Le moindre mal

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mercredi 9 novembre 2005

le moindre mal

Confiant


Suite à mes derniers blogs touchant la politique canadienne et la perspective d’une élection fédérale prochaine, un ami me donne une image sévère des leaders du parti libéral depuis 1968, qu’il résume par la phrase suivante : « le leadership libéral est désastreux pour le Canada ». Voici le texte:

 

Trudeau, qui tenait à sa charte des droits à n'importe quel prix, a pris le risque de rapatrier la constitution sans le consentement du Québec, contre la mise en garde de la Cour Suprême qui lui avait pourtant dit que sa démarche, pour être légale, n'en était pas moins illégitime ; résultat, le Canada traîne cette illégitimité comme un boulet depuis 1982 (en droit civil, le seul moyen de légitimer un enfant, c'est par le mariage subséquent de ses parents, d'où je tire une analogie qui m'amène à conclure à la nécessité de l'accord du Québec à cette constitution ; or les fédéralistes sont au pouvoir au Québec et je ne les vois pourtant pas se précipiter pour donner l'accord du Québec à la constitution de 1982.

 

Chrétien s'inscrit dans la lignée de Trudeau, mais en version "fou du roi". Son manque total de jugement est on ne peut mieux illustré par l'affaire des commandites; avoir pensé un seul instant qu'un programme comme celui-là était susceptible de donner de bons résultats constitue une insulte à l'intelligence des Québécois et relève du délire le plus total.

 

Martin est nul. Il est dépourvu de tout principe, incapable de prendre des décisions (les journaux anglais l'ont baptisé Mr Dithers), et il a menti dans son témoignage au Juge Gomery en prétendant ne pas connaître Claude Boulay et Diane Deslauriers du Groupe Everest. Qui plus est, sa gestion des rapports canado-américains témoigne de l'opportunisme le plus crasse. Dans la crise actuelle, il est prêt à n'importe quel deal avec le NPD, sans comprendre qu'il affaiblit sa propre crédibilité en se montrant capable de céder à ce qui n'est rien d'autre qu'un chantage. Il y a un prix qu'il faut savoir ne pas payer pour garder le pouvoir.

 

Même si je ne suis pas un libéral, je ne partage pas l’opinion de mon ami. Trudeau est maintenant reconnu comme un des grands leaders canadiens et même si je l’ai combattu à toutes les élections, j’ai toujours eu une certaine admiration pour ses qualités intellectuelles et sa force de persuasion. Il croyait fortement dans le Canada et savait le défendre. Il avait confiance dans les capacités des Canadiens français et savait qu’ils pouvaient prendre toute leur place dans le pays. Ce fut le cas, de plus en plus, jusqu’à ce que le PQ commence à dénigrer la fédération et entraîne un grand nombre de Québécois à « se regarder le nombril ». Je ne partageais pas l’opinion de Trudeau dans l’affaire du Lac Meach, et croyais que le PM Mulroney avait jouer les magiciens pour régler les conflits constitutionnels. De sa seule force, même s’il n’était plus au gouvernement,Trudeau a tout renversé. Je reconnais qu'il a manqué de leadership dans ce cas là. Il faut quand même admettre que ce n’était pas un « deux de pique ».

 

Chrétien a remporté trois majorités parlementaires à trois élections, ce qui est très rare en politique canadienne. Il faut croire que les Canadiens, et les Québécois de plus en plus, voyaient en lui un leader politique qui menait bien leurs affaires à Ottawa. Quant à la campagne publicitaire « Canada », elle atteignait son but si on en juge par les sondages. Sans une bande de tricheurs malhonnêtes pointée du doigt par le juge Gomery, ç’eut été une grande réussite. Avec Martin aux finances, il a réussi à créer les surplus financiers canadiens qui persistent toujours. Nous sommes le seul pays du G8 dans cette bonne position. Chrétien a démontré un leadership financier imposant.

 

Martin a été exonéré. S’il a menti, pourquoi le juge Gomery ne l’a-t-il pas dénoncé? Dire qu’il est opportuniste parce qu’il défend le dossier du bois d’œuvre canadien en dénonçant le protectionisme à tout prix de titi Bush et de son gouvernement, est quelque peu « spinné » la situation contre lui. Martin a démontré son leadership en juin dernier lorsque son gouvernement fut menacé de tomber. À ce moment là, les PM des Provinces et les Maires des grandes villes canadiennes applaudirent le leadership de Martin et demandèrent aux partis d'opposition de ne pas abattre le gouvernement avant l'approbation du budget, car pour une fois ce budget tenait compte de leurs besoins depuis longtemps réclamés.

 

Le choix des Canadiens pour leur prochain leader, à l’élection fédérale qui s’annonce, ne sera pas facile. Martin a un boulet à la cheville à cause de la longévité du parti libéral au pouvoir et l’effet Gomery qui plane dans l’air, Harper est sans saveur et son parti conservateur est dominé par les « rednecks » de la droite, Layton du NDP n'a aucune chance de prendre le pouvoir car peu de Canadiens épousent ses propositions sociales et Duceppe ne peut qu’espérer devenir le chef d’opposition à la chambre des communes avec son Bloc Québécois limité au Québec. Ce n’est pas drôle puisque normalement, les voteurs votent contre. J’ai l’impression que les Canadiens opteront pour le moindre mal.

 

Claude Dupras