la visite parlementaire à Ottawa

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La visite parlementaire à Ottawa 

Le 9 avril 1959 est la journée de la visite parlementaire de la Jeune Chambre de Montréal à Ottawa. Plus de 100 membres font de la délégation. La journée comprend la visite du parlement (Chambre des communes et Sénat), des édifices parlementaires et de la ville de la Capitale Nationale. Les membres rencontreront les chefs des partis nationaux, les ministres représentant le Québec, les députés québécois des deux grands partis fédéraux, le président de la Chambre des Communes Roland Michener et assisteront à la présentation du mémoire de la Jeune Chambre au très honorable Premier ministre John Diefenbaker.  

Le matin à 7h55, tous sont à bord du train qui quitte la gare Windsor. Les membres sont enthousiastes et joyeux. L’entrain est palpable et la camaraderie exceptionnelle. Deux heures plus tard, ils sont à Ottawa.  La rencontre avec le Premier ministre est fixée à 14h00 et le train de retour, à bord duquel on servira un buffet aux membres, quittera Bytown à 18h50 pour arriver à temps à Montréal pour voir la partie de hockey.  

Georges Tassé et son comité ont mis sur pied un programme complet et s’occupe de tous les détails d’organisation afin que tout se passe sans anicroche. Ils ont même prévu une photo du groupe avec tous les députés de Montréal devant le parlement. Ce sera un souvenir qui leur rappellera les évènements de ce jour.  

La délégation arrive sur la colline parlementaire et même si la plupart des membres n’en sont pas à leur première visite, ils sont encore impressionnés par la splendeur du site. L’édifice central du parlement et ceux qui le flanquent à l’est et à l’ouest forment un ensemble architectural remarquable dominé par la Tour de la paix de 304 pieds de hauteur.  

Ils ont été inaugurés en 1866, un an avant la Confédération du temps du Canada Uni. L’édifice du centre regroupant le parlement et la bibliothèque brûla complètement en 1916 et fut reconstruit en pleine première guerre mondiale pour être inauguré en 1922. Le bâtiment majestueux reflète la puissance et conserve le style néogothique original. Il est l’œuvre de deux grands architectes, Jean Omer Marchand et John Pearson. L’ensemble est d’une vivacité étonnante avec ses reliefs, les décors des murs de pierre, les gargouilles, les sculptures d’oiseaux, d’animaux et ses frises de pierre qui racontent l’histoire du pays. Les architectes ont créé une atmosphère solennelle en favorisant des éclairages naturels et artificiels des planchers de marbre et des plafonds en voûte.

La Tour de la paix fut terminée en 1927 et rappelle l’engagement du Canada pour la paix.  Au troisième étage, loge la « Chapelle du souvenir » en hommage aux Canadiens victimes des guerres auxquelles le Canada a participé depuis la Confédération. Tout en haut, on peut voir de la galerie d’observation toute la vallée de l’Outaouais et observer le carillon de 53 cloches avec lequel le carillonneur donne régulièrement des récitals aux visiteurs sur la colline. Il marque aussi la demi-heure et l’heure comme le Big Ben de Londres. 

La magnifique grande Bibliothèque et le hall de la Confédération séparent les salles de débats et de décisions. Du côté ouest, se trouve la Chambre des communes. Du côté est, le Sénat. La salle rectangulaire de la Chambre est décorée de tons de vert. Les architectes ont choisi le chêne blanc et la pierre calcaire du Manitoba pour créer une atmosphère de puissance pour l’endroit. Le plafond est peint d’armoiries. Les vitraux sont de couleurs éclatantes et représentent les emblèmes floraux des provinces et des territoires. C’est une salle impressionnante. 

Le Sénat, dit la chambre haute, est tout de rouge à cause du reflet de la couleur du tapis. Le mobilier est de style royal et le plafond aux feuilles d’or ajoute une splendeur pertinente. Tous les noms des anciens gouverneurs généraux du pays sont sculptés au plafond. La  partie supérieure des murs illustre des scènes de la première guerre mondiale et la partie basse est de sculpture de bois et de pierre avec motifs de la faune et de la flore du Canada.

