce que veux dire « je te plumerai », le mot « gentil » et commence :

Hollywood, gentil Hollywood

Hollywood, je t’y plumerai

 

Je t’y plumerai Betty Grable

Je t’y plumerai Betty Grable

Betty Grable

Betty Grable

In the stable

In the stable

Hollywood, Ah…

Puis passa une dizaine d’acteurs et actrices américains…. Il reçoit un standing ovation et des applaudissements continuent. On veut un rappel. « One more only, it is late » dit-il. Il entreprend la chanson « un pied mariton », qu’il a appris de Jean Nadeau au Varsity Weekend, avec tous les mouvements des hanches et de toutes les parties du corps. Il invite tous les délégués à se lever et à l’imiter tout en chantant. C’est un autre hit.

Le lendemain, il prend le train qui traverse les Montagnes Rocheuses avec Ed Culkin, le président du YMS. Ils voient les montagnes les plus spectaculaires du monde assis confortablement de la  partie haute et vitrée du skyliner. Après une bonne nuit sur le train, ils arrivent à Lake Louise, où ils découvrent un lac splendide de couleur émeraude. Ils couchent, ce soir-là, dans le grand hôtel du Canadian Pacific et rentrent le lendemain à Calgary en auto où un nouvel avion les attend. C’est la merveille de l’heure, le Constellation, dont TransCanada Airlines vient de prendre livraison. Ils terminent leur voyage dans cet avion de luxe et rentrent à Montréal heureux d’avoir pu faire ce magnifique voyage. Claude de conclure, lorsqu’il raconte le tout à Manon, « quel magnifique pays nous avons ! »

Le nouveau président pour le terme 57-58 est Claude Rouleau. Claude est élu premier vice-président.

À la première réunion du conseil, on le nomme président régional de Montréal à la Fédération des Chambres de Commerce des Jeunes du Québec, dirigée par le dentiste Paul Lacoursière de la Jeune Chambre de Trois-Rivières. La région de Montréal ne comprend que la Jeune Chambre de Montréal contrairement aux autres régions qui regroupent plusieurs Jeunes Chambres. Claude est surpris, lors de la première réunion du conseil de la Fédération de se voir nommer avec Lacoursière pour représenter le Québec au conseil d’administration de la Chambre de Commerce des Jeunes du Canada présidé par Douglas Fisher. Claude ne sait pas s’il est nommé parce qu’il représente la plus grande Jeune Chambre au Canada ou parce qu’il est bilingue. De toute façon, il est heureux de pouvoir siéger à ce niveau national dont il rêve depuis ses premiers jours dans la Jeune Chambre. Au cours des premières réunions du conseil provincial, il remarque qu’une certaine animosité règne envers lui et Montréal. Il entend quelques fois des commentaires ridicules en rapport à ce qu’il propose, tel « on sait bien… eux autres à Montréal… ». Claude ne comprend pas ce sentiment qu’il rencontre pour la première fois et se fait expliquer que c’est comme ça dans toutes les grandes organisations provinciales au Québec. Il ne peut croire que cela traduit un sentiment d’infériorité envers quelqu’un de Montréal et est triste de constater de telles bêtises. Il connaît la rivalité naturelle entre Québec et Montréal, mais elle n’existe pas dans la Jeune Chambre à cause de la présence de Charlie Blais. Charlie est président de la Jeune Chambre de Québec et vice-président national du mouvement. C’est un gars extraordinaire, ouvert et intelligent. Il sera président national pour le mandat 59-60.

En novembre, le conseil de la Jeune Chambre de Montréal doit choisir le conseiller municipal de classe « C» devant siéger à l’hôtel de ville pour le siège attitré à la Chambre de Commerce des Jeunes du district de Montréal. Régent Desjardins est le conseiller sortant de charge. La décision est importante car, depuis trois ans, le débat a été trop virulent au conseil municipal entre les anciens du temps de Camilien et l’équipe de l’Action Civique de Drapeau et Claude espère qu’il devienne positif même si Sarto Fournier a défait Drapeau. Après une courte délibération, il est unanimement résolu de choisir Déry pour le prochain mandat. Claude a voté pour lui car il croit qu’il est un réformateur, un homme droit qui ne trempera pas dans la magouille et qui saura distinguer entre la justesse des arguments présentés par l’Action Civique et ceux présentés par le Ralliement du grand Montréal du maire Fournier.

