Le 18 juillet 2008

le retour de Landry

Gêné

 

Troisième journée de ma rentrée au Québec et déjà j’ai entendu trois échos en rapport avec le retour possible de Bernard Landry, l’ex PM du Québec, à la tête du Parti Québécois. On le prie de revenir sur sa démission et de briguer les suffrages au congrès de leadership

 

Les éloges de certains péquistes qui se disent intellectuels sont si élogieux qu’ils tournent au ridicule. On les qualifie de « concert unanime d'éloges » en ajoutant que ce fut « une très grave erreur de démissionner… à réparer le plus tôt possible ». 

 

Les qualités de Landry deviennent extraordinaires dans la bouche de ses ardents et aveugles supporteurs : « il est l’homme de la situation, le plus qualifié, le plus compétent et le plus expérimenté, il a statut, l’étoffe, la classe, l’envergure nécessaire, il est le meilleur, le seul candidat capable de conduire le Québec à son indépendance…..  Quant aux autres candidats au leadership, ils ne font simplement pas le poids, ne sont pas à la hauteur des attentes et des exigences du poste de PM ». Voilà c’est clair,  le seul pour sauver le Québec est Bernard Landry. On oublie que les Québécois lui ont dit clairement et majoritairement, à l’élection générale d’il y a deux ans, de retourner chez lui car ils en avaient assez de son leadership, et 24%, des délégués au dernier congrès du PQ de juin dernier, et qui le connaissent bien, ont voté la défiance à son égard. Drôle de concert unanime.

 

Quant à moi, je crois que l’on doit juger un homme par ses actions. Et, celles de Landry à la tête du gouvernement ne sont pas très roses et quelques unes sont simplement scandaleuses.

 

Prenons, par exemple, le projet de Papiers Gaspésia Ltée. Pour assurer l’élection de députés du PQ de la Gaspésie à l’élection qui devenait imminente, le projet fut lancé, financé en majeure partie et sa réalisation organisée par le gouvernement de Bernard Landry. Avec une enveloppe budgétaire de 500 millions $, le projet connaissait des dépassements de 265 million $ lorsqu’il dû être arrêté définitivement par le nouveau gouvernement de Jean Charest.

 

L’ex-juge de la Cour Supérieure Robert Lesage fut appelé a présider une commission d’enquête sur ce projet et a déposé son rapport en mai dernier.

 

Mon expérience dans la construction m’a permis de bien comprendre le contenu du rapport. Je crois dans ses conclusions. Il met le doigt sur un problème structurel réel. Les données des rapports techniques des experts démontrent clairement le trafic d’influence des syndicats québécois. Les recommandations sont importantes puisqu’elles touchent, entre autres, l’intervention de l’État dans la construction d’un projet qu’il finance, la gestion des fonds de travailleurs et les lois qui régissent les relations de travail.

 

J’y vois beaucoup de similitudes avec l’incroyable scandale des commandites qui ébranle le gouvernement du Canada quant au rôle des politiciens, à l’ordre de grandeur des montants d’argent investis, au manque de contrôle du projet, au trafic d’influence exercé, aux dépassements de coûts exorbitants. De plus le projet a été mal réalisé, et la centrale syndicale FTQ (amie de Landry) y a joué un rôle anormalement grand et exclusif (« elle a empêché des travailleurs du Bas Saint-Laurent et de la Gaspésie, membres d’autres organisations syndicales, d’y travailler. Leurs droits au travail et de choisir leur organisation syndicale, un droit bien implanté dans la construction, ont été bafoués ». L’équipe de la réalisation du projet n’avait pas un leader avec suffisamment d’autorité et d’influence morale pour exercer son pouvoir et contrôler les intervenants (évidemment la FTQ ne voulait pas un chef de projet fort).

 

Ce fut un événement important qui, en plus de salir les hommes politiques, les juges, le monde syndical et celui de la construction a terni le travail d’aide du gouvernement.

 

Suite aux attaques d’un ministre libéral dénonçant le rôle de l’ex-premier ministre Landry dans ce scandale, celui-ci nia tout et se justifia en prétextant que l’ex juge a trempé dans un complot politique pour dénigrer, lui, son gouvernement et son parti. Quel intérêt peut avoir un ex juge de la Cour Supérieure, à la retraite, et dont la réputation est sans tache, d’agir ainsi? C’est un faux-fuyant ridicule.

 

Au pouvoir, Landry a dilapidé des centaines de millions en dépenses inutiles pour fins électoralistes et a démontré que sa colonne vertébrale s'affaiblissait devant les demandes de la FTQ, le « petit ami » de son parti politique. Seul comptait pour lui l’image et les illusions reflétées dans le public.

 

C’est à cet homme que s’adresse « le concert unanime d’éloges » de partisans PQ. Très impressionnant.

 

Je crois que le Québec n’a plus les moyens de se payer le luxe d’un tel politicien.

 

Claude Dupras