La réception du jour de l'an

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La réception du jour de l’an

 

La présidence de Claude Dupras à la Chambre de Commerce des Jeunes du district de Montréal se déroule bien. La première partie de son mandat a été réussie à sa satisfaction.  

En route pour la réception annuelle du jour de l’an où les membres sont invités à recevoir les meilleurs vœux des dirigeants, il passe en revue les activités depuis son assermentation. Il a l’intention de les résumer dans son discours avant d’élaborer aux membres le programme à venir. Il a hâte d’arriver à cette réception. Il s’attend à une assistance record de plus de 400 personnes car c’est le président honoraire, Gaston Laurion, qui reçoit et ce dernier a choisi, comme site pour la réception, le restaurant le plus chic et le plus recherché de Montréal, le Ruby Foo’s. Dans un premier temps, Claude n’avait pas accepté la proposition du président honoraire de tenir cette réception à ce restaurant prestigieux de Montréal. Même s’il estimait qu’un très grand nombre de membres y assisteraient à cause de la réputation de ce restaurant, il savait que la Jeune Chambre n’avait pas les moyens de financer une telle réception dans un restaurant si dispendieux. Le président honoraire l’a rassuré en affirmant que la Jeune Chambre n’aurait rien à débourser. Il en a déjà parlé aux frères Miron, Adrien et Gérard, propriétaires de la carrière et de l’usine de béton Miron, et ensemble ils défrayeront tous les coûts. Claude fut épaté et ne se contenait plus tellement il avait hâte d’annoncer cette bonne nouvelle à son conseil d’administration. 

C’est en septembre dernier que Claude avait déniché ce président honoraire en or. Son rôle est de conseiller la Jeune Chambre, d’être présent à certaines activités pour motiver les membres à participer à leur mouvement et d’ouvrir les portes du monde des affaires pour obtenir l’aide dont la Jeune Chambre a besoin afin de rencontrer ses obligations le mieux possible. C’est Gaston Laurion, président de Laurion Équipement, le maire élu depuis 1957 de la ville la plus riche du Québec, Laval-sur-le-Lac. Il est un homme d’affaires averti qui, en plus de ses activités commerciales, est un philanthrope et un sportif reconnu. Il est aussi un organisateur hors pair qui a fait de sa compagnie, créée en 1943, le leader de sa spécialité dans la vente et le service d’équipements lourds pour la construction. Membre de clubs d’hommes d’affaires comme le Saint-Denis, le Laval-sur-le-Lac et l’Outremont, il est un Nemrod avisé et pratique la pêche comme le font beaucoup d’autres comme lui. Mais ce qui fait rêver Claude, lorsqu’il rencontre Laurion à sa magnifique résidence pour l’inviter à accepter la présidence honoraire, c’est qu’il pratique le yachting et que son magnifique yacht, un Chris Craft de plus de 44 pieds, est amarré au quai devant sa demeure donnant sur le lac des Deux-Montagnes.  

Claude se remémore la joie qu’il a ressentie lors de son élection à la présidence en juin dernier. Il se rappelle sa déception lorsque Ronald Laviolette, nouvellement élu vice-président avec son équipe et avec qui il a participé au congrès national de Victoria, démissionne. Il sait que Laviolette a posé ce geste parce qu’il lui en veut de n’avoir pas été choisi premier vice-président après tout le travail qu’il a accompli à la Jeune Chambre. Et cela a son importance, puisque c’est normalement lui qui devient le prochain président. Claude a longtemps hésité lors du choix et a finalement opté pour Alban Coutu au lieu de Laviolette. Il exprime sa joie lorsque Jean-Paul Lucchési, un gars d’origine humble, travaillant et organisateur hors pair est choisi par le conseil pour remplacer Laviolette et apprécie la promotion au conseil de Gabriel Paiement, un jeune diplômé de l’institut des Arts Appliqués, qui prend le siège de Lucchési pour le reste du mandat. 

Il sourit en pensant au nombre record de membres qui ont été recrutés pour son mandat et au grand succès du congrès au Montclair.  

Il ressent à nouveau la nervosité qui le harcelait lorsqu’il siégea une première fois au conseil d’administration de la Chambre senior, en compagnie de Claude Rouleau, où ils ont été nommés pour y représenter la Jeune Chambre. Il était impressionné par tous les hommes d’affaires importants autour de la table.   

Claude revoit le succès de l’Université Populaire et de ses auditoires nombreux. Il en est de même pour les comités d’Action : Loisirs et sport, Visites industrielles, Voyages et réceptions ; et les comités d’orientation : Mémoires, Accueil, Bienfaisance et manifestations civiques, Publications. Il voit là les résultats de la bonne planification faite lors de la journée d’étude.  