La majorité des ministres et des députés logent dans l’édifice Ouest, tandis que le Premier ministre Diefenbaker a ses bureaux dans l’édifice Est, près de ceux qu’occupait le Premier ministre du Canada, John A. Macdonald.   

Vers deux heures, avant la période des questions à la Chambre des Communes, le groupe se réunit dans une grande salle du parlement pour y rencontrer le Premier ministre Diefenbaker et lui présenter le mémoire. Encore une fois, c’est Me Jacques Mongeau et son comité qui l’ont préparé avec la participation de Claude. La salle donne sur le hall de la Confédération. Tous les députés et les sénateurs de Montréal et de la région sont là. Le Premier ministre du Canada arrive, à l’heure convenue, accompagné de son lieutenant politique du Québec, le ministre Léon Balcer, député de Trois-Rivières, et de l’honorable Roland Michener président de la Chambre des Communes. Ils sont reçus avec enthousiasme et le Premier ministre s’attarde à serrer le plus de mains possible. Diefenbaker a de la prestance et de la présence. Les membres s’approchent et les attroupements autour de lui sont de vraies images de campagne électorale.  

Le mémoire porte sur le Port de Montréal et les conséquences de la nouvelle voie maritime du Saint-Laurent sur ses activités. Elle sera ouverte à la navigation le 25 avril 1959 (16 jours après cette visite parlementaire) et inaugurée officiellement par la reine et le président des USA, le 26 juin suivant. Le mémoire suit la ligne de pensée de celui présenté au Premier ministre Duplessis à Québec, en décembre dernier, qui traitait des conséquences de l’ouverture de la voie maritime sur la métropole et sur l’économie du Québec. Par contre, il vise plus spécifiquement l’avenir du port de Montréal qui relève du conseil des ports nationaux créé par le gouvernement fédéral en 1936.   

Le Premier ministre se dirige vers l’avant de la salle. Il n’y a pas de microphone mais l’acoustique de la salle est bonne et chaque membre pourra comprendre tout ce qui se dira. Claude prend la parole et le remercie d’avoir bien voulu accueillir la Jeune Chambre au parlement, lui présente la délégation, remercie les ministres et députés de leur présence, rappelle au Premier ministre sa visite surprise à la Jeune chambre lors de la soirée d’accueil des nouveaux membres à l’hôtel Windsor. Il lui remet le mémoire alors que les copies françaises et anglaises du texte sont distribuées à tous les participants. D’autres sont remises aux invités et à la presse nationale Tout se passe debout, sans table, sans lutrin, et cela surprend Claude qui entrevoyait un scénario comme celui de Québec. De plus, le Premier ministre est pressé par le temps et son secrétaire avise Claude que tout doit être terminé dans 30 minutes.  

Claude commence et lit un résumé anglais du mémoire, par courtoisie pour le Premier ministre. Le port de Montréal, dit-il, n’est pas un port de la voie maritime du Saint-Laurent. Celle-ci commence à l’écluse de Saint-Lambert, en amont du port de Montréal, jusqu’aux Grands Lacs. Les bateaux qui, avant l’ouverture de la voie maritime, déchargeaient à Montréal, vont dorénavant passer tout droit pour se rendre vers les ports des villes américaines ou canadiennes situées sur la voie maritime (il y en a une cinquantaine) à l’intérieur des terres de l’Amérique du Nord. Montréal ne peut qu’en souffrir.  

La Jeune Chambre a quelques suggestions pour compenser le Port de Montréal de son manque à gagner. Elle propose dans un premier temps que le port se donne une gare maritime importante pour bien servir et augmenter appréciablement le nombre de visiteurs arrivant par bateau à Montréal. La Jeune Chambre considère que la ville avec son cachet de vieux pays européen ne peut que plaire aux Américains. Pourquoi traverser l’Atlantique quand on peut trouver en Amérique une province avec ce caractère. Les croisières peuvent prendre leur origine aux ports des villes de l’est américain, donnant sur l’Atlantique, et amener les touristes à Montréal par le majestueux fleuve Saint-Laurent avec des escales aux îles françaises de St-Pierre-et-Miquelon, aux îles-de-la-Madeleine et dans les provinces maritimes Les voyageurs peuvent aussi partir de Montréal pour l’Europe et vice-versa.

