Le général

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Le général

À la fin de 1958, le général de Gaulle devient président de la France. Pour Claude, c’est une grande et bonne nouvelle. Depuis le jour « J », il suit tout ce qui se passe en France et particulièrement les allées et venues du général. C’est ainsi qu’il s’est intéressé aux évènements de la guerre d’Algérie. Cette dernière a dégénéré en une bataille en règle entre l’armée française et le Front de Libération National algérien pour l’indépendance du pays. L’armée est en difficulté et agit sauvagement pour garder ce territoire comme département de la France métropolitaine. Claude croit que le général de Gaulle est l’homme de la situation pour reprendre le chemin perdu et sauver l’honneur de la France. Il ne s’y connaît pas trop en politique étrangère mais les actualités télévisées rapportent le déroulement quotidien des activités et il devient de plus en plus familier avec ces conflits.

Beaucoup de temps s’est écoulé depuis le jour de la libération de la France. Après la guerre, le général de Gaulle devint le chef du gouvernement provisoire de la France libre et proclame la continuation de la constitution de la IIIe République. Le parlement propose une nouvelle constitution, mais de Gaulle n’est pas d’accord. Il croit qu’elle accorde trop de pouvoir au parlement qui est contrôlé par des partis politiques instables aux alliances changeantes. Les conflits et les combines entre les partis lui répugnent au point qu’il démissionne le 20 janvier 1946. Claude est surpris de cette décision car il ne comprend pas pourquoi les Français ne suivent pas les idées de leur plus grand héros de guerre qui a démontré un si bon jugement en créant un gouvernement provisoire dès l’invasion des Allemands. Le général maintient son opposition au projet de la nouvelle constitution car il croit en un président fort avec des pouvoirs importants. Par contre, la gauche préfère une présidence affaiblie car elle craint une répétition du régime de Vichy (celui de la guerre). Une dernière version de la constitution est soumise à un référendum. De Gaulle l’aime encore moins mais elle est approuvée, de peu, par les Français. La IVe République voit le jour.

En avril 1947, le général crée un nouveau parti politique le « Rassemblement du Peuple Français » mais ce mouvement perd vite l’effet de son succès initial et il décide en 1953 de quitter définitivement la vie politique active. Il se retire à sa maison de Colombey-les-deux-Églises et écrit ses « Mémoires de Guerre », tout en maintenant ses relations avec ses anciens lieutenants politiques de la période de guerre, ceux du Rassemblement et avec les sympathisants impliqués dans les développements de la guerre en Algérie. Claude est surpris de la tournure des évènements et ne peut croire qu’un tel homme soit à la retraite, à un âge si peu avancé, alors qu’il a tant à offrir à un pays qui lui semble si mal en point.

La IVe République est marquée de problèmes politiques. Entre autres, l’instable assemblée des députés n’a pas perçu, dans ses colonies, la montée du mouvement d'émancipation des peuples indigènes.

En Indochine, en 1946, le général Leclerc, qui a combattu sous le général de Gaulle, réussit à engager des négociations avec les nationalistes vietnamiens et signe avec leur chef Hô Chi Minh un accord qui reconnaît l’existence d’un Vietnam « libre » au sein d’une fédération indochinoise, avec le Laos et le Cambodge et ménage une possible émancipation en douceur. Mais le nouveau Haut commissaire français, qui ne reconnaît pas l’entente, accorde à la partie sud du Vietnam le droit de devenir la république de Cochinchine et fait bombarder le port de Haiphong au nord. C’est le début de la guerre d’Indochine qui sera perdue par la victoire des Vietminh sur l’armée française à la bataille de Diên Biên Phu, le 8 mai 1954. La télévision et les journaux rapportent quotidiennement les faits et gestes de cette bataille. Claude en est passionné et est surpris de la défaite de la France qui met en cause sa présence en Indochine. Plus tard, les USA entreprendront la guerre du Vietnam et y perdront 58,000 soldats tout en en sortant humiliés.

