l'expo 67

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L’expo 67 

Le 25 août 1958 est la journée du Canada à l’exposition universelle de Bruxelles. Le sénateur Mark Drouin représente le pays et, dans son allocution officielle, exprime l’idée de tenir une telle exposition à Montréal en 1967 pour célébrer le 100ième anniversaire de la Confédération canadienne. La nouvelle est vite transmise par les postes de radio. En se rendant à une réunion du conseil de la Jeune Chambre, Claude, en auto, entend la suggestion du sénateur. Il propose de mettre de côté l’agenda pour discuter de l’idée. En un rien de temps, le comité 1967 est mis sur pied pour faire la promotion d’une exposition universelle à Montréal. C’est le premier comité au Canada qui œuvre à la promotion de l’Expo 67. Me Jean-Jacques l’Heureux et son comité « Bienfaisance et manifestations civiques » en prennent la responsabilité, sous le leadership de Claude. Le lendemain, il contacte Jean-Charles Asselin, président de la Chambre de Commerce de Montréal. Claude le connaît bien puisqu’il siège au conseil d’administration de la Chambre senior, comme représentant de la Jeune Chambre. Il lui suggère de former un grand comité montréalais pour faire la promotion de l’idée. Asselin accepte. Claude et Gilbert LaTour, le directeur général de la Chambre, déterminent les groupements qui pourraient en faire partie. Ils choisissent et invitent la Canadian Manufacturer’s Association (division Québec), la Chambre d’Immeuble de Montréal, le Bureau du Tourisme et des Conventions de Montréal, le Montreal Board of Trade, le Young’s Men Section de ce dernier (aussi connu sous le nom de Junior Board of Trade) et la Ligue des Citoyens de Montréal.  

Tous acceptent et Asselin convoque une première réunion. Les représentants des groupements sont, en plus de lui-même et Claude : C. W. Rudge du CMA, Jean Desrosiers de la CIM, de H. Hayes du MBT, C. E. Smith du BTCM, Ed Culkin du YMS et Jean Brunelle du LCM. Dans un premier temps, le comité veut convaincre la ville de Montréal d’appuyer les efforts du comité, puis le Premier ministre Duplessis et finalement le Premier ministre Diefenbaker. Asselin et Claude rencontrent le maire Fournier qui se montre fort enthousiaste. Il offre les services de l’économiste R. Longval, directeur de l’Office d’initiative économique et touristique de Montréal, pour préparer le dossier mettant en valeur Montréal et ses capacités à recevoir une telle exposition. De plus, le conseil municipal adopte une résolution priant le comité exécutif de faire tout en son pouvoir pour l’obtention de l’exposition. Le ministre provincial Paul Dozois, ex président de la Jeune Chambre, est approché afin d’organiser une rencontre avec Duplessis. Celui-ci est d’accord mais préfère attendre car l’obtention d’une exposition universelle est la responsabilité du pays. Il dit vouloir le faire au moment opportun et attendre de connaître la position de Diefenbaker. C’est en effet au pays de faire la demande au Bureau International des Expositions à Paris. Diefenbaker accepte de recevoir les membres du comité dès que celui-ci sera prêt, ce qui prendra quelques mois.  

Claude propose la convocation de tous les représentants des villes de l’île de Montréal et des associations qui la composent. La rencontre regroupe près de 90 délégués et a lieu au début décembre à l’hôtel Berkeley de la rue Sherbrooke. Elle est présidée par Asselin et Claude. L’enthousiasme et l’optimisme sont palpables. Il est convenu que chaque délégué obtienne de sa ville, ou de son association, une résolution appuyant la démarche du comité et qu’elle soit déposée à la prochaine réunion fixée au 14 janvier 1959.

Entre temps, les membres du comité s’offrent comme conférenciers pour expliquer les bienfaits d’une exposition universelle et les démarches à suivre pour l’obtenir. Claude est invité par une dizaine d’associations dont le Verdun Rotary Club. Lors d’une conférence, il affirme qu’une exposition internationale en 1967 serait une façon extraordinaire de fêter le Canada et que cette date rencontre les règles du BIE. Il explique que c’est au pays de solliciter l’honneur de tenir une exposition universelle et de choisir la ville où elle aura lieu. Claude annonce que Toronto, avec son maire Philips, commence à faire du bruit et que le comité montréalais, stimulé par cette compétition, redouble d’ardeur. Il souligne que Verdun est particulièrement bien placée puisque l’exposition pourrait être située sur l’île des sœurs et au domaine Béique de Verdun.  