Dans un deuxième temps, Claude propose de garder ouvert le chenal du Saint-Laurent durant l’hiver entre Québec et Montréal avec la venue des brise-glaces. Cela permettra une navigation toute l’année et une activité portuaire allongée de quelques mois. Montréal aurait alors un avantage sur la voie maritime qui sera fermée en hiver. Le port de Montréal sera ouvert à la navigation en toutes saisons jusqu’à l’Atlantique situé à 1,000 milles sans écluse. 

Enfin, le mémoire souligne que le port de New York fait d’importantes affaires avec la manutention de conteneurs et suggère que Montréal se donne une infrastructure pour recevoir les conteneurs qui seront, par la suite, envoyés par trains ou camions à leur destination finale. Le port pourrait ainsi desservir le Québec, le centre du Canada, le Midwest et le nord-est américain pour tous les bateaux arrivant du monde entier. Toute cette activité nouvelle pourrait augmenter de beaucoup les tonnes de marchandises manutentionnées par le port et nécessiter une gare intermodale. 

Avant de conclure, Claude rappelle au Premier ministre que la Jeune Chambre de Montréal avait maintes fois proposé l’adoption d’un drapeau distinctif pour le Canada, lors de ses visites parlementaires annuelles à Ottawa. Puis, il remercie le Premier ministre de sa bonne attention et de la courtoisie avec laquelle il a reçu sa délégation.  

Diefenbaker remercie et félicite tous ceux qui ont décidé de participer à cette rencontre. Il voit là un bel esprit civique tout à l’honneur de chacun et de la Jeune Chambre. Il félicite Claude de son anglais, en français. Les membres constatent qu’il a beaucoup de difficulté avec la langue de Molière, mais fait des efforts. On dit qu’il prend des cours privés pour l’apprendre. Claude croit que c’est tout à son honneur. Enfin, il félicite les auteurs du mémoire pour avoir proposé des actions concrètes et pratiques. Il souligne que quelques-unes des recommandations sont déjà à l’étude et que la Jeune Chambre a montré qu’elle a du flair en touchant ces points précis. Il est heureux de la rencontre et demande à son lieutenant Léon Balcer de dire quelques mots. Balcer aussi se montre enchanté de la visite des jeunes gens d’affaires de Montréal, du mémoire et affirme que la porte du parlement leur sera toujours ouverte. La rencontre se termine par la sortie du Premier ministre qui doit maintenant faire vite pour rentrer à la Chambre des communes car la cloche l’appelle. 

Les membres sont invités à monter aux tribunes de la Chambre pour assister à la période des questions. Pour la plupart, c’est la première fois qu’ils voient le nouveau chef du parti libéral du Canada, Lester B. Pearson gagnant du prix Nobel de la paix en 1957. Il préside un parti qui n’a que 49 députés à la Chambre des communes. C’est un homme calme, réfléchi, respectueux qui sait poser des questions pertinentes qui vont directement au point. Claude le trouve impressionnant. Il est l’antithèse de Diefenbaker qui est charismatique, prêcheur et tribun. Même dans son costume il est différent car il porte une éternelle boucle papillon au lieu de la sempiternelle cravate comme tous les autres députés. Après la période de questions, Claude et la délégation le rencontrent brièvement, par respect et courtoisie, pour le saluer et lui remettre une copie du mémoire. 

Le tour de ville, la visite de l’hôtel de la monnaie et du musée de la guerre viennent conclure la visite à Ottawa. Elle a été similaire à la première rencontre parlementaire à laquelle Claude participa en 1956 alors que Louis Stephen Saint-Laurent était le Premier ministre. Cette fois-là, la délégation avait été dirigée par le président Maurice Déry.

En rapport avec les suggestions du mémoire, le gouvernement fédéral décidera en 1962 d’utiliser les brise-glaces pour maintenir ouvert le chenal entre Montréal et Québec durant la saison hivernale et le Port de Montréal deviendra un port ouvert à l’année. En 1967, le Port de Montréal inaugurera la manutention des conteneurs et en 2006, il sera un des leaders dans ce domaine en Amérique alors qu’il en manutentionnera plus d’un million.

 

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