Du côté de l’Algérie (à ce moment-là, c’est un département français comme les autres), dès 1945, les nationalistes algériens réclament des réformes pour obtenir une certaine autodétermination. Ils protestent et, suite à la répression sanglante par l’armée française à Sétif, s’organisent à monter leur mouvement de défense de leurs droits alors que les « pieds noirs » (Français nés en Algérie) se confortent illusoirement. En 1947, la France instaure une assemblée algérienne, à deux collèges, très inégalitaire et qui lèse la majorité musulmane. Malgré cela, les « pieds noirs » trouvent la décision trop libérale et font pression sur les gouverneurs généraux successifs pour qu’elle ne soit pas appliquée. La guerre pour l’indépendance de l’Algérie débute en 1954. Le 13 mai 1958, les « pieds noirs » constatant la faiblesse du gouvernement français devant les demandes de la majorité arabe, décident de saisir les édifices gouvernementaux à Alger et créent le « Comité pour la sécurité des civils et de l’armée » sous la présidence du général Jacques Massu, sympathisant du général de Gaulle. Le commandant en chef pour l’Algérie, le Général Raoul Salan, annonce à la radio que l’armée a provisoirement pris la responsabilité de la destinée de l’Algérie française et dans un discours public s’écrie « Vive de Gaulle ! ». Deux jours plus tard, le général de Gaulle répond qu’il est prêt à « assumer les pouvoirs de la République ». Cette affirmation semble être un appui à la révolte de l’armée en Algérie.

Dans une conférence de presse le 19 mai, le général répète à nouveau sa disponibilité et répond aux journalistes qui se disent inquiets de le voir bafouer les libertés civiles : « Ai-je déjà fait cela ? Au contraire, je les ai rétablies lorsqu’elles ont disparues. Qui peut croire honnêtement, qu’à l’âge de 67 ans, que je commencerai une carrière de dictateur ? ». Républicain dans l’âme, il maintient qu’il acceptera le pouvoir seulement si les autorités dûment constituées de l’État lui demandent. La crise s’amplifie lorsque les parachutistes français s’emparent de la Corse et discutent d’atterrir à Paris. Tous les chefs politiques, sauf François Mitterrand et le parti communiste, acceptent d’appuyer le retour au pouvoir du général de Gaulle. Le 29 mai, le président français, René Coty, appelle « le plus illustre des Français » à devenir le Premier Ministre de la IVe République. De Gaulle, accepte sous conditions. Il veut de vastes pouvoirs d’urgence pour six mois et une nouvelle constitution. Le 1er juin 1958, l’assemblée nationale lui accorde ce qu’il veut et l’investit Premier Ministre.

Le 28 septembre, un référendum a lieu et 79,2% des électeurs appuient la nouvelle constitution et la création de la Ve République. Les colonies, sauf l’Algérie qui est partie de la France, ont le choix entre l’indépendance (tout en perdant l’assistance française) et la constitution. Tous acceptent cette dernière, sauf la Guinée qui devient ainsi la première colonie française à obtenir son indépendance. Aux élections du 28 novembre, les supporteurs gaullistes, sous l’emblème de l’« Union des Démocrates pour la République », gagnent une confortable majorité à l’assemblée nationale et le général de Gaulle est élu président de la république française. 

Le nouveau président est né le 22 novembre 1890 et est le troisième enfant d’une famille bourgeoise catholique. Son père descend d’une famille d’aristocrates de Normandie et de Bourgogne installés à Paris depuis plus d’un siècle. Sa mère vient d’une famille de riches entrepreneurs de la région industrielle de Lille où le jeune Charles naît. Sa famille est intellectuelle et patriotique. Son grand-père est historien, sa grand’mère écrivaine et son père professeur. Les débats politiques sont fréquents à la maison et son père l’introduit à d’importants auteurs conservateurs. Charles est élevé avec le culte de la patrie et même si la famille est traditionaliste et monarchiste, elle respecte les institutions de la république française. Ses idées sociales sont libérales et influencées par la conscience sociale du catholicisme romain.

