Le salon de coiffure d'Antoinette

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Le salon de coiffure d’Antoinette

Les mois passent et Jean-Claude a maintenant huit mois. Pour Antoinette, le moment est venu de rejoindre son mari au magasin. Il achète pour elle l’équipement le plus moderne : une machine électrique pour les « permanentes » qui ressemble à une pieuvre, avec ses longs fils la reliant à chacune des mèches de cheveux des clientes, que l’on roule sur les fers chauds. Elle inaugure son salon. Elle aime son métier et s’habitue vite au travail. Elle est motivée par la confiance que ses clientes lui témoignent. Sa r
éputation se répand comme une traînée de poudre et elle se crée vite une bonne clientèle, particulièrement chez les bourgeoises aisées du square Sir-Georges-Étienne-Cartier. Elles aiment beaucoup « Madame Dupras ». Elles se sentent valorisées, elles sont ravies de leurs coiffures et ne peuvent plus se passer d’elle pour leurs coupes de cheveux, leurs teintures et leurs « permanentes ». Elles reviennent chaque semaine et surtout la veille des « grandes » activités locales : fêtes religieuses, bals, réceptions pour dignitaires de passage dans le quartier, tombolas etc. Antoinette fait des heures supplémentaires, jusqu’à tard dans la soirée du jeudi et du vendredi, pour en satisfaire le plus grand nombre possible. Souvent, le samedi, le fardeau de travail est encore plus lourd. Les retardataires arrivent à la dernière minute : « Madame Dupras, excusez-moi, mais vous devez absolument m’aider, je sais que vous comprenez, je vous en prie… » Les raisons sont toutes plus abracadabrantes les unes que les autres. Comme elle ne sait pas dire non, elle accepte plus souvent qu’autrement.

Antoinette aimerait bien s’adjoindre une coiffeuse pour l’aider. Charles-Émile l’encourage d’ailleurs en ce sens. Soucieuse de la précarité de leur situation financière, elle lui répond : « Émile, il vaut mieux payer ce que l’on a déjà acheté avant de se lancer dans d’autres dépenses ». Mais derrière cette raison s’en cache une autre. Elle n’est pas sûre de pouvoir faire confiance à une autre coiffeuse pour satisfaire ses clientes. Arrive pourtant le moment où elle est complètement surchargée. Charles-Émile vient à bout de ses hésitations et engage une jeune fille, peu expérimentée, Yolande. Celle-ci la secondera, fera les shampooings, répondra au téléphone, en plus de s’occuper de l’entretien du local. Cela soulage Antoinette qui, tout en coiffant ses clientes, l’initie aux rudiments du métier. Yolande apprend vite et prend une part de plus en plus active à la coiffure de ces dames.

Charles-Émile et Antoinette sont compétents et ils aiment bien leur métier. Ils doivent leur succès à la satisfaction de leur clientèle. Pour eux, les clients ont toujours raison et ils occupent une place de premier rang dans leur vie.

Charles-Émile a pris en charge les achats, le paiement des dépenses générales, la caisse et la comptabilité. Malgré leur labeur incessant, les profits sont minimes. Les tarifs sont bas et les mensualités pour les achats d’équipements sont élevées. Mais les perspectives d’avenir sont encourageantes. Il se découvre des qualités d’homme d’affaires.

Chaque jour, vers midi, Antoinette rentre vite à la maison pour nourrir Jean-Claude qu’elle fait garder toute la journée, souvent par une tante, par la fille des voisins, ou même par sa mère Alexandrine qui a cessé de se montrer négative envers Charles-Émile. Mais la plupart du temps, elle l’amène au salon et s’en occupe sur place. Le soir, fourbue, elle rentre, prépare le souper, fait le ménage, prend soin du petit et discute de l’avenir avec son mari. C’est une femme mariée qui travaille, chose rare pour l’époque.
 

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