Il démontre que Montréal est l’endroit idéal pour l’Expo. C’est la plus grande ville du Canada où vivent 10% des Canadiens. Son atmosphère particulière en fait un centre mondial. Elle a le plus grand port du pays et est le principal terminus aérien autant pour les voyageurs que pour le cargo. Elle est le siège de l’ICAO et les sièges sociaux des deux grandes compagnies de chemin de fer canadiennes s’y trouvent. Elle est un centre économique majeur du monde avec ses industries, ses ressources naturelles et ses facilités de transport. Elle possède un vaste réservoir de main-d’œuvre qualifiée, de techniciens et de scientifiques. Elle a deux universités majeures, une francophone et l’autre anglophone. Elle aura en 1967 un aéroport moderne. Elle est à l’entrée de la voie maritime du Saint-Laurent. Montréal est à proximité de 10 états américains et d’un tiers de la population des USA qui y est attirée par son charme touristique. Elle est la seule grande ville bilingue du Canada et cela représente un grand avantage pour une foire mondiale. Elle a toujours été au coeur de l’histoire du pays et regroupe, en plus des deux peuples fondateurs, un grand nombre de cultures différentes immigrées du monde entier. Elle est une métropole. Montréal a des facilités de logement, d’alimentation, de restauration et de divertissements similaires à ce qui existe dans le monde. En somme, Montréal a tous les attributs requis pour une exposition universelle. 

Claude continue en parlant du Canada et des raisons qui démontrent que son pays est prêt à recevoir l’Expo. Il explique que le choix de Montréal est plus logique que celui des USA car ces derniers ont été le site de la dernière exposition internationale tenue à New York en 1939. Le Canada est un centre de commerce parmi les plus importants du monde. La participation active du Canada dans les Nations-Unies, l’OTAN, le Commonwealth, le plan Colombo, l’UNESCO, l’ICAO etc., est un atout important pour obtenir éventuellement la participation des nations du monde. Le Canada est bien vu dans le monde entier. C’est un pays d’avenir qui a un grand potentiel économique mais qui doit développer ses ressources naturelles, faire la promotion de ses produits, trouver de nouveaux marchés et cætera. Une exposition internationale aiderait à atteindre ces objectifs. L’Expo stimulera les échanges commerciaux internationaux, l’industrie et les travaux publics. L’industrie touristique à travers le pays serait vraiment stimulée et les Canadiens voyageraient dans leur grand pays. Les Américains qui vont normalement en Europe seront tentés de visiter le Canada comme des milliers de visiteurs de pays étrangers. La balance de paiements du Canada sera aidée par les millions de visiteurs qui dépenseront des millions de dollars. L’accès au Canada est facile grâce à ses importants chemins de fer, ses réseaux aériens et la navigation maritime. La proximité des USA garantit une assistance record. L’exposition forgerait des liens étroits entre les provinces canadiennes. Elle serait le point focal de la célébration du centenaire du Canada et s’intégrerait bien dans les fêtes à travers le pays. Enfin, elle augmenterait la fierté des Canadiens, leur esprit national et résulterait en des liens plus étroits entre les Canadiens français, les Canadiens anglais et les citoyens des autres groupes culturels du pays. 

Suite à la présentation de Claude, le Verdun Rotary Club vote la résolution suivante : « We, the members of the Verdun Rotary Club assembled at the Verdun Legion hall do hereby unanimously join with other similar organizations in petitioning for the holding of the World’s fair in Montreal on the centenary of Canadian Federation in the year 1967 ». Un tel évènement se répète dans les associations où Claude et les membres du comité prennent la parole.  

Lors de l’assemblée au Berkeley, plus d’une centaine d’associations, de municipalités et de corps publics présentent leur résolution d’appui pour l’obtention d’une exposition universelle à Montréal en 1967. 

