Les fous de dieu

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mercredi 22 novembre 2006

les fous de Dieu

Inquiet


 

Mon ami algérien m'a donné son point de vue suite au commentaire du lecteur Français exprimé dans mon blog du 19 novembre 2006. Le voici:

 

Mon cher ami,

Il est malheureusement vrai que même les penseurs les plus libéraux du monde occidental, aujourd'hui, place le conflit entre le monde arabe et l'Occident dans un contexte religieux. Même toi, tu parles déjà du conflit entre l'islamisme et le monde occidental (sous-entendant bien entendu le monde chrétien). Même la guerre de libération irlandaise subitement devenue une conséquence du conflit entre les églises catholiques et protestantes ou anglicanes. Mais pourquoi ne voulons-nous plus admettre qu'il y a tout de même d'autres forces qui mobilisent les peuples en dehors de leurs croyances religieuses. Que sont devenues les aspirations des peuples de vivre dans la liberté. Il ne fait pas de doute que tous les conflits sanglants que l'humanité a connus, à ce jour, ont toujours utilisé, d'une manière ou d'une autre, la religion pour se justifier et mobiliser les peuples qui sont appelés à offrir leur sang et leurs avoirs matériels.  

 

Comme tu le sais, je n'ai vraiment rien de musulman et j'ai été parmi les premiers algériens à dénoncer les mouvements islamistes en Algérie dans les années 80/90, au moment où tout le monde occidental supportait activement ces mouvements malgré les centaines de milliers de victimes algériennes à leurs actifs. Une grande majorité de journalistes algériens démocratiques avaient été assassinés par les islamistes alors que leur propres porte-parole en Europe et en Amérique du nord avaient la témérité d'annoncer publiquement qu'ils auraient souhaité que tous les journalistes démocratiques algériens auraient dû être assassinés. Aucun de ces porte-parole n'avaient été inquiétés par les autorités occidentales, bien au contraire, elles leur avaient en fait offert toute la protection possible.

 

Je reviens souvent au cas de l'Algérie non pas pour soulager la conscience des régimes algériens du passé ou du présent, bien au contraire. Je sais très bien que les peuples n'ont que les dirigeants qu'ils méritent. Et dans ce domaine, les Algériens ont peut-être été la plus grande catastrophe de la fin du 20ième siècle. La préparation et la gestion de la guerre de libération algérienne ont été menées par des mouvements politiques séculaires et démocratiques forgés par les idées de la révolution française. Et pourtant, juste après la fin de la guerre de libération, Ben Bella se trouvant humilié par une France toujours aussi hautaine a été obligé de se tourner vers le monde arabe pour survivre politiquement et consolider son pouvoir.

 

Je me souviens de la première rentrée scolaire de l'Algérie indépendante où la France avait promis de maintenir plus de 35,000 enseignants pour assurer une rentrée normale. A la dernière minute, le gouvernement  de Gaule avait retiré ses enseignants. Ben Bella s'était alors tourné vers les Égyptiens, les Syriens et les Irakiens pour mobiliser plus de 15,000 enseignants arabes (la plupart étaient en fait à peine alphabétisés). Voila comment l'arabisation de l'enseignement en Algérie avait commencé. Et pourtant,malgré tous les efforts du gouvernement algérien d'arabiser l'Algérie, les algériens aujourd'hui sont plus proches de la culture française qu'ils ne l'étaient durant les 130 années de colonisation française. Et la seule explication à ce phénomène, à mon avis, est que le peuple algérien, bien qu'étant réellement musulman, ne veut pas perdre son identité algérienne. Et le seul moyen de défendre cette identité est de s'accrocher à la culture française, du moins pour le moment.  

 

Mais embrasser la culture extérieure ne veut pas dire qu'un peuple doit automatiquement se soumettre aux dictats politiques de la source de ces cultures extérieures.  A mon humble avis, je pense que pour vraiment discuter sérieusement le conflit du Moyen-Orient en général, il faudrait tout d'abord identifier les agresseurs et les agressés de tous bords. N'est-ce pas le monde occidental qui a créé le cancer de la Palestine depuis 1948 ? N’est-ce pas ce même monde qui, à ce jour, a vraiment tous les instruments pour enfin extirper ce cancer qui ronge plus de 300 millions d'arabes du golf persique à l'Atlantique ? N'est-ce pas les USA qui ont tout d'abord poussé Saddam Hussein à déclarer une guerre meurtrière contre l'Iran en 1980 ? Et n'est-ce pas les mêmes USA qui ont envahi l'Irak et plongé ce pauvre pays dans une guerre civile dont nous ne pouvons plus voire les conséquences à long terme, non seulement pour l'Irak mais pour toute la région du Moyen-Orient.

 

Franchement, l'image que j'ai de tout le monde arabe vis-à-vis du monde occidental est la suivante: l'arabe modeste voit le monde occidental à travers l'aide qu'il a toujours donnée aux islamistes algériens, la protection aveugle de toutes les atrocités israéliennes perpétrées sur le dos des Palestiniens et la destruction d'un état arabe qui a été le berceau de la civilisation arabe àtravers les siècles. Et tant que cette image ne changera pas, je ne vois pas comment Bush, et ses acolytes à travers le monde, pourront un jour réellement battre définitivement les fous de dieu de l'islam.

 

M.O.

 

Mon ami algérien exprime ici des vérités qu'il a apprises durement puisqu'il les a vécues. Je veux faire une mise au point cependant, jamais je pense religion lorsque je fais allusion à l'Occident. Je ne vois pas pourquoi je le ferais. Pour moi, il s'agit avant tout d'une civilisation avancée qui a fait ses preuves.

 

Mon ami algérien n'est pas très pratiquant, comme beaucoup d'entre nous. Il est loin d'être un musulman fanatique. D'ailleurs tous les musulmans que je connais réagissent envers leur religion comme nous le faisons. Avec les médias qui nous bombardent sans cesse, tous les jours d'images négatives, du monde musulman, nous, les occidentaux, avons tendance aujourd'hui à penser qu'ils sont des fanatiques, mordus de la religion et que c'est elle qui passe avant tout. Je ne crois pas que ce soit la situation réelle. Les arabes, les berbères ou les autres races qui sont musulmanes sont comme nous. Ils ont le même genre d'inquiétudes que nous avons et pensent avant tout au bien être de leur famille, de leurs enfants et de leur pays. Le problème ce sont les fous de Dieu: ceux qui interprètent radicalement l'Islam. Leur nombre est infime par rapport au milliard et demi de musulmans sur la planète, mais ils font beaucoup de bruit. La presque totalité des musulmans ne sont pas plus fondamentalistes que les adeptes des autres religions, catholique incluse. Je crois que c'est important à ne pas oublier dans les débats que nous engageons.

 

Claude Dupras