Les relations du Canada et des USA

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le 22 juin 2005

les relations du Canada et des USA

Confiant

 

Dans un livre qu’il vient de publier et qui est commenté par TIME magazine le 13 juin dernier, Derek Burney, l’ex-chef de cabinet de l'ex PM Brian Mulroney et ex ambassadeur du Canada aux USA, fait l’éloge des bonnes relations qui existaient entre Mulroney et l’ex président Georges Bush et des conséquences positives qui en découlaient pour le Canada.  Il affirme que Colin Powell lui avait révélé que le national secretary adviser de Bush craignait les appels de Mulroney car il savait que celui-ci pouvait obtenir ce qu’il voulait du président.

 

C’était un période où le PM avait en fait une bonne entrée à la Maison-Blanche et des projets importants comme « le traité de libre échange » de 1988 et celui de l’ « entente sur la qualité de l’air » en 1991 furent adoptés. Nos pays vivaient des moments importants. Mais qui voulait quoi? Mulroney qui n’était pas initialement favorable au libre-échange, contrairement à Bush qui l’était, en est devenu le principal apôtre. Alors qui a eu l’initiative ? Tout indique qu’elle est venue des USA. Mulroney en l’appuyant c’est sûrement gagné les sympathies de Bush. De toute façon, ceux qui connaissent Mulroney savent qu’il possède une qualité unique d’entregent et sait se faire aimer. Les relations entre le Canada et les USA s’en sont senties renforcis durant tout le temps qu’il fut à la tête du pays, comme elles le furent avec la France de Mitterrand, l'Angleterre de Mme Thatcher et l'Union Soviétique de Gorbachev.

 

Burney, un conservateur, critique Jean Chrétien et l’accuse d’avoir diminué la capacité de notre pays à défendre ses intérêts nationaux. Il oublie que les relations pré-Irak entre Chrétien et Bush fils, George W, étaient exceptionnelles. La télé les montrait chummy-chummy  et tout coulait parfaitement. C’était « John » par ci et « George » par là et les deux chefs se tapaient mutuellement dans le dos à chaque occasion.  George W. promettait de venir à Ottawa le rencontrer.  Mais vint sa décision unilatérale d’entrer en guerre avec l’Irak. Chrétien refusa d'enbarquer le Canada dans cette galère, tout comme le président Fox pour le Mexique, Chirac pour la France, le chancelier Schröder pour l'Allemagne et un grand nombre d’autres. Avant cette décision, les relations avec tous ses pays étaient très bonnes avec les USA. Elles sont devenues froides et inamicales. Quelques années plus tard, George W cherche à rapiécer ce qu’il a déchiré. Donc, le Canada comme les autres pays ont subi le même affront et cela n’avait rien de particulier à notre pays et rien à faire avec l’amitié entre nos chefs respectifs. Pendant ce temps, Stephen Harper, le chef du parti conservateur, dénonçait Chrétien et favorisait l’engagement du Canada dans cette guerre illégale non autorisée par les Nations-Unies. Ah ! s’il avait été PM, le Canada se serait joint à la guerre et les relations se seraient maintenues chummy-chummy. Big Deal ! Si Mulroney avait été le PM à ce moment là qu’aurait-il fait? Devant l’opinion publique canadienne largement défavorable à a guerre, je crois qu'il aurait probablement dit non. Que serait alors devenu les relations entre lui et George W ? Les mêmes qu’entre ce président et celui de la France et des autres qui ont dit non ?  Tendues, c'est le moins que l'on puisse dire car George W semble être motivé par sa propre loi de la jungle “if you are not with me, you are against me”.

 

Il est  surprenant de voir Burney, qui a été un grand fonctionnaire, un excellent ambassadeur pour le pays et un homme d'affaires important, parler comme un partisan qui ne tient pas compte de la réalité.  Il oublie trop facilement que Chrétien était devenu sur la scène internationale un personnage influent et aimé. Peut-être est-il influencé par le fait qu’il est membre du comité de transition de Harper dont le parti prendra vraisemblablement le pouvoir à la prochaine élection générale canadienne.

 

Il faut se rappeler les démêlés de l'ex PM John Diefenbaker avec le président Dwight Eisenhower lors de la prise du pouvoir de Fidel Castro en 1959, et par la suite avec le président John F. Kennedy qui exigeait que le Canada s'équipe de missiles américains Bomarc au lieu de faire la promotion des avions de chasse Arrow fabriqués au pays. Diefenbaker n'était pas très populaire à Washington. Il y a aussi le froid qui existait entre le président Ronald Reagan, un autre ami de Mulroney, et l'ex PM Pierre Elliot Trudeau. Reagan était agacé par ses positions politiques centre-gauche et l'aide qu'il apportait aux Cubains malgré l’embargo américain.  

 

Faut-il au nom de bonnes relations avec le président américain mettre de côté nos opinions et notre indépendance nationale ? Je ne le crois pas. Nous avons le droit de vouloir un monde plus sécuritaire tout en maintenant de bonnes relations politiques et économiques avec notre important voisin. Pour ce faire, le président des USA doit être capable d'être à la hauteur de la situation, ce qui n'est pas le cas actuellement.

 

Claude Dupras