La réunion avec Diefenbaker est fixée au 4 avril 1959 et la délégation est dirigée par le ministre des postes l’Honorable William Hamilton, député de Notre-Dame-de-Grâce, et composée de Asselin, Dupras, Mme S. Hayes de la LCM, Smith, Longval et Culkin. Le maire Fournier se dit retenu à Montréal par une indisposition et ne fait pas partie de la délégation. Claude se demande si le fait qu’il ait été, durant plusieurs années, député libéral de Montréal et maintenant sénateur libéral, a quelque chose à faire avec son absence.

Diefenbaker est dans la salle d’attente de ses bureaux du East Block au parlement lorsqu’il accueille chaleureusement la délégation montréalaise. Les bureaux du Premier ministre du Canada sont en enfilade et les portes de chacun sont en périmètre du bâtiment et ouvertes. Cet arrangement ressemble à celui des maisons royales de France. Il est de bonne humeur et invite les délégués à le suivre. Tout à coup, il s’arrête vis-à-vis une grande et haute fenêtre à travers laquelle on aperçoit la tour du parlement pour souligner la beauté et l’élégance de l’architecture. C’est clair qu’il est très heureux dans cet environnement. Avant de continuer, il pointe du doigt un buisson tout près et souligne que Sir John A. Macdonald, le premier des Premiers ministres du Canada, qui aimait taquiner la bouteille, avait été vu en train d’uriner derrière ce buisson. Ce buisson était ainsi devenu célèbre. Il trouve cela  très drôle. Finalement, tous arrivent à son bureau qui est magnifique. Sa longue table de travail est située devant un immense foyer de pierres auquel Diefenbaker fait dos et les fauteuils sont tous autour. Un homme attendait dans le bureau et il est présenté par le Premier ministre. C’est J. A. Roberts, le sous-ministre adjoint au commerce. 

La réunion commence par de bons mots de Diefenbaker, des remerciements à chacun d’avoir travaillé pour la promotion d’une exposition au Canada et l’expression de toute sa sympathie envers ce projet. Hamilton invite Asselin à dire quelques mots. Celui-ci remercie le Premier ministre de son accueil et à son tour demande à Longval de présenter le mémoire. Tout se passe en anglais car Diefenbaker ne maîtrise pas la langue française. Le document est bilingue et épais comme l’annuaire téléphonique de Montréal. Il feuillette le rapport rapidement et semble chercher quelque chose. Au bout de quelques minutes de lecture, il interrompt Longval en fermant sa copie du mémoire et en le poussant d’un geste rapide sur le côté droit de son bureau. « these reports are always the same thing, you say this, you say that…Roberts, assis sur un sofa au mur latéral du bureau, sourit. Les délégués surpris de ce geste brusque sont froissés. Tous les efforts et les coûts qui ont été faits pour la préparation du mémoire semblent soudainement avoir été inutiles. Claude est désappointé de l’attitude de Diefenbaker. Celui-ci, imperturbable, pose deux questions: « How much is it going to cost ? » et « what does Duplessis think ? ». Asselin explique que les démarches faites auprès de Duplessis sont positives. Quant à l’aspect financier, il n’a pas été fouillé à fond par les auteurs du mémoire. Cependant, ils y signalaient que cela constituait son point faible et soumettaient l’idée suivante : « Que le gouvernement fédéral, les gouvernements provinciaux et les conseils municipaux se partagent les frais de l’exposition car tous en bénéficieront » en ajoutant « que tous les gouvernements intéressés entament des discussions de façon à permettre une entente prochaine à ce sujet ». Ces phrases sont la pierre d’achoppement de la présentation.  

Diefenbaker affirme qu’il ne peut endosser totalement le projet sans en connaître le coût et demande que le comité lui soumette un mémoire détaillé des frais d’une telle exposition. La délégation se demande si un tel mémoire peut être préparé et à temps pour son étude par le Premier ministre. C’est le 4 mai que le Canada doit présenter son application au Bureau International des Expositions. Culkin, un grand et gros homme, met la main sur le bureau du chef du gouvernement et d’un ton énergique lui dit : « Sir, we came here for leadership ». Claude est surpris de cet éclat et, pour calmer les esprits, explique au Premier ministre que si le gouvernement ne présente pas sa demande au BIE, il est fort probable que l’Exposition universelle ira aux USA, car la dernière a eu lieu en Europe et qu’un changement de continent est probable. L’Autriche est le seul autre pays qui montre de l’intérêt actuellement. Si le Canada est en lice avec Montréal comme site, il a de bonnes chances d’être choisi puisqu’elle est l’endroit idéal où se synthétise l’activité sociale, économique et culturelle du Canada. Diefenbaker dit comprendre cela et demande à Roberts de rester avec lui dans son bureau, après la réunion, pour discuter de la situation. Après 40 minutes, elle se termine sur la conclusion que Diefenbaker est très intéressé mais craintif quant à l’aspect financier. C’est un demi-échec.  