Il est satisfait du bon travail exécuté au secrétariat par Gilles Tittley et son personnel compétent toujours désireux de rendre service aux membres. Gilles a toujours donné le meilleur de lui-même et a été un coordonnateur efficace des activités des comités et une source précieuse de renseignements. Claude revoit son engagement au début de son mandat à la présidence. Gilles était impressionné par le travail colossal de son prédécesseur Jacques Brousseau. Cependant, voulant ajouter sa touche personnelle au secrétariat, il travailla ardemment durant les premiers mois et s’imposa, souventes fois, de travailler tard le soir, au secrétariat ou à la maison, afin de se familiariser avec tous les dossiers et de rencontrer ses objectifs. Il mit de l’ordre car le secrétariat était alors, selon ses mots, « comme un moulin où l’on pouvait entrer à sa guise, exiger n’importe quoi, faire perdre du temps au personnel et ensuite aller se plaindre au conseil d’administration ». Prenant le taureau par les cornes, il avertit le personnel de la nouvelle discipline. Finis « les tricots, la lecture de revues, … ». Il détermina un horaire fixe de travail et accepta de payer une rémunération supplémentaire après 17 heures. Malgré l’appui de Claude, Gilles ressentit les critiques et une certaine aversion envers lui. Mais une fois les réactions passées, les secrétaires devinrent ses meilleures collaboratrices et les membres du comité de direction ses plus grands admirateurs. (Gilles Tittley sera 37 mois, chef de secrétariat de la Jeune Chambre de Montréal).   

Il se souvient des émissions à CKAC de la Jeune Chambre, le dimanche soir, et sa participation en compagnie de l’animateur Claude Bourgeois qui lui témoigne beaucoup de sympathie. Bourgeois est un homme âgé qui en a vu d’autres et est au terme d’une longue carrière à la radio.   

Claude sourit en pensant au succès étonnant de la première « semaine Jeune Commerce » où toutes les activités furent réussies, particulièrement celle du « banquet des nouveaux membres » tenue à l’hôtel Windsor, le vingt octobre dernier 1959. C’est la soirée d’initiation à la Jeune Chambre et à ses différents comités. Elle fut organisée de main de maître par Paul-Yvon Hamel, responsable du « Comité d’accueil » dont Yvon Royal est le président. Hamel est intéressé par la politique et souligna à Claude, à son arrivée, que le Premier ministre du Canada John Diefenbaker était dans l’hôtel. Au début du banquet, Claude, assis à la table d’honneur, eut l’idée d’aller demander à Diefenbaker de bien vouloir venir dire quelques mots aux nouveaux membres. Il écrivit une note à Hamel à l’effet qu’il devait quitter le banquet pour quelques instants. Connaissant bien le gérant de l’hôtel, il obtint le numéro de la suite du Premier ministre, monta à l’étage et rencontra par hasard Charles Paré, l’organisateur au Québec. Celui-ci se montra intéressé à ce que Diefenbaker aille dire quelques mots aux 700 membres de la Jeune Chambre, ne serait-ce que par reconnaissance envers les Canadiens français pour lui avoir donné 50 députés à l’élection du 31 mars dernier et la majorité à la Chambre des communes. Claude souligna que l’intervention ne pouvait être politique. Paré acquiesça et entra voir Diefenbaker pendant que Claude attendait dans le corridor. Quelques instants plus tard, il invita Claude à entrer et lui souffla que le chef est d’accord. Diefenbaker lui tendit la main et baragouina quelques mots en français. Claude comprit à peine, répondit vite en anglais et constata le soudain soulagement sur le visage de Diefenbaker. Il expliqua le contexte au Premier ministre. Celui-ci voulait une visite immédiate et courte parce que son horaire était chargé. Ils s’entendirent que le tout ne devrait pas dépasser 20 minutes in and out. Claude partit reprendre sa place à la table d’honneur. Les membres du conseil d’administration étaient curieux et perplexes de ses agissements. Il attendit quelques minutes et lorsqu’il aperçut le secrétaire du Premier ministre dans la porte, il se leva et se rendit vers Hamel pour lui demander le microphone sans lui dire ce qu’il venait de conclure car il voulait le surprendre autant que les autres. 

Claude annonça qu’il avait une surprise pour les nouveaux membres et les invita à se lever pour accueillir le Premier ministre du Canada. Stupéfaits, ils ne le croyaient pas. C’était une initiation et ils se méfiaient de tout guet-apens. Mais ils revinrent vite à la réalité lorsqu’ils aperçurent le Premier ministre franchir la porte centrale de la salle des banquets. Les applaudissements furent nourris et Diefenbaker qui est un homme très impressionnant s’avança lentement vers la table d’honneur. Claude le présenta en soulignant particulièrement que Diefenbaker avait institué l’installation d’un système d’interprétation simultanée dans les deux langues officielles du Canada pour les débats à la Chambre des communes et au Sénat, en août dernier. Il rappela que la Chambre de commerce des Jeunes du Canada utilisait depuis plusieurs années un tel système dans ses assemblées et qu’elle était un précurseur dans ce domaine. Souventes fois, elle avait proposé l’installation d’un tel système au parlement appuyé par la Jeune Chambre de Montréal, et enfin le gouvernement répondait à l’appel. L’assistance accorda une ovation debout à Diefenbaker. Il s’approcha du micro et parla une dizaine de minutes. Il les remercia de leurs applaudissements et fit rire l’assistance. Il s’excusa de devoir partir et serra le plus de mains possibles en la quittant. Les nouveaux membres se montrèrent très heureux de cette surprise et les dirigeants de la Jeune Chambre encore plus. 

