mardi 7 février 2006   
l'héritage de Fidel
Confiant


 

Fidel Castro est vraiment unique. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il a la tête dure et ne lâche pas. Je lisais hier qu’il vient d’entreprendre une guerre contre les Cubains « riches » et les menace de prison et de perte d’emplois. Il peut le faire puisque la très grande majorité des travailleurs Cubains est engagée par l’État. Fidel en a assez du marché noir qui alimente les Cubains et les touristes tout en créant une décadence morale dans la population. J’ai vécu cette situation lors de ma visite à Cuba, il y a deux ans, lorsqu’un employé d’un restaurant (qui appartenait à l’État) me voyant dans l’impossibilité de trouver un kilo de café à cause supposément de l’épuisement des stocks, m’offrit de m’en fournir personnellement. J’acceptai et il partit à l’arrière du resto et revint avec la marchandise. J’ai vite compris qu’il puisait dans les stocks de la maison et mettait les pesos dans ses poches à la vue et aux sus des autres employés. Cela ajoutait à son salaire de $12 par mois avec lequel il ne pouvait boucler les deux bouts malgré un logement gratuit et tous les services sociaux nécessaires à sa santé. Il en fut de même à Pinar del Rio chez un fabricant de cigares où l’on m’offrit, à 20% du prix, le nombre de Monte Cristo que je voulais. Fidel en a assez et veut poursuivre ceux qu’ils qualifient de « riches » mais qui en réalité ne sont que de « faux riches ». Il refuse que Cuba devienne une société de consommation. Il applique son communisme à la lettre. Tout comme Mao, il a dépêché plus de 100,000 jeunes travailleurs sociaux pour remplacer les employés soupçonnés de tricher.

 

Ayant eu l’opportunité d’être son hôte durant trois jours lors de sa visite à Montréal, en avril 1959, alors que j’étais président de la Chambre de Commerce des Jeunes du district de Montréal, cela m’a motivé à suivre de près tout ce que Fidel à fait. J’ai vite réalisé qu’il était un révolutionnaire authentique. Un des seuls que l’Amérique latine ait produit. Il a débarrassé son pays des gangsters et des entreprises américaines qui tenaient le pays en otage. Il a éduqué son peuple, l’a logé, l’a soigné, lui a redonné sa terre et en a fait un peuple digne et fier.  Autant je l’admire, autant depuis quelques années je ne peux comprendre pourquoi il persiste dans ses théories communistes et son rêve utopique. Comme il semble indélogeable, ce régime durera probablement jusqu’à sa mort. Mais après?

 

Cuba est une île qui a une superficie égale aux trois quarts de celle de la Floride. Elle est belle avec ses montagnes majestueuses, ses villes coloniales, ses plages impeccables et son environnement qui n’a pas été détruit par un développement touristique sauvage. Elle est encore toute neuve. Elle est unique dans les Caraïbes. C’est un paradis de tourisme sous-développé. Fidel a bien veillé à protéger son environnement. De plus, sa population intelligente, bien éduquée jusqu’au niveau collégial, multilingue, travaillante et très accueillante est en mesure de répondre parfaitement aux besoins du boom qui s’annonce. Beaucoup de promoteurs le savent et attendent la fin de Fidel. Les entreprises américaines voient là un marché de plus de 11 millions de personnes qui ont besoin de tout ce qu’elles fabriquent, les chaînes hôtelières rêvent d’y construire d’immenses centres touristiques, les propriétaires de bateaux de croisières planifient la construction de nouveaux ports pour leurs passagers, les agences américaines de tourisme sont impatientes d’ajouter Cuba à leurs destinations et les constructeurs de condos ne tiennent plus en place. Ce sera une ruée vers Cuba.

 

Mais les Cubains voudront faire respecter leur mère-patrie qu’ils ont appris à aimer. Ils veilleront à ce que le nouveau gouvernement défende leur pays et ne soit pas infiltré par des profiteurs. Fidel leur aura donné l’éducation, le respect de soi et des autres, la fierté d’être Cubain et la capacité de bien apprécier leur beau et grand pays. Les Cubains ne sont pas prêts d’oublier ses enseignements. Ils sont le garant de leur avenir. Ils seront l’héritage de Fidel.

 

Claude Dupras