Claude coordonne, entre autres, l’organisation du banquet des Gouverneurs qui se tiendra en avril. Pour la Jeune Chambre, c’est l’événement social annuel le plus important au cours duquel tous les membres s’unissent pour rendre un hommage mérité à une phalange d’hommes d’affaires célèbres du milieu montréalais qui ont accepté d’être gouverneurs et à ceux qui ont bâti le mouvement, les anciens présidents. Parmi les gouverneurs, on retrouve les hommes les plus éminents de Montréal, dont : MM. Ernest Savard, Charles J. Dupuis, Me Bernard Couvrette, Gaston Laurion, l’hon. Juge T.-A. Fontaine, Louis-A Lapointe, J.-René Ouimet, le brigadier Guy Gauvreau et une cinquantaine d’autres. Le banquet est aussi un genre de conventum où aiment se retrouver ceux qui jadis vouèrent une partie de leur jeunesse à la cause de la Jeune Chambre et qui reconnaissent qu’elle leur a remis au centuple les efforts déployés. C’est également l’occasion de rencontrer les autorités civiles et religieuses de la métropole qui, par leur présence, témoignent du bien accompli par la Jeune Chambre dans le milieu. Il y a toujours un conférencier invité, un excellent dîner servi dans une atmosphère de grande fête suivi des accords d’un excellent orchestre pour les délices de la danse. La salle et les tables sont majestueusement décorées. Tous les invités sont en tuxedo et les dames en robes cocktail. Le banquet a lieu à l’hôtel Windsor et c’est le party le plus fashionable à Montréal. Claude veut qu’il soit mémorable dans les annales du Jeune Commerce et met tout en œuvre pour surveiller les moindres détails. Comme ce fut le cas l’année précédente, il propose d’abaisser le prix du billet pour faciliter l’accès à tous les membres afin qu’ils puissent rencontrer les gouverneurs et les anciens présidents. Le résultat est un grand succès.

Claude dirige la visite du président national Douglas Fischer au Québec. Elle se termine à Montréal et le maire Fournier les accueille à l’Hôtel de ville et ils sont invités à signer le livre d’or de la ville. C’est sa première rencontre avec le nouveau maire et ce ne sera pas la dernière.

Le congrès annuel de la Jeune Chambre en 1958 est à l’Alpine Inn. Le vendredi soir est réservé à l’accueil des congressistes et le samedi au président sortant pour la présentation de son rapport annuel auquel il ajoute ses remerciements pour le support qu’il a reçu durant toute l’année. Rouleau exprime son regret de voir son mandat terminé. La réunion est imprégnée de beaucoup d’émotions. L’élection du nouveau président et du nouveau conseil pour le mandat 58-59 a lieu le lendemain. Selon la tradition, le président sortant de charge réunit les anciens présidents présents au congrès et quelques  membres de son exécutif pour déterminer une slate de candidats capables de bien remplir les postes à la direction de la Jeune Chambre. Claude n’est pas invité. Il a été premier vice-président et espère maintenant devenir le nouveau président. Il n’en souffle mot à personne car ce n’est pas la coutume. Il attend la nouvelle dans la section bar de l’hôtel avec plusieurs congressistes qui ne savent pas ce qui se passe. Le temps s’écoule. Claude s’inquiète. Il broie du noir. Il pense que son manque de diplomatie qui vient de son franc-parler et qui à l’occasion heurte ses interlocuteurs, devient un handicap pour son choix à la présidence. Il pense à çi, à ça… il désespère et envisage le pire scénario. Finalement, il voit apparaître Gendron qui vient dans sa direction, d’un pas rapide, en lui tendant la main. « Félicitations, monsieur le président » lui dit-il en lui annonçant ainsi la décision du comité de sélection. Claude est soulagé et très heureux.