Dès sa jeunesse, Charles choisit de faire une carrière militaire et est élève à l’École militaire de Saint-Cyr durant quatre ans. À sa sortie, il rejoint un régiment d’infanterie. Durant la première guerre mondiale, le capitaine de Gaulle est blessé sévèrement durant la bataille de Verdun en 1916 et laissé pour mort sur le champ de bataille. Vivant, il est capturé par les allemands et emprisonné. Il essaie de s’évader cinq fois et se réveille dans le cachot solitaire.

Libéré après la guerre, il demeure militaire et devient membre du personnel du Général Philippe Pétain. II est promu major après la guerre de Pologne avec l’Union Soviétique à laquelle il participe et où il est impressionné par l’utilisation de chars d’assaut et de manœuvres rapides, contrairement à la guerre de tranchées. Il publie un livre « Vers l’armée de Métier » dans lequel il propose, pour la France, une armée professionnelle et mécanisée composée de divisions spécialisées et équipées de chars d’assaut. Pétain rejette les théories du major de Gaulle et les relations entre les deux se refroidissent.

Au début de la deuxième guerre mondiale, de Gaulle n’est que colonel ayant subi l’hostilité de ses chefs à cause de ses vues progressives si différentes de la tradition militaire française. Dès l’entrée des Allemands à Sedan, on lui donne finalement le commandement de la 4ième division de chars d’assaut. Le 28 mai, ses chars forcent l’infanterie allemande à se retirer à Caumont. C’est un des rares succès des Français contre les Allemands et le Premier Ministre Paul Reynaud lui accorde une promotion comme brigadier-général. C’est ainsi qu’il obtient son titre de général. Ce n’est pas un titre de grand général mais on l’appelle quand même, depuis, le général de Gaulle, ou simplement « le général ».

Reynaud le nomme sous-secrétaire d’État à la défense nationale et la guerre. Il le charge de la coordination avec la Grande Bretagne. On parle beaucoup, dans le gouvernement, d’armistice avec l’Allemagne, mais le général résiste devant cette proposition. Dans un dernier effort pour renforcer l’esprit de résistance dans le gouvernement, il conclut avec Churchill une entente entre leurs pays pour le déroulement de la guerre. Il revient à Bordeaux, où siège provisoirement le gouvernement, pour annoncer la nouvelle, mais apprend, le soir même, que Pétain est devenu le Premier Ministre et qu’il a l’intention de signer un armistice avec Hitler. C’est alors que de Gaulle prend la décision la plus importante de sa vie. Il va se rebeller contre le gouvernement Pétain. Le matin du 17 juin, avec 100,000 francs en or venant des fonds secrets du gouvernement et qui lui ont été remis la veille par Reynaud, il se sauve de Bordeaux par avion et réussit à éviter l’aviation allemande pour atterrir à Londres. Là, il commence aussitôt le mouvement pour la libération de la France et fait appel à tous les Français qui sont en accord avec lui de le rejoindre ou de le suivre. À la radio de la BBC, il déclare : « la France a perdu une bataille, mais elle n’a pas perdu la guerre ». En France, une cour martiale le condamne, le 2 août 1940, à la peine de mort pour trahison.

À Londres, il défend l’intérêt de la France auprès des Alliés et insiste en tout temps pour avoir une liberté d’action au nom de la France même quand cela embarrasse ses partenaires de guerre. « La France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts » dira-t-il. Churchill écrira après la guerre: « De toutes les croix que j’ai portées durant la guerre, la croix de Lorraine (l’emblème de la France Libre) fut la plus lourde ». Il garda cependant beaucoup d’admiration et d’affection pour de Gaulle.

 

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