Le rêve passe

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dimanche 21 août 2005

le rêve passe

Espiègle


Dans sa chronique du 20 août, Lise Payette, l’ex ministre du parti québécois, écrit dans le Journal de Montréal que le choix du prochain chef de son parti est un moment historique car il s’agit pour les membres de choisir non seulement le prochain PM du Québec mais aussi le premier chef d’un gouvernement souverain au Québec, rien de moins.

 

Elle explique sa vision de l’avenir en traitant de plusieurs sujets d’actualité. Elle cite les problèmes des listes d’attente des hôpitaux et les frais de scolarités et blâme ces situations sur le fédéral en affirmant que « notre argent est à Ottawa » et que c’est « au compte-gouttes ‘qu’il nous est remis’ avec des conditions qui ne nous conviennent pas ». Elle oublie que c’est le PM Bouchard et « le meilleur ministre de la santé que le Québec ait connu » Rochon que le système de santé a été bousillé. Elle saute pardessus le fait que les frais de scolarité au Québec sont parmi les plus bas au Canada. Elle oublie surtout de souligner que le PM Charest a obtenu, dans sa négociation sur les budgets de la santé avec le fédéral, les plus grosses sommes d’argent jamais obtenues et, pour la première fois, sans condition. C’est beaucoup plus que ce qu’ont obtenu chacun de tous les PM du Québec qui l’ont précédé.

 

Elle dit que le déséquilibre fiscal est « une arme qui a mis le Québec à genoux », mais elle oublie les coupures radicales dans le nombre de fonctionnaires fédéraux (et le Canada se porte quand même très bien) faites par le PM Mulroney, et les réductions importantes dans les dépenses faites par le PM Martin alors qu’il était ministre des finances, qui ont fait en sorte que le Canada est le seul pays du G8 avec des surplus financiers. Le Québec n'est pas plus à genoux que les autres provinces car le problème est national.

 

Elle s’écrie que « l’indépendance du Québec est passée en 30 ans d’un rêve péquiste à une urgence sociale et économique ». Pour elle, il est urgent de ramener la frontière de notre pays à Rigaud pour régler nos problèmes. Drôle de règlement. Ce n’est pas parce que les syndicats orchestrent une révolte irraisonnable et exagérée, dans tous les secteurs publics qu’ils contrôlent, qu’il faut perdre les pédales en amplifiant la situation, en inventant des responsables et en justifiant le rêve des séparatistes. Il est faux de penser que l’hyper État Providence est le choix de tous. Au contraire, plusieurs qui connaissent la France y voient la démonstration qu’une telle politique égorge l'État, ralentit son progrès  et crée des problèmes qui deviennent insurmontables. 

 

Elle parle de « la diminution du poids démographique du Québec qui nous inflige une perte de pouvoir » tout en oubliant que les trois derniers PM, Martin, Chrétien, Mulroney, sont québécois, sans oublier leur prédécesseur Trudeau qui a marqué le pays par ses politiques avant-gardistes. Nos députés fédéralistes à Ottawa sont aussi patriotes que ceux à Québec. Ils ont cependant un point de vue différent et ne voient pas le gouvernement fédéral comme un étranger ou un ennemi. Le Canada est reconnu par l’ONU comme le meilleur pays au monde  et les Québécois  qui l’ont dirigé, et ceux qui les ont élus, en sont pour beaucoup les responsables.

 

Elle continue son article en disant « Ottawa et les libéraux au pouvoir se sont moqués d’eux (les Québécois) et les ont traités comme un petit peuple qu’on peut acheter pour pas cher dans le scandale des commandites ». Elle passe vite sous silence le scandale de la Gaspésia qui a été tricoté par le PM Landry et le chef syndical Massé et qui s’est terminé pas un fiasco de $500 millions au frais des contribuables. Un ami me faisait remarquer cette semaine qu’en comparaison avec le scandale des commandites qui a coûté $100 millions de trop soit $2,75 par Québécois, celui de la Gaspésia a coûté $63,00 par Québécois. Et en 2002, celui de la Caisse de dépôt a coûté $1,600.00 par Québécois. Alors qui a acheté qui? Mme Payette devrait se rappeler les paroles du Christ : «  Ne regarde pas la paille dans l’œil du voisin quand il y a une poutre dans le tien ». Je ne défends pas le scandale des commandites qui est un écœuranterie, loin de là, mais on oublie trop vite, entre autres, celui de la Gaspésia qui est encore pire puisqu’en plus d’être monétaire il est structurel.

 

Elle termine son article par un argument-marteau « 35% des Canadiens de l’ouest envisageraient de se séparer du Canada… la Confédération prend de l’eau de partout ». Elle ne précise pas que ce sondage a été fait en Alberta et non dans l’ouest,  que c’est la seule province sans dette au Canada et qu’elle est assise sur l’or noir. Elle est riche et le sera de plus en plus surtout avec la flambée du prix du pétrole. C’est par égoïsme que certains Albertains admettent penser à se séparer. Cela n’a rien à voir avec la Confédération. En visitant les Albertains on réalise vite qu’ils sont fiers d’être Canadiens et loin de vouloir abandonner notre pays

 

Enfin, le texte de Mme Payette est parsemé de mots comme : « conquête, à genoux, quémander, étranglement, impuissance, humiliation, mépris, moqués, dépouillé, ni bras ni jambes ». Elle est souverainiste et c’est son droit. Mais elle doit aussi, puisqu’elle est appelée à une collaboration spéciale dans les journaux, être responsable et donner tous les faits et non les tronquer ou les colorer pour aider son option politique

 

Claude Dupras