vendredi 17 février 2006   
L'avenir de Harper ?
Confiant


 

Alors que je suis à l’étranger, un ami m’écrit pour me faire part de ses premières réflexions sur les défis du nouveau PM du Canada Stephen Harper.  De loin et moins au fait de tout ce qui se passe, je suis surpris mais je demeure optimiste. Voici les propos de mon ami :

 

« Il me semble que notre ami Harper se soit tiré dans le pied en s'aliénant d'un seul coup son monde et tous ceux qui n'ont pas voté pour lui. Il faut garder à l'esprit qu'il ne prend le pouvoir qu'avec 34% du vote populaire. S'il mine sa propre légitimité par en dedans ( il fait allusion au cas du ministre libéral Emerson réélu qui devint vire-capot après l’élection en acceptant de se joindre aux conservateurs et qu’Harper nomma ministre de son premier gouvernement ), je ne donne pas cher de sa peau. Les Libéraux ne s'y sont pas trompés en annonçant aujourd'hui qu'ils sont prêts à faire tomber le gouvernement à la première occasion, même avant la tenue de leur congrès à la chefferie. Arrivera-t-il la même chose à Harper qu'à Clark? (au bout de 9 mois, le PM Clark fut renversé et l’ex PM Trudeau qui avait démissionné revint d’urgence à la tête du parti libéral et fut réélu par les Canadiens). Du coup, l'obligation de livrer de Harper ne fait qu'augmenter.

 

Et au Québec, on commence déjà à comprendre que ce ne sera pas si facile. Il faut plus qu'une hirondelle pour faire le printemps! 800 millions pour les garderies, plus les corrections prévues au régime de la péréquation, plus le déficit fiscal, c'est une grosse commande! Et s'ajoute à cela la question de la représentation du Québec à l'étranger sur laquelle Harper s'est avancé pendant la campagne électorale sans doute sans trop savoir dans quel champ miné il mettait les pieds. Si bien que Harper pourrait devoir se retrouver en élection sans n'avoir rien offert de vraiment tangible au Québec. La "balloune" se dégonflerait alors très vite, et le Bloc se trouverait alors dans une position très forte, non pas parce qu'il a quelque chose à offrir, mais parce qu'il serait fort de la faiblesse de ses adversaires. Aux dernières élections, ce n'est pas Harper qui a gagné, c'est Martin qui a perdu. Si les partis victorieux le soir du scrutin avaient l'humilité et la sagesse de reconnaître et de comprendre ce phénomène, ils gouverneraient mieux.

 

Au lieu de cela, ils revendiquent la légitimité de réaliser leur programme, et ils se cassent magistralement la gueule. Parles-en à Charest, il en fait l'amère découverte depuis qu'il est au pouvoir. Encore et toujours une question de légitimité. Pour pouvoir réaliser son programme, un parti doit recevoir un soutien très fort, dépassant les 50% des suffrages exprimés (les communistes l'avaient compris; ils l'emportaient toujours avec 90% des suffrages). Depuis quand n'avons-nous pas vu un parti l'emporter avec un score dépassant les 50% dans une élection au Canada? Et plus les changements qu'on cherche à introduire sont importants, plus la majorité doit être incontestable. C'est ce qui fait à la fois la force et la faiblesse de la démocratie. La force parce qu'on ne peut pas imposer aux gens ce dont ils ne veulent pas; la faiblesse parce qu'on finit par ne plus pouvoir rien faire à moins que le consensus ne soit très fort. Et nous sommes là, en train de nous vanter de notre diversité, de notre ouverture... Et si nous étions en train de nous tirer dans le pied? La question mérite certainement d'être posée au regard de ce qui se passe dans le monde. Mais poser la question, c'est une chose. Y répondre, une toute autre. Au fond, on en revient toujours à ce commentaire de Churchill qui, parlant de la démocratie, jugeait le système exécrable, mais, le comparant aux autres, concluait que c'était le moins mauvais. »

 

À mon avis, même si Harper est dans une position qui ressemble étrangementà celle de l’ex PM Clark, je crois que c’est plutôt le cas Diefenbaker qui se répètera. Ce dernier, après avoir obtenu une très mince pluralité dont 9 sièges au Québec, revint au pouvoir moins d’un an plus tard, lors de l’élection fédérale qu’il avait déclenchée, en remportant la plus forte majorité depuis le début de la Confédération dont 50 sièges au Québec. Du jamais vu. Suite à son élection qui lui donna un gouvernement minoritaire, Diefenbaker ne s’est pas comporté comme s’il avait une majorité mais avait finement exprimé par sa gestion le genre de Canada qu’il voulait voir. Par contre, Clark gérait comme s’il était majoritaire et fut vite renversé. Quelle sera l’attitude de Harper. Tout en dépend !

 

Le pouvoir de notre régime parlementaire n’est pas basé sur une majorité des voix mais sur une majorité des sièges. On a vu de grandes choses faites par des partis qui avaient obtenus 40-45% des votes. La stabilité et l’avancement dans notre système réside dans un gouvernement majoritaire. Une minorité invite les compromissions et une politique mesquine et calculée.

 

Claude Dupras