Normand Bethune

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Norman Bethune  

Lors d’une séance de films éducatifs dans l’amphithéâtre du collège, en septembre 1949, un film de l’Office National du Film présente la vie du docteur Normand Bethune, chirurgien thoracique de Montréal. Claude est estomaqué par tout ce qu’il apprend sur la vie de ce Montréalais. Il découvre qu’il a été déclaré héros national en Chine par le président Mao Tsé-Toung. Il en parle à Charles-Émile qui admet ne pas connaître Bethune mais, par contre, ne semble pas avoir une bonne opinion de Mao. Il affirme avoir toujours supporté son adversaire Tchiang Kaï-chek. Tout cela « c’est du chinois » pour Claude.

Claude apprend que Bethune a été un homme cultivé, sincère, généreux, désintéressé, solidaire du genre humain, socialiste et prêt à tout sacrifier pour l’accomplissement de ses idéaux. En 1936, il a quitté une première fois sa profitable pratique médicale à Montréal où il a atteint une belle renommée, pour devenir volontaire en Espagne et aider la cause des loyalistes lors de la guerre civile. Rendu là-bas, il se rend compte du problème important créé par le manque de sang pour les soldats blessés. Il décide de renoncer à son rôle de chirurgien pour mettre sur pied une unité mobile de transfusion sanguine pour collecter le sang de donateurs et le fournir aux hôpitaux et aux soldats du front. Il sauve d’innombrables vies.

En 1938, motivé par ses idées prolétariennes, Bethune se joint aux forces révolutionnaires de Mao en Chine et devient chef médical de l’armée rouge. Il constate le manque total de soins médicaux dans la région qu’occupe Mao où vivent plus de 13 millions de personnes. Il crée une vingtaine d’hôpitaux pour enseigner la médecine et traiter les malades. Il met sur pied des unités mobiles médicales, tirées par des mules et sauve la vie à de nombreux soldats chinois qui combattent les Japonais. Il opère à un rythme fou. Une fois, il opère pendant 69 heures consécutives pour traiter d’urgence 115 individus. Un jour, il se coupe accidentellement à la main gauche durant une opération alors qu’il n’a pas de gants chirurgicaux. Il la plonge dans l’iode, comme à l’habitude et continue l’opération. Mais la plaie, cette fois, ne guérit pas. L’infection se répand à sa main, à son bras. Il refuse l’amputation. Son corps est infecté. Au Canada, il existe des médicaments pour le guérir, mais dans ce coin perdu de la Chine, il n’y en a pas. Il écrit son testament et y inclut d’abord la liste des produits pharmaceutiques requis par l’armée rouge et demande à ses légataires de les acheter et de les livrer à Mao. Il ajoute « ces deux dernières années furent les plus importantes de ma vie, j’ai retrouvé le sens de ma vie, ici, parmi mes camarades… ». Il meurt en Chine le 12 novembre 1939. Mao lui rend un vibrant hommage : « nous le commémorons et cela démontre comment son esprit de dévouement nous a inspiré, nous devons apprendre de son esprit de sacrifice pour autrui, un homme peut être petit ou grand mais s’il a cet esprit il est noble et grand, un homme d’une intégrité morale dépassant l’intérêt personnel, un homme de valeur pour la nation ». Les enfants dans les écoles chinoises devront apprendre dorénavant cet éloge de Mao pour le docteur Bethune, comme une leçon de vie.

Bethune devient une des idoles de Claude. Chaque fois qu’il passe rue Maisonneuve, à Montréal, au coin de la rue de la Côte-des-Neiges, il ne manque pas de regarder sa statue érigée dans le petit parc pour rappeler la vie de cet homme hors de l’ordinaire. Il est triste à penser que peu de jeunes Montréalais le connaissent car Bethune pourrait être pour eux, comme pour lui et pour des millions de Chinois, un modèle d’homme de principe et d’action et un bel exemple de ce que peut faire la solidarité entre les hommes. 

Les relations de Bethune avec Mao ont intrigué Claude et cela le pousse à en apprendre davantage sur ce dernier. Il connaît si peu le peuple chinois. Il conserve toujours les cartes des petits Chinois qu’il a achetées jadis de la Sainte-Enfance et qui montrent la photo de chacun, son nom et sa ville. Il en a une vingtaine car il a été très généreux en donnant sa collection de timbres et il les garde précieusement (ou naïvement) au cas où il irait en Chine, un jour. Il y a aussi les Chinois de Verdun qui sont peu nombreux (il n’y a que 1,500 Chinois sur les 1,32 millions de personnes sur l’île de Montréal) et qui opèrent de petites boutiques de nettoyage et de pressage de vêtements. Ils ne parlent ni l’anglais ni le français. Charles-Émile, qui pense politique, présume qu’ils penchent tous vers Tchiang Kaï-chek. Souventes fois, Claude va porter « chez le Chinois » une pile de linge pour Antoinette. Vêtu de sa longue tunique noire avec sa calotte de même couleur, d’où sort une longue tresse de cheveux noirs qui descend dans son dos, le Chinois lui remet un bout de papier déchiré sur lequel il a inscrit des idéogrammes chinois avec un long pinceau à poils, rond, trempé dans une bouteille d’encre noire. C’est le reçu qui devra être présenté dans quelques jours pour reprendre le linge propre et pressé. Le Chinois utilise son boulier chinois pour faire ses comptes et Claude est émerveillé par la vitesse avec laquelle il calcule avec ses boules. Il aimerait bien savoir comment l’utiliser et a envie de posséder une telle calculatrice, mais malheureusement le Chinois ne peut l’expliquer et il n’y a pas de bouliers en vente à Montréal.

 

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