Les dindons de la farce

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jeudi 30 novembre 2006

Les dindons de la farce

Gêné


 

Les troupes militaires du Canada et celles de l’OTAN s’enlisent dans le sud de l’Afghanistan. C’est un pattern similaire à celui qu’a connu la grande et puissante armée soviétique dans les années ’80. 

 

Le Canada est devenu, avec le Royaume-Uni, un leader de cette action militaire et accuse les autres pays de l’OTAN de ne pas en faire assez. Plusieurs d’entre eux résistent car ils pensent que c’est « ingagnable ». Malgré qu’il  soit possible que Ben Laden revienne dans ce pays si le monde laisse les Afghans régler leurs problèmes, c’est une autre possibilité qui influence les pays-membres dans cette décision. Celle que l’OTAN devienne « mondiale ». L’idée poussée par les USA crée la polémique et oppose surtout Paris et Washington. Les USA veulent que l’OTAN crée des alliances avec les pays pro américains qui ont fourni des troupes et contribué à la reconstruction de l’Afghanistan et à la guerre en Irak. Particulièrement, les pays asiatiques. Le président français Jacques Chirac s’oppose à cette idée car il ne veut pas que l’OTAN devienne un instrument pour « donner des récompenses aux pays fournisseurs de troupes » et refuse de la  « transformer en une alliance à géométrie variable ». Il ne veut pas de partenariats nouveaux mais accepte, du bout des lèvres, que des contacts soient faits au « cas par cas » conditionnellement à ce que ce soit avec l’accord de Paris. Face à cette nouvelle opposition française, Bush se voit obligé de revoir ses ambitions à la baisse.

 

Avec ce qui est arrivé en Irak et l’opposition de la France à participer à cette guerre,  je suis porté aujourd’hui à avoir plus de respect pour l’opinion du président Chirac que pour celle du petit président américain. Si l’OTAN crée de plus en plus de partenariats stratégiques avec des pays amis de l’un de ses membres, elle deviendra vite une force qui voudra prendre des responsabilités qui devraient revenir normalement à la société de Nations. Cela me semble contraire au bon sens. Je verrais mieux le démembrement de l’OTAN qui a été créée suite à la deuxième guerre mondiale pour faire face à la menace soviétique maintenant disparue. Il me semble inacceptable qu’un groupe de pays devienne la police du monde. Je dis : l’ONU, oui ; l’OTAN, non.

 

L’engagement actuel du Canada dans le sud de l’Afghanistan le fait souffrir. Mon pays a actuellement dépassé la Grande-Bretagne en nombre de soldats morts. Pris dans cette situation, il est donc normal que nous voulions l’aide d’autres pays. Malheureusement, on a vu hier au sommet de l’OTAN, à Riga en Lettonie, que les appels de Bush, de Blair et celui pressant d’Harper n’ont pas été acceptés par quatre pays européens : la France, l’Allemagne, l’Italie et l'Espagne. Au plus, ces pays accepteront-ils de participer « dans des situations d’urgence ». Nous sommes dans un vrai merdier et nos porte-parole, le PM canadien et son secrétaire d’état aux affaires étrangères, sont incapables de persuader les autres partenaires de nous aider. Le PM Harper a perdu sa crédibilité d’un coup sur le plan international en acceptant de facto les dires de Bush et est considéré comme son porteur de bagage. Quant à Peter Mackay, notre ministre des affaires étrangères, il n’est simplement pas de taille pour remplir un poste aussi important.

 

Nous nous retrouvons donc dans la partie la plus dangereuse de l’Afghanistan, avec une capacité affaiblie et une mobilité réduite. Sans aide, nos soldats font face à un plus grand danger et les affirmations de chefs militaires canadiens à l’effet que tout va bien dans le meilleur des mondes et que nos soldats se font tués alors qu’ils « s’occupent de reconstruction » ne sont que des paroles programmées pour chercher à nous rassurer. En réalité, sans l’aide des autres pays de l’OTAN, nous sommes, dans ce coin de l’Afghanistan qui est la zone de production de l’opium, les dindons de la farce. Si les autres pays ne veulent pas venir faire leur part, nous devons tout faire pour nous en sortir,

 

Claude Dupras