vendredi 10 février 2006 Modifier Supprimer
Haïti, la pauvre
Espiègle


 

Il faut être allé en Haïti pour comprendre la situation misérable de la vaste majorité de ses habitants. Les deux première fois que j’ai visité ce pays furent dans les années ‘70. Papa Doc Duvalier était alors le président et ses tontons macoutes faisaient respecter la loi. Depuis, j’y suis retourné trois fois.  Mon bureau d’ingénieurs y a exécuté un petit contrat pour une entreprise privée mais c’est mon associé qui s’en occupa. Mes visites étaient strictement touristiques. J’ai aimé y être. Le pays est beau et pittoresque. Les Haïtiens sont accueillants et gentils.  Nous pouvions apprécier leur mode de vie, leur us et coutumes, la qualité de leurs artistes, la mer, les marchés, les séances de voodoo, les batailles de coqs et combien d’autres choses. Chaque voyage était intéressant et j’ai même, à un moment donné, pensé y trouver un pied à terre pour y revenir à tous les hivers comme le faisaient plusieurs Québécois. En général, le peuple était pauvre, très pauvre et j’ai compris qu’il ne savait ni lire n écrire. Je croyais qu’à la longue le gouvernement trouverait des solutions pour le sortir de la misère dans laquelle vivait son peuple. N’étais-je pas dans la première république noire du monde ?

 

J’eus aussi l’opportunité de visiter quelques usines d’assemblage de produits américains ou de fabrication comme les balles de baseball. Quelques hommes d’affaires m’ont invité chez eux. Le contraste entre leur mode de vie et celui des Haïtiens pauvres était choquant. Leurs serviteurs et leurs jardiniers étaient payés à des salaires minables de $1 par jour (juste assez pour survivre) et semblaient soumis comme des esclaves. Cela me surprit.  

 

J‘y suis retourné après la mort de papa Doc, du temps de bébé Doc. Tout semblait normal. Nous avons visité les mêmes hôtels, restaurants, galeries, de nouvelles villes et même le club Med. Cependant, j’ai remarqué que la condition du peuple ne s’était pas améliorée et j’avais même l’impression qu’elle s’était détériorée quelque peu. Mes autres visites du temps des présidents Preval et Aristide, supposément les amis des pauvres, me choquèrent car j’ai finalement compris que rien n’était fait pour le pauvre peuple haïtien. Au même moment, je remarquais qu’à Montréal, comme dans plusieurs villes américaines, la diaspora haïtienne augmentait rapidement. En somme, les Haïtiens qui avaient des métiers et des professions quittaient en bande leur pays et laissent les pauvres haïtiens à leurs problèmes. J’en étais triste

 

Puis vint l’invasion américaine du temps de Clinton. Je fus surpris et heureux car je n’aurais jamais pensé que les USA interviendraient dans ce pays. Lors de ma dernière visite, ne voyant pas de solution à cette injustice flagrante, j’en étais arrivé à la conclusion que seule une main-mise américaine sur le pays, pour quelques années pourrait corriger dramatiquement la situation des pauvres Haïtiens. Malheureusement, Clinton après avoir promis une aide importante et obtenu celle de plusieurs pays pour construire des systèmes sanitaires, de distribution d’eau potable, d’alimentation électrique; des habitations; des écoles, des instituts de formation; etc…, décida de rapatrier l’armée américaine sous la pression du congrès américain. L’aide promise tomba à l’eau.

 

Puis vinrent le désordre, la pagaille, les gouvernements fantoches, les bandes armées, la mort du tourisme, les kidnappings, l’insécurité qui fit fermer les usines créant plus de chômeurs, l’arrêt de l’aide humanitaire de pays et de fondations charitables à cause de la corruption, l’intervention de paix des Nations Unies et enfin l’élection du 8 février 2006. Malheureusement, je crains que le nouveau président ne puisse changer la direction du pays car il n’en aura pas les moyens. Haïti qui est à moins de deux heures des USA, le pays le plus riche du monde, et dans notre hémisphère demeurera l’un des plus pauvres du monde. C’est intolérable.

 

Aujourd’hui, je ne vois qu’une solution pour sortir ce peuple du marasme dans lequel il est plongé : une intervention mondiale et massive à la Tsunami coordonnée par les Nations Unies pour faire tout ce qu’il y a à faire afin de remettre le pays sur la bonne voie et aider ses habitants. J’espère que les Haïtiens qui vivent hors de leur pays et qui ont acquis l’expérience de vivre dans un pays organisé retourneront chez eux pour aider à la cause du redressement national. J’en connais plusieurs à  Montréal et je sais qu’ils sont issus d’un peuple intelligent, capable, travaillant avec du cœur au ventre. Je crois que cela sortira le peuple Haïtien de la dèche dans laquelle il se trouve et j’ai confiance qu’il sera alors en mesure de faire le reste. Les usines rouvriront, de nouvelles viendront (c’est quand même plus proche que la Chine et les coûts de salaires sont aussi bas) et l’espoir renaîtra.

 

On dira sûrement que ma solution est utopique. Peut être, mais alors je vous demande de m’en proposer une autre.

 

Claude Dupras.