La danse du jouet cubain

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La danse du jouet cubain 

Alors que Fidel prend quelques minutes de répit dans la suite royale, un inspecteur de la police montée canadienne arrive en trompe à la suite et demande à voir Fidel privément. Il lui apprend que la GRC a appris, ce jour même, que des gangsters américains sont en direction de Montréal pour l’assassiner. L’un des gangsters a été arrêté à New York et il croit que les autres approchent de la métropole. Malgré cette nouvelle situation, Fidel maintient sa décision de participer à la Danse du jouet cubain, au manège militaire Craig. La police montée veut une protection sécuritaire sans risque. Sa présence à cet évènement devra donc être courte. Claude est avisé qu’il devra suivre les consignes de la GRC.  

Le plan est simple : le groupe composé de Fidel, Claude, Jesus Pelletier et Teresa Casuso sera fortement entouré en entrant et en sortant du manège. Les discours devront être brefs et sa visite écourtée. Une centaine de policiers en civil circuleront incognito parmi l’assistance. Claude informe Lucchési et lui suggère que les membres du comité de direction soient sur l’estrade avant l’arrivée du cortège afin d’être le plus près possible de Fidel. L’entrée au manège militaire se fera à 23h00. Trente minutes plus tard Fidel devra en être sorti. À 22h30, tout se met en branle. Le corridor du 20ième étage de l’hôtel est évacué sauf pour la présence de nombreux policiers de la GRC et d’agents de sécurité cubains. Plusieurs barbudos et compagnons de voyage de Fidel sont déjà partis pour le manège. Le « noyau » devient une phalange et il ne manque que les boucliers et les lances de l’époque hellénistique. Dès la sortie de la suite, elle entoure le groupe tout en le dirigeant vers les ascenseurs. Quelques phalangistes prennent place dans une cabine d’ascenseur pendant que les autres descendent dans les autres. La phalange se reforme dans le hall principal et dirige le groupe vers une limousine où ils prennent place. Une dizaine d’automobiles font partie de la caravane et Claude estime que l’escorte policière a été triplée. Sur tout le trajet, les sirènes émettent leur son aigu et perçant malgré l’heure tardive.  

L’arrivée sur la rue Craig est saisissante. Une foule considérable attend devant l’entrée du manège. La limousine s’immobilise. La phalange se met en en place et absorbe Fidel, Claude, Casuso et Pelletier. Les deux immenses portes du portail du manège militaire s’ouvrent et des cris enthousiastes et tumultueux en émergent. La phalange se met en branle. Elle transporte littéralement ses quatre protégés dans l’allée centrale vers la grande estrade au fond de la salle au milieu de cris soutenus et accueillants. En entrant, on aperçoit, de chaque côté du portail, l’arrière de camions, aux portes ouvertes, dans lesquels sont empilés des milliers de jouets. C’est la contribution des participants à la danse du jouet cubain. Claude se sent soulevé, il ne touche pas à terre, tout va si vite. De multiples drapeaux du Canada, du Québec et de Cuba décorent l’arrière de l’estrade d’honneur ou sont installés deux grands panneaux qui portent chacun l’inscription : Bienvenido Fidel.  

Plus de 3,000 personnes se sont divertie depuis le début de la soirée en dansant aux sons de l’orchestre sud-américain de Peter Barry. En plus, Ronald Poupart, l’organisateur de la danse, inquiet que l’attente jusqu’à 23h00 pour l’arrivée de Fidel n’en décourage plus d’un, avait prévu des spectacles par des artistes de renom dont celui du « Beu qui rit » avec Paul Berval, Jean-Claude Deret et Denis Drouin, celui des 3 Scribes et de plusieurs autres. Tout le monde s’est bien amusé et Fidel sera le clou de cette belle soirée.  

Arrivé sur l’estrade, Claude retrouve plusieurs membres du conseil d’administration de la jeune Chambre dont Alban Coutu, Jean-Paul Lucchési, André Laurence, Alfred Paiement, Yves Lavigne et quelques membres féminins. Gaston Laurion y est aussi. Chacune des marches du large escalier installé devant la grande estrade est envahie de monde. Manon est quelque part dans l’assistance. 

 

 

 

Claude s’approche du micro. Il voit l’imposant auditoire qui s’est déplacé pour voir Fidel et aider au succès de la campagne du jouet cubain. Il lance deux cris qui provoquent un enthousiasme frénétique : Bienvenido Fidel ! Bienvenido Fidel ! Les applaudissements sont spontanés, nourris et n’arrêtent pas. La foule acclame le chef révolutionnaire de Cuba et indique qu’elle l’aime vraiment. Fidel, toujours vêtu de sa vareuse, est tout sourire. Devant les interminables cris et applaudissements, Claude se sent incapable de calmer la réaction de la foule et fait signe à Fidel de prendre le micro. Le chef Cubain s’avance. Toutes les passions de la foule pour cet homme se libèrent. La joie de tous de le voir est palpable. Finalement, il dit quelques mots et les bruits s’atténuent.

