Le plébiscite

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Le plébiscite

Les volontaires de l’armée canadienne sont en majorité des néo-canadiens nés en Angleterre. Il y a aussi, évidemment, des Canadiens anglais et un certain nombre de Canadiens français. Plusieurs de ces derniers sont tentés par l’aventure et voient dans l’armée une façon d’échapper à l’ennui du travail sur la ferme. Ils viennent gonfler les rangs des régiments francophones de l’armée canadienne, tels « Les Fusiliers Mont-Royal » dans lesquels la vie de caserne se déroule en français, même si les commandements sont donnés en anglais. Plusieurs candidats sont refusés à cause de la réticence très nette du Ministère de la Défense nationale à grossir les régiments traditionnellement Canadiens français ou à en créer de nouveaux. À Ottawa, on ne tient pas pour acquise la loyauté des troupes francophones.

Les conservateurs continuent de harceler le Premier ministre King sur la question de la conscription obligatoire des jeunes. Finalement, celui-ci décide, en 1942, de tenir un plébiscite, non pas pour décréter la conscription immédiate, mais pour que ses ministres et lui soient déliés de leur promesse, faite à la dernière élection, de ne pas l’imposer, mais qu’ils puissent le faire si nécessaire. Avec le slogan « la conscription si nécessaire, mais pas nécessairement la conscription », l’ambiguïté ne peut être plus totale. Les groupes anti-conscriptions sont nombreux au Québec. Qu’on pense à celui d’Henri Bourassa. Camilien Houde, toujours détenu au camp de Fredericton, devient le véritable martyr des opposants. Le « oui » l’emporte au Canada avec 63 % des voix. Mais au Québec, 72,9 % de la population vote contre, ayant retenu l’argument qu’il y a suffisamment de volontaires et que cette mesure n’est pas nécessaire. À Toronto, une région fortement pro conscription, le conservateur Meighen, leader des « conscriptionnistes », est défait lors d’une élection partielle sur sa promesse d’introduire la conscription.

La bataille de Normandie fait de nombreux morts et blessés. Le Ministre de la défense J.L. Ralston souhaite les remplacer par des conscrits, mais le cabinet refuse et King accepte sa démission. Il nomme le prestigieux général Andrew G. L. McNaughton pour tenter une dernière fois de motiver les jeunes à se joindre volontairement aux forces armées, ce qui permettrait d’éviter la conscription. Il échoue dans sa tache. Le 22 novembre 1944, alors que la fin de la guerre approche, King se verra obligé de renier sa promesse électorale et de décréter la conscription. Au total, seulement 13,000 jeunes canadiens sont conscrits, 2,463 d’entre eux rejoignent leur régiment (les Canadiens français avaient donc raison, il y avait suffisamment de volontaires) et 69 meurent sur les champs de batailles. Politiquement, King a gagné son pari. Il a réussi à éviter une crise politique majeure, en sauvegardant l’unité nationale et en conservant l’appui des Canadiens français qui le respectent pour avoir tout fait afin de retarder la conscription, réclamée par les conservateurs.

C’est à Verdun, partagée presque également entre Canadiens anglais et Canadiens français, que l’atmosphère se gâte. Avant le plébiscite, il y existait une bonne ambiance mais les choses changent radicalement et les relations deviennent tendues. Les Canadiens français sont qualifiés de lâches, de traîtres, de peureux, de nationalistes aveugles et quoi encore. Eux-mêmes qualifient les Canadiens anglais de vendus à l’Angleterre. Des inconnus lancent de la peinture dans les vitrines de la shop de Charles-Émile, d’autres y écrivent des slogans racistes et blessants. À maintes occasions, ses vitrines sont fracassées par des pierres lancées par des gamins. Jean-Claude, de retour de l’épicerie en bicyclette, est attaqué souventes fois par de jeunes anglais qui vident son panier plein de provisions. Oeufs, lait et pain se retrouvent dans la rue. Ses copains anglais ne jouent plus avec lui. Si Charles-Émile perd des clients, Antoinette n’est pas affectée. Le plébiscite a déchiré Verdun et la blessure est profonde. On enregistre un nombre croissant d’échauffourées entre soldats et marins anglais du quartier no. 4 et les jeunes civils canadiens français du quartier no 1.
 

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