Le comité revient à Montréal avec la ferme volonté de présenter dans un bref délai le second mémoire au Premier ministre. Il est remis à temps avec un estimé des coûts et des revenus basés sur ceux de l’exposition de Bruxelles. Il traite du partage des frais entre les gouvernements fédéral, provincial et la ville de Montréal. Il souligne que 40 millions de visiteurs ont fréquenté l’Exposition de Bruxelles et dépensé plus de 300 millions de dollars. Il ajoute qu’en 1957, des 29 millions de visiteurs américains venus au Canada, plus de 13 millions sont restés pour quelques jours et ont dépensé plus de 290 millions. Par contre, les Canadiens ont dépensé 403 millions aux USA. Le comité juge qu’à cause de l’Expo, une grande partie de cet argent sera vraisemblablement dépensé au Canada. Il recommande que le ministère du commerce canadien devienne le responsable de l’Expo.  

Dans les jours qui suivent, Claude rencontre Jean Drapeau pour le briefer sur l’avancement du dossier. Drapeau n’oubliera jamais ce geste. 

Le 4 mai, le Canada remet son application au BIE et propose Montréal comme site de l’Exposition. Diefenbaker a fait sa job. Trois pays sont en lice : Le Canada, l’Autriche et, surprise, l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques « l’URSS » qui propose Moscou comme site. Les USA ont décliné l’invitation.  

Claude est très fier d’avoir contribué, dès le premier jour, à ce succès. La présentation officielle est fixée à la fin de mars 1960. Il ne sera plus, à ce moment-là, président de la Jeune Chambre de Montréal et son implication dans le dossier est terminée.  

À cette date, la délégation de Montréal, à laquelle participent le maire Fournier, le ministre provincial Paul Beaulieu et le sous-ministre Roberts, se rend à Paris pour la réunion du BIE. Elle est remplie d’espoir. Cependant, le vote est reporté au 5 mai 1960 à la demande de l’URSS. Pour cette autre rencontre, une nouvelle délégation canadienne est formée avec le ministre Hamilton à sa tête, Pierre Sévigny, ministre associé de la Défense Nationale, le ministre Beaulieu, le maire et le conseiller commercial de l’ambassade du Canada, R. Campbell-Smith. La délégation apprend que l’Autriche renonce à présenter la candidature de Vienne. L’espoir grandit encore. Le vote nécessite cinq tours et finalement Moscou est choisie par un vote de seize voix contre quatorze. La déception à Montréal comme au Canada est immense.  

Mais un coup de théâtre attendait les Montréalais. En avril 1962, Moscou se désiste. Dès qu’il apprend la nouvelle, Jean Drapeau, réélu maire de Montréal depuis octobre 1960, rencontre le nouveau Premier ministre du Québec, Jean Lesage, qui accepte de renouveler la proposition au BIE. Diefenbaker accorde à nouveau son soutien à Montréal comme site. De leur côté, les membres du BIE, désappointés du retrait des Russes, décident unanimement de confier l’Exposition universelle pour le Canada. À leur réunion du 13 novembre, ils confirment le choix de Montréal pour la tenue d’une exposition universelle en 1967.

Claude est très fier de cet honneur qui jaillit sur son pays et sa ville. Il est impressionné par Diefenbaker qui, par deux fois, a été loyal à Montréal. Il a été sincère et réaliste et Claude reconnaît que sans le Premier ministre du Canada, Montréal n’aurait pas été choisie pour tenir l’Exposition universelle. Il estime que les Montréalais lui doivent beaucoup. Claude a aussi remarqué le travail efficace de Jean Drapeau.

 

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