Ses premiers mots sont pour remercier tous les Canadiens et, particulièrement, les Montréalais et Montréalaises de cet accueil si chaleureux. Sa voix trahie la grande émotion qu’il ressent. Elle est légèrement enrouée. Claude sent que Fidel est fatigué. Malgré tout, Il garde son sourire bon enfant. Les réactions de l’assistance lui donnent un regain d’énergie. Il se dit « touché profondément par la générosité des Montréalais envers les enfants de son pays troublés par la guerre ». Il rappelle que « les enfants de sa province d’Oriente dévastée par la guerre, ont été traumatisés par les bombes qui leur sont tombées sur la tête au point qu’ils ont, aujourd’hui même, peur des avions commerciaux qui survolent leur province ». Pour combattre cette peur, le gouvernement rebelle a conçu un plan de contre-bombardement. « Nous envoyons des avions pleins de colis avec des jouets au-dessus de ces territoires qui ont été violemment bombardés et nos enfants commencent à perdre la peur des avions ». Il a été heureux d’apprendre que la Chambre de Commerce des jeunes de Montréal avait entrepris une collecte de jouets pour les enfants de son pays et est émerveillé d’apprendre que plus de 20,000 jouets ont été donnés par la population du Québec. En faisant cette référence à la Jeune chambre sa voix fléchit encore plus. L’émotion le gagne. « Ces jouets » dit-il, « sont une vraie expression d’amitié. Je suis venu ici pour le dire car j’ai pensé que c’était mon devoir de le faire ». La foule est émue. Il conclut : « Demain je retourne dans mon pays et je garderai longtemps un merveilleux souvenir de cette journée. J’ai été reçu ici comme si j’étais chez moi. La journée que j’ai passée aujourd’hui m’a plus impressionnée que tout le temps que j’ai passé aux USA ». L’assistance s’exclame. C’est le délire. Le gigantesque manège, à l’air si sévère et austère, résonne d’émotions réelles et se transforme en un endroit chaleureux et magnifique. Il termine avec des mots qui résonneront longtemps dans la tête de Claude « Vous pouvez être certains que je reviendrai ». La foule manifeste son contentement, son admiration et sa reconnaissance qu’il soit venu jusqu’à eux.   

Pendant que Fidel salue la foule et la remercie avec de grands gestes, Claude demande à Teresa Casuso quelle est l’heure prévue pour le départ du lendemain. Elle lui dit 7h30, mais sourit en disant qu’il y aura sûrement quelques retards. Claude l’avise qu’il ne retournera pas avec eux ce soir à l’hôtel car il veut rester au manège militaire où se trouve son épouse Manon. Il veut aussi remercier tous les membres du comité organisateur de la jeune Chambre qui a fait un travail impeccable pour que cette journée soit un succès et aussi remercier le plus de participants possible de s’être déplacés. Il promet être à l’hôtel, le lendemain matin avec son équipe pour assurer le transport de la cohorte cubaine vers l’aéroport. Sur ce, il salue cordialement Fidel, le remercie de sa visite à la Danse du jouet cubain. Quelques officiers de la police montée, en tunique rouge et chapeau Stetson, montent les marches pour inviter Fidel, Pelletier et Casuso à les suivre. Dès qu’ils sont au niveau du plancher, la phalange les saisit et ils quittent le manège militaire à toute vitesse au grand désappointement de la majorité des gens qui espéraient voir Castro de près et le toucher. Fidel rentre à l’hôtel sain et sauf. 

Tôt le lundi matin, 27 avril, à l’heure convenue, Claude, Lucchési et le comité de transport sont à l’hôtel. Claude se rend à la suite royale, mais ne peut y accéder. Fidel dort. Selon les dires du gérant de l’hôtel, tous les Cubains ont fêté jusqu’à très tôt le matin. De plus, une rumeur se répand à l’effet que plusieurs jeunes filles de Montréal aient été vues en direction du 20ième étage. (Cette rumeur circulera à Montréal longtemps après le départ de Fidel et une avalanche de ragots seront écrits dans les « petits » journaux de la Métropole (dont le Petit Journal). On affirmera même que des Montréalaises sont enceintes de jeunes cubains tout en insinuant  que c’est la Jeune Chambre de Montréal qui a agi comme entremetteuse. Claude sait que c’est complètement faux car aucun membre de la Jeune Chambre n’est retourné à l’hôtel après la visite de Fidel au manège). 

 

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