Il retourne avec Gendron à la salle où siège le comité. Tous les membres le félicitent et il les remercie pour leur marque de confiance. Il comprend que c’est Gendron qui l’a proposé comme président et qu’il y eu d’autres candidats. On lui soumet la liste proposée pour le nouvel exécutif et le nouveau conseil. Claude est en accord sauf pour une correction. Dimanche matin, la réunion pour les élections est ouverte, Gendron fait le rapport du comité de sélection et propose qu’elle soit acceptée. Aucun autre candidat n’est proposé. Claude est élu et devient le président de la Chambre de Commerce des Jeunes du district de Montréal. Manon qui est présente est tout sourire. Alban Coutu est le premier vice-président et les autres vice-présidents sont Jean-Paul Lucchési, Tassé, Gérard Brabant et Yves Lavigne. Les conseillers regroupent Gabriel Paiement, Aimé Brisson, Jean Buron, Me André Laurence, Georges Tassé, Paul-Yvon Hamel, Ronald Poupart, Me Jean-Jacques l’Heureux, Raymond Brodeur, André Bruneau, Charles Normandin et Me Jacques Mongeau. Le conseiller juridique est Me Philippe Gélinas. Claude nomme aussi cinq conseillers techniques pour que le conseil puisse s’appuyer sur la solidité de l’expérience, ce sont : les anciens présidents Gendron et Desjardins, Jacques Sarrazin, Roger Bisson et Gérard Desjardins.  Déry siège aussi au conseil puisqu’il est le représentant de la Jeune Chambre au conseil municipal. Enfin, Rouleau comme président sortant y siège aussi. Il y a donc quatre anciens présidents et Claude en est très satisfait. L’après-midi du dimanche est dédié à la planification de la prochaine année et le congrès se termine par le grand dîner du dimanche soir et le premier discours de Claude comme président.  

Le principal objectif pour son mandat est de mettre l’accent sur l’Université Populaire (l’université des futurs chefs comme il aime à le répéter). Elle regroupe les rencontres et les activités sur les affaires économiques, publiques, juridiques et culturelles de la Jeune Chambre. L’UP a été lancée il y a quelques années et son plus grand promoteur est l’avocat Denis Lanctôt. Elle va très bien mais Claude, qui croit beaucoup à l’importance de la formation, veut qu’elle soit encore plus performante car beaucoup de membres n’ont pas eu la chance d’aller aux écoles supérieures ou à l’université. Il y a un grand nombre de self-made men (autodidacte). L’UP tient trois ou quatre activités gratuites par semaine qui prennent la forme de conférences ou de visites. Elles s’insèrent dans un programme planifié. Les rencontres sont au Cercle Universitaire, à l’école Aberdeen de la rue Saint-Denis ou ailleurs exceptionnellement. Une moyenne de 120 membres y participent tous les soirs. Souvent l’UP traite les sujets brûlants de l’actualité, par exemple, Jean Lesage, nouveau chef du parti libéral du Québec et chef d’opposition à l’assemblée législative est invité aux affaires publiques; une visite industrielle de Canadair est au programme des affaires économiques, l’étude du code de procédures d’assemblée Robert devient le sujet des affaires publiques et un écrivain comme Roger Lemelin est invité aux affaires culturelles. Un membre qui participe régulièrement à l’UP y trouve un bagage de connaissances et le contact des personnes les plus averties de la société.

En plus, Claude désire que toutes les activités de la Jeune Chambre soient mieux réussies que par le passé et place la barre très haute. Elles incluent celles des loisirs, des activités de bienfaisance et les cours d’art oratoire. « Plus le challenge est difficile, plus les gars vont apprendre » dit-il. Il fixe à 1,400 le nombre de membres pour son mandat alors que les campagnes de recrutement passées ont atteint un maximum de 1,200 membres. Il insiste aussi pour que la planification des activités soit élaborée dans ses moindres détails, que des « échéanciers » réalistes soient préparés et que les rapports suite aux activités complétées soient présentés au conseil dans le plus court délai possible. Il veut qu’un calendrier de toutes les activités de l’année soit imprimé et distribué aux membres dès septembre.

La campagne de recrutement rencontre ses objectifs et la Jeune Chambre de Montréal demeure la plus importante du monde entier.

Le comité des affaires publiques de l’UP lui demande de présenter Jean Lesage lors de sa conférence. Claude accepte. Plusieurs sont inquiets car ils connaissent sa couleur politique. L’événement a lieu à l’école Aberdeen. Claude et son exécutif sont présents car le moment est important. Lesage est l’adversaire de Duplessis et il est possible, à cause de l’âge de Duplessis, que Lesage devienne un jour le Premier Ministre du Québec. Claude comprend bien son challenge et présente Lesage le mieux qu’il peut en laissant planer une image très favorable. Les membres de son exécutif le félicitent de son impartialité.

