mercredi 3 mai 2006   
de Villepin doit-il partir?
Confiant


 

Depuis sa déclaration aux Nations-Unies sur la guerre en Irak, j’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour Dominique de Villepin. Cet intellectuel, racé, écrivain, diplomate et homme politique est un personnage de grande envergure qui a, en plus, du charisme. Lorsque le 31 mai 2005, le président Chirac l’a nommé au poste de premier ministre de France, j’ai cru que c’était une très bonne décision. Depuis, il a dirigé son gouvernement de main de maître et s’est attaqué surtout au grand problème du chômage qui affecte tant la France. Et il a réussi puisque le taux de chômage a baissé à 9,5% et continue son mouvement vers les bas.

 

Où il a glissé selon plusieurs Français, c’est sur sa proposition d’implanter le CPE (contrat de première embauche) pour régler le problème du chômage des jeunes qui se situe à 25%. C’était un contrat de travail à durée indéterminée pour les moins de 26 ans. Il voulait que les jeunes de la France soient sur le même pied que ceux des pays industrialisés de l’Europe, du Canada et des USA où le taux de chômage des jeunes est de la moitié. Chez nous, une telle mesure aurait vite été adoptée. En France, on l’a contestée vivement et finalement le président Chirac força de Villepin à retirer le CPE et à le remplacer par un dispositif favorisant l' « insertion professionnelle des jeunes en difficulté dans le milieu du travail » (de beaux mots pour rien dire). A mon avis, les jeunes ont manqué une belle chance. Depuis, la gauche, les syndicats et certains politiciens veulent la peau de de Villepin.

 

À ses difficultés s’ajoute l’affaire Clearstream, société financière basée au Luxembourg,  qui est devant les juges pour prouver « l’existence d’une vaste entreprise de corruption» et particulièrement pour établir la vérité sur une liste de noms d’hommes politiques et autres qui auraient des comptes de banque à l’étranger. Y figure Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur et candidat possible de la droite aux présidentielles de 2007. Depuis il a été déterminé que la liste était fabriquée et fausse.

 

Sarkosy y voit un complot et est « déterminé à aller au bout pour connaître la vérité ». L’opposition, quant à elle, implique de Villepin, qui a aussi des aspirations présidentielles, et insinue comme vraies les allégations à l’effet que de Villepin aurait demandé à un agent secret d’investiguer le cas Sarkosy et qu’une fois l’enquête terminée et Sarkosy disculpé, aurait omis de l’en aviser. De Villepin nie cette accusation. Elle l’accuse d’avoir « instrumentalisé les services de renseignement au sommet de l’État » et lui demande de « tirer les conséquences de cette crise d’une exceptionnelle gravité ». Plusieurs députés d’arrière-bancs de l’UMP (le parti de Chirac) inquiets devant le battage de presse que suscite cette affaire et des effets négatifs qui retombent sur leur parti et sur eux, croient, et ils le disent, que de Villepin doit démissionner. Il est de même des députés Sarkozystes qui veulent favoriser leur candidat.

 

Hier à l’assemblée nationale, de Villepin a défendu son honneur alors que la gauche criait sa honte et réclamait sa démission. « J’ai été la victime d’une campagne de calomnie ignoble, qui m’a profondément choqué et blessé. Trop, c’est trop » a-t-il dit devant ses pairs en choisissant la contre-attaque. « J’accepte les critiques, les désaccords et les différends, mais il y a une chose que je n’accepterai jamais, c’est que la calomnie, la dissimulation et le mensonge l’emportent sur la vérité » tout en accusant François Hollande, le patron du parti socialiste, d’utiliser « une logique de bouc-émissaire qui ne vous grandit pas et qui ne peut faire que le jeu des extrêmes ».

 

Je le crois. Il n’a pas à démissionner. Il est un dirigeant qui comprend bien la situation de la France aujourd’hui et la façon de penser des Français. Il sait qu’ils doivent la modifier pour rencontrer les défis de la globalisation. Il a réussi sur plusieurs points mais a manqué son coup sur la question de CPE pour une raison de stratégie qui se résume à un manque de consultation. Il a compris. Il a appris. Et je pense qu’il peut revenir dans les bonnes grâces des Français, car ils savent au fond d’eux-mêmes que de Villepin est un bon homme.

 

L’UMP a un choix entre Sarkosy et de Villepin pour être son candidat à l’élection présidentielle. On dit aujourd’hui que ce sera Sarkosy. Je prétends que c’est loin d’être réglé parce que de Villepin n’est pas un « deux de pic ». D’ici novembre, date du choix du candidat, la lutte du côté de la droite sera serrée et piquante. Il en est de même du côté de la gauche, mais comme j’ai l’impression que c’est la droite qui va gagner de toute façon l’élection, il me semble que c’est de ce côté que la lutte sera la plus intéressante à suivre.

 

Claude Dupras