mardi 14 mars 2006   
le World Baseball Classic
Détendu


 

Hier après midi, j’ai eu le plaisir d’assister à un match de baseball, au stade de San Juan à Puerto Rico, du World Baseball Classic. Seize pays y participent pour déterminer le champion du monde. Chaque équipe regroupe les meilleurs joueurs de son pays incluant, pour une première fois, les joueurs professionnels des ligues américaines et japonaises. Ce qui rend particulièrement intéressante cette compétition, c’est la participation de Cuba. Championne olympique, l’équipe cubaine remporte depuis toujours tous les tournois auxquels elle participe. Le baseball là-bas est presqu’une religion, tout comme le hockey sur glace l’est pour les Montréalais.   

 

Le match oppose deux grands pays de baseball : Cuba et la république Dominicaine. J’ai toujours été un fervent amateur de ce sport et j’ai assisté annuellement à 30-40 matchs des Expos de Montréal avec mes billets de saison. J’ai vu de beaux et grands matchs mais jamais comme celui d’hier.

 

En approchant du stade, j’entends une clameur enveloppée d’une musique de salsa et de reggaeton. Durant mes 15 minutes d’attente pour acheter mon billet d’entrée, je côtoie une masse de monde excitée, habillée du gilet de ses joueurs favoris, coiffée des casquettes de ses clubs préférés et équipée de flûtes, de trompettes et d’accessoires pour faire du bruit. En entrant dans l’enceinte de jeu, je découvre une atmosphère bruyante, colorée et survoltée. Les haut-parleurs émettent une musique entraînante et choisie pour exciter les amateurs. Le son est fort. Il y a même des haut-parleurs dans les toilettes. Le soleil est au rendez-vous et le ciel bleu me rappelle la Provence. Heureusement, l’ombre couvre la majorité des sièges, dont le mien. Aussitôt assis, un vendeur ambulant m’offre un Pina Colada, le drink de rhum de Puerto Rico.  Puis d’autres me sollicitent pour me vendre : whisky, martini, vodka, sodas, pop-corn, cacahuètes, hamburgers, hot-dogs, glaces et graines de tournesol. Ces dernières me rappellent Felipe Alou, l’ex coach des Expos, qui en mangeait sans cesse durant les matchs. Le match commence et il sera dramatique. Je réalise que l’assistance favorise les Dominicains dont le club est composé totalement de joueurs des ligues majeures. Parmi eux, un de mes préférés, Moises Alou qui jouait pour les Expos. Les Dominicains sont grands et gros et dépassent en stature et en poids de beaucoup les Cubains. Est-ce la bouffe américaine qui les a transformés en géants ou les anabolisants dont on entend de plus en plus parler chez les professionnels ? Quant aux Cubains, ils sont jeunes (en général de 21 à 26 ans) et paraissent en bonne forme.

 

Le jeu est passionnant et plusieurs arrêts de la part des Cubains sont acrobatiques. Les retraits sur les buts sont spectaculaires et hors de l’ordinaire. Je ne suis pas habitué à ce genre d’adresse. Je pense que les Cubains sont vraiment spéciaux. Vers la 3ième manche, un petit avion passe au-dessus du stade en tirant une banderolle « Abaho Fidel » (à bas Fidel). La foule réagit et les joueurs cubains regardent vers le ciel. Je me demande ce qu’ils peuvent bien penser. En tout cas leur jeu est affecté. Ils font deux erreurs bêtes et les Dominicains prennent une avance de 7 points. C’est beaucoup. Quelques manches plus tard, une autre clameur s’élève. Elle est forte. La foule est attirée par 10 personnes debout sur leur banc et vêtues d’un chandail blanc avec chacun une grande lettre rouge sur l’avant. On peut lire « Abaho Fidel ». Les spectateurs sont debout, tournés vers les démonstrateurs, et une forte majorité crie son accord à pleins poumons « fuera, fuera… » (va-t-en, va-t-en...). Les autres, comme moi, huent car on est venu voir un matchde baseball et non participerà un rallye politique. Tous les joueurs Cubains sont hors de leur dugout (abri des joueurs) et regardent la démonstration. Ils n’expriment aucun sentiment. Pendant ce temps, le jeu continue et peu de personnes le regardent. Suite à cet événement, les Cubains ont un regain d’énergie. Ils maîtrisent la situation et le dernier joueur au bâton peut égaliser le score en frappant un homerun. Il ne réussit pas et Cuba perd 7-3.

 

Au moment où j’écris ce blog, les quatre clubs en compétition dans ce pool sont à égalités. Une victoire, une défaite, chacun. Les deux prochaines parties détermineront ceux qui se classeront pour le pool final à San Diego. J’ai bien hâte de voir à la télé la partie de demain. Si Cuba l’emporte sur Puerto Rico ce sera un drame dans cette île.

 

Ce tournoi n’est pas représentatif de ce qu’est le baseball. Celui-ci est un jeu de moyennes et pour déterminer le meilleur il faut jouer un très grand nombre de matchs. Le World Baseball Classic actuel est limité à une partie avec chaque opposant dans chaque pool. Avec cette formule, n’importe lequel peut gagner. D’ailleurs la semaine dernière, le Canada a battu les meilleurs joueurs professionnels des USA avec un club composé de joueurs des ligues mineures. À mon avis, chaque série entre deux pays devrait être un trois dans cinq. Ainsi, un club qui fait une erreur bête un soir, pourrait se reprendre dans une autre partie. Mais comme tout est fait pour la télé, il est peu probable que la formule actuelle soit changée. Le club qui sortira gagnant du World Baseball Classic ne sera pas nécessairement le meilleur au monde.

 

Claude Dupras