Lesage commence par affirmer « la nécessité de la disparition de la dictature et de la restauration de la démocratie et de la liberté dans la province ». Claude ne dit pas un mot mais pense qu’il charrie royalement. « Nous avons la main tendue à l’égard de toutes les nuances et de tous les éléments sains de l’opposition. Ce qui importe aux libéraux ce n’est pas tant le triomphe du parti libéral en soi et pour soi, mais le triomphe de ces idées essentielles qui sont communes au peuple québécois ». Claude n’en croit pas un mot et se dit qu’il parle pour parler et manque totalement de sincérité en affirmant que les libéraux, qui sont dans l’opposition depuis 14 ans, ne veulent pas nécessairement le pouvoir mais le triomphe de leurs idées. « Nous les libéraux, nous sommes prêts à des compromis, mais non à des compromissions. Le parti libéral a des principes et une doctrine sur lesquels nous ne pouvons transiger. Cependant, nous sommes prêts à une conciliation raisonnable sur les modalités et les façons d’atteindre nos buts ». Claude trouve ça beau ! « Si nous ne réussissons pas à gagner les collaborations que nous estimons importantes à notre œuvre, nous mènerons notre combat avec les effectifs qui étaient déjà solides en temps d’adversité et qui gagnent chaque jour en combativité et avec l’armée de ceux qui de plus en plus nombreux rallient notre camp de jour en jour ». La main n’a pas été tendue longtemps et les effectifs qui étaient déjà solides sont les mêmes avec lesquels le parti s’est fait lavé à la dernière élection.

Lesage réitère que son parti « a été le seul de tous les mouvements politiques à faire constamment face à la dictature depuis 1944 ». Claude se dit qu’il n’y va pas avec le dos de la cuillère. Dès que Godbout a été battu en 1944, c’est, d’après Lesage, une dictature qui s’est implantée au Québec. Il oublie les élections de 1948, 1952 et 1956 qui ont donné à l’Union Nationale des majorités écrasantes, Claude est de moins en moins impressionné par le discours de Lesage. « Je suis confiant que l’offre de collaboration du parti libéral et son appel au ralliement seront entendus » dit Lesage en terminant. Claude se dit qu’à moins d’un événement majeur, Duplessis va l’écraser facilement car le discours qu’il vient d’entendre n’est qu’une vaste fumisterie. Il considère aussi que Lesage a manqué de jugement dans le choix de son texte. Il aurait dû parler de l’importance d’une opposition dans un gouvernement au lieu de venir faire un appel politique en opposition au régime Duplessis. La Jeune Chambre est neutre et ce n’est pas l’endroit pour être partisan car les participants sont là pour apprendre.

Du côté du secrétariat de la Jeune Chambre, Claude est heureux des services de Gilles Tittley, qu'il a engagé au début de son mandat suite à la recommandation de Roger Bisson. Il ne veut pas modifier la revue mensuelle « Initiatives » et la revue hebdomadaire « Hebdo J.C. » de la Jeune Chambre car elles assurent la continuité et l’efficacité de ses réalisations.

Le banquet des gouverneurs est un grand succès. Le nombre de gouverneurs a augmenté à 75. Cinq cents personnes y participent et Claude remet à l’ex président Rouleau le World Leadership Training Award de la Jeune Chambre Internationale attribué à la Jeune Chambre de Montréal pour sa formule de l’Université Populaire. De plus, il annonce que le conseil a voté la nomination de l’ex président honoraire Charles J. Dupuis comme sénateur international de la JCI. Le conférencier est le gouverneur Louis-A. Lapointe qui est devenu le président de la corporation Sir Georges-Étienne Cartier qui réalise la nouvelle Place-des-Arts à Montréal. Vantant les mérites d’une telle salle de concert, il cite l’écrivain André Maurois « nous devons former, dans toutes les classes de la société, une génération qui soit capable de goûter… de hautes pensées et de beaux spectacles. Il n’est pas du tout vrai que ce soit impossible; il n’est pas du tout vrai que les foules préfèrent un art médiocre ». Parlant de l’aspect financier du projet, il explique que la province et la ville ont octroyé chacune $2,5 millions et que le grand public sera appelé à fournir sa part, soit $3,5 millions « Aide-toi, le gouvernement t’a aidé » conclut Lapointe.

