Le festival du Mont-Saint-Louis

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Le festival du Mont-Saint Louis

Le festival du Mont-Saint-Louis est, dans le monde collégial montréalais, l’événement de réjouissances de l’année. Il a lieu annuellement à la fin de février au Forum de Montréal et est le plus attendu et le plus couru par la gente collégienne. Le festival est organisé par les élèves sous la supervision des frères Clément et Grégoire et le collège est le seul à Montréal à présenter une telle fête. Tous les élèves des écoles supérieures et des collèges dirigés par les Frères des Écoles Chrétiennes et quelques autres, sont invités à y participer et cela comprend, entre autres, ceux du collège Laval, des écoles supérieures comme Le Plateau, Saint-Stanislas, Saint-Viateur et Saint-Henri. Ils viennent d’aussi loin que de la ville de Québec qui est bien représentée par les élèves de l’Académie de Québec. Plusieurs écoles de religieuses sont aussi invitées.

Pour les élèves du collège, le festival est important puisqu’il couronne leur carnaval d’hiver. En 1951, Claude est nommé au comité organisateur du festival malgré qu’il soit le chef des cheerleaders. Le comité a beaucoup de travail et offre à chacun de ses membres une opportunité en or pour développer un sens d’organisation et de responsabilité car les tâches sont difficiles et importantes. Non seulement faut-il louer le Forum, mais il faut aussi préparer la programmation de la journée qui comprend la grande parade et toutes les activités du spectacle qui se dérouleront au Forum. Dans un premier temps, il faut s’assurer que les 12,000 billets soient vendus. Le comité, avec la collaboration étroite du frère Clément, appelle tous les élèves du collège à collaborer à la vente des billets. Il fait de même auprès des écoles dirigées par la communauté. C’est un succès, car en moins de quelques semaines la distribution est complétée et les billets disparus. Encore une fois, le Forum sera rempli à craquer pour le festival du Mont-Saint-Louis. 

La grande parade est annuelle tout comme le festival. Elle le précède et tous les élèves du collège y participent pour se rendre au festival. Elle part du collège vers le Forum par la rue Sherbrooke qu’elle emprunte sur sa pleine largeur. La circulation est assurée par la police de Montréal et sa collaboration est acquise grâce au maire Camilien Houde qui est un ami des Frères des Écoles Chrétiennes. En tête viennent les porteurs de drapeaux du collège, de la ville de Montréal, de la province de Québec, du red ensign canadien, du pape, du Sacré-Cœur et de quelques autres. Puis s’enchaînent les pelotons du corps de cadets, le corps de clairons et tambours et les élèves regroupés par niveau scolaire. Ces derniers tiennent des ballons multicolores, des banderoles, des pancartes et des identifications de toutes sortes. Le tout entrecoupé par la fanfare du MSL et par d’autres fanfares d’écoles participantes au festival. S’ajoutent des porteurs de larges pancartes préparées par les élèves et décrivant la vie et les activités du collège. Il n’y a pas de chars allégoriques car avec la neige de février ce n’est pas pratique. Le jour précédent la parade, une lourde bordée de neige est venue couvrir la ville et a elle été entassée par les employés de la ville le long des trottoirs de la rue Sherbrooke suite au déblaiement. Elle donne l’image d’un invitant et magnifique sillon blanc, par endroit très haut puisqu’il cache les piétons. Tout le long de la route, les Montréalais se montrent plus ou moins intéressés et vaguent à leurs affaires. Quelques fois des élèves ou étudiants d’autres institutions sont là et lancent des cris moqueurs à ceux du MSL. Au coin de la rue Berri, une troupe d’une vingtaine de scouts lancent, pour s’amuser, des « balles de neige » sur les participants au moment même où Claude passe. Il a son mégaphone et l’utilise pour demander poliment aux scouts de cesser ce qu’ils font. Les scouts n’obtempèrent pas. Il craint que les élèves réagissent mal, même si avant de partir du collège ils ont tous reçu les consignes sur la façon de se comporter tout au long du trajet du trajet. Il se dirige alors vers les scouts et, au premier contact, réalisent qu’ils sont Canadiens anglais. Dans leur langue, il leur rappelle qu’ils doivent faire une bonne action tous les jours, leur BA. Il leur suggère qu’en arrêtant de lancer de la neige, ils feraient leur BA de la journée. Ils le regardent surpris, un peu hébétés, tout en laissant tomber la neige de leurs mains au sol. Claude leur dit « thank you » et retourne à la parade heureux de s’être souvenu de l’obligation de la BA quotidienne que le mouvement scout impose à ses adeptes. 

Le programme du festival comprend beaucoup de compétitions entre les élèves du MSL et leurs invités. Parmi elles, on retrouve toutes sortes de courses de vitesse en patins, des sauts de barils, un tournoi de ballon-balai, une démonstration de patinage de fantaisie, des bouffons et des présentations de trophées pour les champions des lignes internes du collège. Il y a un tour de glace de certains joueurs du Canadien et c’est toujours un enthousiasme délirant. Puis c’est la grande partie de hockey entre le club du Mont-Saint-Louis et celui des étudiants de l’École Polytechnique. Le MSL gagne rarement car les joueurs de Poly sont plus âgés et quelques-uns sont des joueurs exceptionnels comme Jean-Paul Gignac. Il jouera avec le Montreal Royals et deviendra le président de l’Hydro Québec. Il y a aussi Laurent Gendron (un futur ami et associé de Claude) qui malgré sa petite taille est tout un joueur. Nonobstant ce passé peu reluisant, les frères font des efforts pour remporter la victoire. En 1951, ils recrutent comme élève Bernard Geoffrion, la grande vedette du Canadien junior. Il a une certaine renommée à Montréal et sera connu plus tard sous le nom de Boom Boom. Durant le temps où il est au collège, Claude est son partenaire de pool et il s’en réjouit car Geoffrion est aussi très fort à ce jeu-là.         

Aux portes du Forum, c’est la cohue. Le hall est rempli à pleine capacité par ce petit monde qui se laisse porter comme une vague vers leur siège. Il semble y avoir plus de monde que de sièges. Les allées latérales du Forum à l’arrière de la section des sièges rouges et à l’arrière de la dernière rangée de sièges sont remplies durant toute la durée du festival. Les jeunes garçons et les jeunes filles, tassés les uns contre les autres, circulent très lentement en faisant le tour complet de l’aréna. Claude comprend que plusieurs ne viennent au festival que pour vivre cet entassement gigantesque, se rencontrer et probablement chercher à se faire des « blondes » ou des chums.

Dès l’ouverture, Claude et sa troupe de cheerleaders sautent sur la glace et entraînent tous les élèves du MSL dans les cris et le chant qu’ils ont répétés. « Au coton ! » crie Claude. La réaction est fantastique. Tout va bien, l’enthousiasme est à son comble et le festival part sur un bon pied. Il se déroule bien. Mais il se termine comme d’habitude avec une victoire de Poly. Geoffrion n’a pu faire la différence. Malgré tout le festival est un grand succès et Claude, comme les membres du comité, est très fier. Les frères Clément et Grégoire jubilent. Quelques jours plus tard Boom Boom quitte le collège pour jouer sa première partie avec le grand club, le Canadien.

 

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