mardi après-midi, fins de semaine

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Le mardi après-midi et les fins de semaine

Tous les mardis midi après le repas, sans exception, Antoinette, accompagnée souventes fois de sa soeur Lucienne ou de Charles-Émile, passe au parloir y prendre Claude et Pierre-Paul. En général, les garçons sont prêts depuis longtemps. Pressés de sortir, ils se précipitent à toute vitesse vers le parloir. Ils quittent le collège et suivent toujours le même scénario. D’abord, ils se rendent au restaurant « La Petite Chaumière », au coin nord-est de l’intersection du chemin de la Reine-Marie et de la Côte-des-
Neiges, pour savourer un bon sundae au caramel ou au butterscotch. On les sert dans des coupes en verre, hautes sur pied. Deux grosses boules de glace à la vanille, arrosées généreusement de caramel maison (ou de butterscotch) fondu et encore chaud, recouvertes de crème fouettée nature montée en pyramide à trois pouces au-dessus de la coupe et saupoudrées de noix de Grenoble hachées, le tout couronné d’une grosse cerise marasquin rouge écarlate, encore munie de sa queue. Ils ne sont pas pressés et dégustent lentement cette gâterie hebdomadaire.

Ils se rendent en voiture au Lac des Castors sur le Mont-Royal pour y passer l’après-midi. Ils se promènent, courent, s’étendent sur le gazon, regardent les oiseaux et les canards, les gros poissons rouges et les carpes géantes. Et il y a aussi les amateurs de petits voiliers en bois qui font naviguer leurs frêles esquifs sur le lac artificiel et organisent parfois des compétitions. Ils se rendent ensuite au chalet de la montagne pour y apprécier le superbe panorama sur Montréal, le fleuve Saint-Laurent et la plaine de la Rive-Sud. Au loin, ils parviennent à reconnaître les monts Saint-Hilaire et Saint-Bruno. Antoinette apprécie beaucoup ces moments de repos, le calme, le bon air de la montagne, les couleurs des feuilles d’érable et les chauds rayons du soleil. Elle en profite pour bavarder longuement avec Lucienne de leur vie respective. Pierre-Paul se régale de ces moments où il se sent libre.

Antoinette est toujours très belle et très élégante. Elle ramène ses fils au Collège et en profite pour aller voir le frère Cécilien. Il aime bien lui parler régulièrement de ses garçons. Plus d’un frère se retourne sur son passage dans les corridors, en la gratifiant de regards appréciatifs. Le frère Cécilien se déclare, en gros, satisfait de l’attitude des garçons, mais trouve Claude un peu trop dissipé. Quant à Pierre-Paul, il est d’un naturel renfermé. Sa discipline se relâche et ses notes laissent à désirer. De retour au parloir, elle amène ses fils dans un coin, les fait asseoir devant elle et leur donne ses instructions pour le reste de la semaine. Quand sonne l’heure de son départ, Claude voit son jeune frère rentrer dans sa carapace. Il n’est pas bien dans ce collège. Le pensionnat ne lui convient pas. Il a toujours hâte à la fin de semaine et ne vit que pour sa prochaine sortie.

La fin de semaine, c’est au tour de Charles-Émile de venir chercher ses garçons. Quand Claude ou Pierre-Paul a un 5, les deux font les frais de la mauvaise note. Leur père ne veut faire qu’un seul voyage; celui qui n’est pas puni doit attendre jusqu’à cinq heures. Leur père est généralement de très mauvaise humeur dans ces cas-là et le coupable subit ses remontrances jusqu’à la maison. Un jour, alors qu’ils rentrent chez eux, Claude rapporte à Charles-Émile qu’il a vu un frère bousculer Pierre-Paul. Interrogé aussitôt, le plus jeune raconte que ce frère s’en est pris à lui très rudement, même si c’était un autre garçon qui bavardait dans les rangs. Charles-Émile retourne immédiatement au collège avec ses deux fils. Il demande à parler au frère en question qui ne répond pas aux appels. Parti à sa recherche, il parcourt les corridors d’un pas pressé, expliquant à ceux qu’il rencontre les gestes inacceptables commis par leur collègue. Il tombe sur le frère Cécilien qui ne parvient pas à le calmer, mais il ne retrouve pas celui qu’il recherche. Son calme enfin revenu, il retourne à sa voiture et rentre à la maison. Aux dires de Pierre-Paul, ce frère ne l’a plus jamais touché..

Claude se félicite de ne pas avoir parlé à son père des séances de strap, car il craint que celui-ci s’en prenne au préfet et qu’il serait lui-même puni davantage quand Charles-Émile rentrerait à la maison. Pierre-Paul et Claude apprécient beaucoup le temps qu’ils passent ensemble à la maison. Au Collège, ils se voient peu, même s’ils sont dans la même division. Ils se parlent de leurs visites chez leurs cousins et cousines, qu’ils aiment beaucoup. Mais le moment du retour au collège revient vite. Ils doivent être de retour le dimanche soir à 7 heures. Ils n’y manquent pas et s’en retournent pour la semaine, les mains pleines de sacs de pommes et d’oranges. Ils ont vite fait d’apprendre que la meilleure façon d’éviter un 5 est de donner leurs sacs de fruits aux « œuvres de charité » du collège. Pierre-Paul est convaincu que les frères les gardent pour eux. Le rationnement existe toujours pour les choses essentielles et Claude est déçu de constater que son frère est dans le vrai. Mais il a la sagesse de se taire. Il vaut mieux se priver de fruits pendant la semaine que d’avoir un 5, de subir les foudres de leur père et surtout d’être privés de sortie. Et puis, après un certain nombre de 5 consécutifs, on se voit gratifié d’un 2 et les choses deviennent alors encore pires.
 

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