Comme président, Claude reçoit les visiteurs étrangers du JCI et c’est ainsi qu’il accueille Jacques Tunon de Belgique, VP international et Sydney Sherwood président de la Chambre de commerce des jeunes de Bermudes qui arrive à Montréal en plein hiver avec ses bermudas. Il reçoit chez lui le président international de la JCI, le mexicain, Alberto Philippe, qui vient à Montréal lui présenter un trophée pour la Jeune Chambre et le président canadien Jack O’Rourke. Il maintient de bonnes relations avec Ed Culkin et son organisation du Young Men’s section of the Board of Trade avec laquelle il organise une réunion pour discuter de problèmes communs et d’actions conjointes. Il accepte les multiples invitations pour représenter la Jeune Chambre tel un concert et un dîner pour Son Altesse Royale la Princesse Margaret. Le jour de l’anniversaire de la ville, il dépose la gerbe de fleurs au monument de Maisonneuve accompagné du maire Fournier, à la place d’Armes,  etc…

Lors du « conseil de ville modèle » qui se tient tous les ans à l’Hôtel de ville de Montréal, il agit comme maire de Montréal pour un soir et dirige les débats du conseil où siègent, ce soir-là, les membres de la Jeune Chambre en remplacement des conseillers municipaux. Il aime l’expérience.

Il reçoit un grand nombre d’invitations des Jeunes. Chambres du Québec pour être conférencier. C’est le cas lors de la journée régionale des Jeunes Chambres de l’Est-Yamaska, où il ex-plique le développement et les activités de la Jeune Chambre de la métropole et rappelle qu’elle a obtenu que la revue World News du JCI ait une édition française. Au Jeune Commerce du Cap-de-la-Madeleine il aborde un de ses sujets favoris « Le Jeune Commerce appartient au public ». Il explique : « Demain, c’est nous qui dirigerons notre pays. Il faut que nous soyons préparés et la plus belle école pour un jeune qui veut devenir chef, c’est notre mouvement», il affirme « Le Jeune Commerce est une école de leadership  » et déplore « le manque des chefs dans la vie de tous les jours, dans l’industrie et dans les milieux des finances car seulement 20 % des intérêts financiers de notre province sont aux mains des nôtres… le JC aide à préparer ceux qui croient aux possibilités incalculables de notre province à prendre leur place au soleil ». Il suggère « de se donner à 100 % au JC, sacrifier temps et argent, apprendre à connaître le mouvement à fond, ses buts….à accepter des responsabilités, à organiser, à diriger, à déléguer, à s’exprimer en public, à ne pas craindre de s’engager… à pratiquer la franchise qui doit présider à tous les débats afin de ne pas se nuire à soi-même ni aux autres…à ne pas faire des propositions dont on ne connaît pas la portée… ici on ne peut venir par intérêt personnel car le mouvement appartient au public…, ici on s’entraide, on n’est pas à la recherche de contrat pour ses affaires mais plutôt d’une meilleure formation pour devenir un vrai chef demain ».

Manon est toujours présente à ses côtés et cela lui impose des sacrifices car elle a ses deux enfants qui demandent beaucoup d’attention. Malgré cela, elle accepte d’organiser un grand défilé de modes. Elle forme un comité organisateur avec ses amies et des membres féminins de la Jeune Chambre. Elle le dirige bien et l’événement a lieu à l’Hôtel Windsor et remporte un franc succès. Les profits sont versés aux œuvres de la Jeune Chambre dont les crèches pour bébés et jeunes enfants abandonnés par leurs parents. Elle aime accompagner Claude lors des visites de la Jeune Chambre dans ces crèches pour soutenir les religieuses qui se dévouent pour que toute cette petite marmaille, si nombreuse, soit en bonne santé et vive dans un milieu sain et propre en attendant des couples qui veulent les adopter. À Noël, Claude est le Père Noël et visite plusieurs institutions dont l’hôpital du Sacré-Cœur et l’hôpital Sainte-Justine où il apporte, avec les membres de la Jeune Chambre, des sacs de cadeaux aux enfants malades. Toutes ces activités sont coordonnées par le comité de bienfaisance de la Jeune Chambre.

Durant la même période, Manon est en plus très active au comité féminin pour l’événement mondain annuel, le « Bal de Génie ». Pendant cinq années consécutives. Elle est membre du comité organisateur et le préside durant deux ans.  Elle re-trouve les épouses des ingénieurs Ouimet, Jean-Louis Bourret, Pierre Labrecque, Jean Chartrand, Bussières, Lefebvre, Deguise, Jean-Paul Dagenais et plusieurs autres. Madame Henri Gaudefroy, l’épouse du directeur de l’École, offre aussi sa collaboration.  

 

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