vendredi 23 juin 2006  

Karzaï a raison

Inquiet


 

Président de l'Afghanistan, Hamid Karzaï vient de demander aux forces armées américaines et à celles de la coalition, qui font la guerre dans son pays, de changer de tactique. Il déplore que celle qui est suivie depuis un mois ne porte pas de fruit. Au contraire, la réaction se traduit par un nombre croissant d’attentats de la part des Talibans. Il a raison.

 

Ce matin, à la télé de Radio Canada, je viens de voir un reportage d’un journaliste qui,  incorporé à un peloton canadien, l’a suivi quelques jours. Nos soldats attaquent des villages pauvres, visitent chaque maison en défonçant brutalement la porte avant, retrouvent des femmes craintives et des enfants affolés, les séparent des hommes et interrogent individuellement ceux-ci pour détecter s’ils appartiennent au mouvement des Talibans. De plus, le capitaine interroge le patriarche du village et étale devant lui une liasse épaisse de $CDN pour l’inciter à divulguer les noms des Talibans parmi son clan. Fier, le patriarche refuse l’offre monétaire en affirmant que l’on n’agit pas ainsi dans son pays. Ce fut une scène disgracieuse qui m’a écoeuré. On est loin de la force de maintien de la paix pour laquelle le Canada était reconnu.

 

Le Canada en Afghanistan copie les USA. Nos soldats au front sont en danger et agissent comme des barbares envers des citoyens qui vivent des vies normales dans leur pays. De vrais GIs. Je blâme l’ex PM Paul Martin d’avoir joint la coalition à la demande de l’ONU et d’avoir changé ainsi la nature de nos interventions militaires dans les autres pays. Il a subi les pressions du président Bush et n’a su résister. Pourtant l’ex PM Jean Chrétien, qui le précédait, s’était tenu debout et avait empêché que le Canada ne joigne les USA pour la guerre d’Irak. Combien de morts aurions-nous déplorés depuis s’il avait accepté et qu'est-ce que cela aurait changé ? Je ne suis pas heureux, non plus, de la décision du PM Stephen Harper d’allonger, jusqu’en 2009, la période de temps pendant laquelle nos forces seront en Afghanistan. De plus, il vient de décider de dépenser des milliards de $ pour rééquiper nos forces armées. Nous sommes dans une spirale guerrière ascendante et cela ne nous mènera nulle part. Le Canada perdra sa réputation de pays de paix dans le monde. Estimés et aimés partout sur la planète, les Canadiens risquent de subir, dans le futur, le mépris des peuples de la terre comme c’est le cas, actuellement, pour les Américains. Nous ne sommes pas de cette nature et savons que l’on ne règle pas les problèmes à coups de poings. Il est temps que l’opposition se ressaisisse et arrête la tendance actuelle. La population canadienne lui sera reconnaissante.

 

Claude Dupras