Mulroney, le meilleur ou le pire

Accueil • Début
 

mardi 13 septembre 2005

Mulroney, le meilleur ou le pire

Coquin


Peter C. Neuman vient de publier un livre sur Brian Mulroney, l’ex PM du Canada de 1984-1993, et sur la politique canadienne durant son mandat. Le livre contient des qualificatifs attribués à des personnes et recueillis par Neuman au contact de Mulroney. Ils sont insultants, méprisants et abusifs. Il est surprenant que ce grand journaliste canadien les ait transcrits dans son livre et j’ai l’impression que c’est pour en aider la vente chez les libraires. Justement, je vais me le procurer car il sera intéressant à lire en attendant les mémoires de Mulroney qui paraîtront probablement au printemps 2006.

 

J’ai bien connu Brian puisque que j’ai été très actif dans le parti progressiste-conservateur du Canada de 1954 à 1986. Depuis son temps de jeune avocat, il a toujours travaillé pour aider le parti. Nous avons oeuvré ensemble de nombreuses années et j’ai agi comme co-président de sa première campagne au leadership du PC. C’est un homme charmant, toujours très agréable, fort amical, intelligent, ambitieux, loyal mais vindicatif lorsque trahi (selon son appréciation) par un ami ou un collaborateur. Il ne pouvait comprendre qu’un ami pouvait avoir de bonnes raisons pour ne pas le suivre même si l’ami continuait à le respecter.

 

Il se dit, selon Neuman, avoir été  le meilleur PM que le Canada ait connu depuis John A. Macdonald. À mon avis, il a fait beaucoup et a été un excellent PM. Il mérite d’être classé parmi les premiers. Mais le meilleur, qui peut le dire? Les temps étaient différents et les problèmes du pays aussi. Cartier (avec Macdonald) a donné au pays la Confédération; Laurier a concilié les canadiens-français et les canadiens-anglais, a agrandi la pays à l’ouest avec l’Alberta, la Saskatchewan et le Yukon et été le premier à favoriser l’égalité des femmes; King a mené le pays de main de maître à travers la deuxième guerre mondiale; Pearson lui a donné une place dans le monde, a remporté le prix Nobel de la paix, et a voté la loi sur le biculturalisme et le bilinguisme au pays; Saint Laurent a été un des leaders de la mise en place du Commonwealth, a lancé la canalisation du Saint-Laurent et a fait voter les lois d’assurance-chômage, d’allocations familiales et du régime de pension canadien tout en préparant la venue de l’assurance-maladie; Trudeau a donné la charte des droits et défendu l’unité canadienne.  

 

Mulroney a été frustré que l’entente du Lac Meach sur la réintégration légale du Québec dans le Canada soit tombée à l’eau. Ce fut compréhensible car il avait défini des solutions intelligentes et les avaient proposées avec courage. Malgré que le parlement canadien ait approuvé à l’unanimité le projet, que tous les parlements provinciaux firent de même (sauf le Manitoba à cause d’un député), l’ex PM Trudeau et Clyde Wells l’ex PM de Terreneuve (il renversa la décision du gouvernement précédent qui avait voté pour l’entente) réussirent à changer l’opinion publique lors du référendum. J’avais pensé ce jour-là que Trudeau avait démontré sa supériorité intellectuelle sur Mulroney. Je comprenais la frustration de Mulroney que je partageais. Le Canada serait beaucoup mieux aujourd’hui si l’entente du Lac Meach avait été ratifiée. Trudeau a eu tort. Quant à Wells, je suis d’accord avec le qualificatif que lui attribue Mulroney.

 

Il blâme l’ex PM Kim Campbell qui lui a succédé à la tête du gouvernement d’avoir perdu le pouvoir aux libéraux parce que, dit-il avec une vulgarité qui me surprend, « elle passait son temps à s’envoyer en l’air avec son petit ami russe de l’époque ». La réalité est que le jour de la démission de Mulroney, le parti n’avait que 14% dans les sondages. Durant les années précédentes, le parti a dégringolé constamment dans l’opinion publique et Mulroney s’est accroché au pouvoir au lieu de démissionner au moment approprié (au moins deux ans avant l’élection) et donner une chance à son parti de se refaire une image. Il est le premier responsable de la débandade du PC qui fut le premier parti du Canada et qui a toujours contribué à son avancement. Alors que la première responsabilité d’un chef de parti est d’en assurer la pérennité et de le coller à la réalité du pays, le PC fut rejeté par 86% des Canadiens et se retrouva aux derniers rangs de la Chambre des Communes avec une poignée de députés.

 

Mulroney peut être classé parmi les meilleurs PM du Canada, mais aussi parmi les pires chefs de partis politiques canadiens. 

 

Claude Dupras