Les autres activités de la première semaine Jeune Commerce furent toutes réussies et comprenaient : une fête champêtre à Oka ; une visite industrielle ; la visite de la Bourse de Montréal ; la projection d’un film en primeur au cinéma de Paris et enfin la « Danse du Président », organisée par Georges Tassé, au chalet de la montagne où la ville de Montréal recevait la Jeune Chambre. 

Claude revoit tout le travail qu’il a initié et fait pour la tenue d’une exposition à Montréal en 1967. 

Il est très satisfait de la réussite de la « Danse du jouet » où plus de 360 jouets ont été collectés et distribués aux enfants de l’orphelinat italien Saint-Arsène et du Mont-Providence durant la période des fêtes. Claude est Père Noël et plus de 50 membres de la Jeune Chambre l’accompagnent. Manon aime être de ces visites aux crèches pour soutenir les religieuses qui se dévouent pour toute cette petite marmaille si nombreuse. Ces jeunes enfants sont en bonne santé et vivent dans un milieu sain et propre en attendant que des couples les adoptent.  

Claude est content du bon travail des délégués, Alban Coutu, Jean-Louis Tassé et Yves Lavigne, au congrès international de la JCI en novembre 1958. Il est fier du trophée JCI remis à la Jeune Chambre pour son Université Populaire.  

Il vante la décision du conseil de faire de la Jeune Chambre de Montréal un membre JCI à 100%, par l’inscription de tous ses membres dans le mouvement international. Le but est qu’ils deviennent les ambassadeurs de notre culture canadienne française sur le plan international et les promoteurs de la richesse de notre patrimoine canadien. Au climat d’interdépendance économique que le Canada crée par son commerce croissant d’exportation à l’étranger, la Jeune Chambre de Montréal veut ajouter le développement de racines profondes d’amitié chez les jeunes des 53 pays membres de la Jeune Chambre Internationale. 

Claude se remémore le plaisir qu’il a de recevoir les visiteurs au nom de la Jeune Chambre. Il accueille Jacques Tunon de Belgique, vice-président du JCI et Sydney Sherwood président de la Chambre de commerce des jeunes de Bermudes qui arriva à Montréal en plein hiver avec ses bermudas. Il reçoit chez lui le président international de la JCI, le mexicain, Alberto Philippe, qui vient à Montréal présenter le trophée à la Jeune Chambre et le président national Jack O’Rourke. Claude maintient de bonnes relations avec le président Ed Culkin du YMS, avec lequel il organise une réunion des membres de leur comité de direction respectif pour discuter de problèmes communs et d’actions conjointes à Montréal. Il accepte les multiples invitations pour représenter la Jeune Chambre telles un concert et un dîner pour Son Altesse Royale la Princesse Margaret. Le jour de l’anniversaire de la ville, le 16 mai 1959, il dépose une gerbe de fleurs au monument de Maisonneuve à la place d’Armes en compagnie du maire Fournier.   

En arrivant au Ruby Foo’s, Claude, croyant être parmi les premiers arrivés, est surpris de ne trouver de place pour garer son auto dans le vaste espace de stationnement. Finalement, il entre au restaurant qui déborde de monde. Il estime à plus de 500 le nombre de membres et de gouverneurs qui ont répondu à l’invitation. Claude se faufile difficilement jusqu’à Laurion qui est plein d’entrain malgré le fait que la facture de la réception sera beaucoup plus lourde que prévue « Tu voulais avoir du monde, tu en as » de lui dire Laurion avec un grand sourire. C’était en effet l’objectif de Claude. Le service du restaurant est parfait, les canapés hors de l’ordinaire et les "waiters" et les « serveuses » circulent entre les invités pour s’assurer qu’ils ne manquent de rien. Le moment des discours arrive et Claude prend le micro pour demander le silence. Aussitôt une clameur s’élève de l’assistance à laquelle s’ajoutent des applaudissements nourris. Finalement, le silence se fait. Un ancien MSL présent, crie « Au coton ! » et Claude sourit en se rappelant son bon vieux collège Mont Saint Louis. Il s’empresse de souligner que la réception est gracieusement offerte par Laurion et ses amis Miron, qui sont là près de lui, et les applaudissements reprennent avec encore plus d’intensité pour les remercier. Claude salue les gouverneurs en rappelant leur apport au mouvement, souligne la présence des membres de son conseil et transmet à tous les meilleurs vœux pour la prochaine année. Il résume les activités de la Jeune Chambre qui se sont déroulées depuis le début de l’année et qu’il a ressassées en se rendant à la réception. Il enchaîne sur celles à venir. Laurion bénéficie d’un silence respectueux pour dire quelques mots qui sont suivis par des applaudissements enthousiastes et sincères. Tous quittent la réception impressionnés et satisfaits, mais ils n’ont aucune idée de ce qui les attend. Claude non plus.

 

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