vendredi 3 février 2006   
Où sera Boisclair ?
Espiègle


 

Je ne sais pas si c’est comme çà ailleurs, mais ici au Québec nous sommes solidaires et nous savons nous brancher au moment propice pour protéger les intérêts de notre nation.

 

Le dernier sondage de CROP a indiqué, il y a quelques jours, qu’une majorité de Québécois ne veut pas de la séparation du Québec. Cette boîte de sondage est crédible. N’a-t-elle pas été la seule récemment à prédire la montée des conservateurs fédéraux dans la région de Québec en déterminant qu’ils auraient plus de votes que le Bloc Québécois ? Peu d’observateurs ont cru à ce sondage. Il était pourtant précis et a les a tous surpris. Je connais cette boîte et quelques uns de ses dirigeants et j’ai un très grand respect pour leur travail car ils ont toujours procédé avec beaucoup de rigueur.

 

Pour ma part, je n’étais pas trop étonné du développement de la situation dans la région de la capitale nationale québécoise, mais plutôt du fait que ce phénomène n’existait pas ailleurs au Québec. Depuis le jour où une majorité de membres du Parti Québécois a voté, lors de leur dernier congrès, l’obligation du parti de tenir un référendum sur la séparation du Québec du Canada dès sa prochaine prise du pouvoir, j’ai conclu qu’elle venait de faire une erreur importante qui empêcherait son parti de gagner la prochaine élection provinciale, surtout que leur nouveau chef promettait, haut et clair, de maintenir cette résolution. Et, lorsque le chef du Bloc Québécois se mit à parler de souveraineté, de « pays du Québec » et d’indépendance, tout en affirmant hypocritement qu’il n’en parlait pas, et demanda à André Boisclair nouvellement élu chef du Parti Québécois de l’aider, j’ai pensé que le Bloc aurait des problèmes. Où je me trompais, c’est que je voyais le parti libéral du Canada en profiter et non le parti du conservateur d’Harper. Mais les Québécois sont comme ils sont et, écoeurés des scandales et de la corruption manifeste du gouvernement sortant de charge, ils se sont tournés vers la seule autre alternative valable, le parti conservateur. D’autant plus que Harper a fait une campagne électorale impeccable et a su toucher l’intelligence des Québécois par un discours d’ouverture et de rassemblement.

 

Je n’ai jamais pensé que les Québécois étaient majoritairement favorables à la séparation du Québec. Nous ne sommes pas des séparatistes. Depuis le référendum de 1995, l’option séparatiste ne récoltait que 35% d’appuis et ce n’est que l’importance du « scandale des commandites » qui fit augmenter ce score à près de 60%. Les Québécois montraient ainsi  leur sentiment d'insatisfaction face aux tribulations du gouvernement fédéral.

 

Heureusement, l’élection d’Harper est venue régulariser la situation et faire tomber les masques. À la question « voulez-vous que le Québec devienne un pays indépendant ou si vous voulez que le Québec demeure une province du Canada? » 34% répondent « pays indépendant », 58% « province du Canada ». Avec un nouveau gouvernement à Ottawa et les libéraux fédéraux bien punis, les Québécois sont revenus d’un coup à leur position pré-scandale-des-commandites. Ils aiment le Canada et le Québec.

 

Il sera intéressant de suivre maintenant la démarche de notre ami Boisclair. S’il maintient sa position de tenir une élection référendaire sur la séparation du Québec, dès son élection comme PM du Québec, il sera battu. S’il change d’idée, il subira les foudres de l’aile dure de son parti et sera renversé. Je n’aimerais pas être dans ses bottines actuellement. On peut se poser la question : « sera-t-il encore le chef du Parti Québécois dans un an ? ».  Je ne le crois pas.

 

Claude Dupras