Le frère aimé

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Le frère aimé

Le frère Clément est omniprésent dans le collège. Il est de toutes les activités, l’ami de tous et un vrai modèle. Il est un homme extraordinaire, discipliné, conciliant, intelligent, généreux et dévoué. Il est le conseiller principal de Claude. En plus d’être enseignant, il est l’âme du corps de cadets et l’animateur du festival. Sa réputation transcende les générations d’élèves en particulier à cause d’un geste qui se retrouvera toujours dans la mémoire des anciens qui l’ont connu.

Le collège est situé dans un quartier pauvre où se concentre la prostitution à Montréal. C’est le redlight district. De la 3ième cour on peut apercevoir au-dessus du haut mur qui longe la rue Ontario est, le 312 situé au bout d’un long escalier au deuxième niveau d’une maison de trois étages. C’est le lupanar le plus renommé de la ville. C’est un quartier minable et ce sont des familles pauvres qui y trouvent refuge. Plusieurs mendient et d’autres viennent aux portes de la cuisine du collège sur la rue Sanguinet pour quêter de la nourriture. Un vieux bonhomme qui travaille à la cafétéria se fait un devoir de leur remettre quotidiennement quelques morceaux de jambon ou autres denrées pour les aider à survivre. Parmi ceux qu’il aide, se trouvent deux jeunes orphelins. Ce sont Jean-Guy et Jean-Claude. Le temps passe, les orphelins vieillissent et se séparent. Plusieurs années plus tard, Jean-Guy est toujours dans les alentours du collège. Un jour, quelques frères se prélassant au parc Lafontaine, rencontrent celui qu’ils pensent être Jean-Guy. Il semble ne rien faire de bon et traîne dans le parc « Bonjour, Jean-Guy, que fais-tu ici ? » lui disent-ils. Il répond « Je ne suis pas Jean-Guy, je suis Jean-Claude. Jean-Guy est mon frère jumeau mais je ne l’ai pas revu depuis 10 ans ». Les frères sont confus. Ils l’invitent à les accompagner au collège et lui disent qu’ils ont quelqu’un à lui présenter.

Il retrouve enfin son frère jumeau. Ils s’embrassent et pleurent. Ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Physiquement, ils sont rondelets, n’ont pas beaucoup de scolarité et ont une légère difficulté d’expression. Ce sont deux jeunes itinérants qui rôdent depuis leur enfance dans l’est de Montréal. Le frère Clément rencontre les jumeaux et leur offre de vivre au collège en leur proposant de s’occuper personnellement d’eux comme s’il les avait adoptés. Il leur dit que « tant que la communauté sera là, vous ne serez pas dans la misère ». Ils acceptent. Il leur trouve du travail au collège : le ménage, l’entretien du gymnase, l’installation et l’enlèvement des plaques de plywood sur le plancher de bois franc du gymnase pour les activités comme la partie d’huîtres annuelle, les activités sociales et les danses. Ils sont nourris et logés dans la maison des employés. Ils participent aux activités du collège. Les élèves les voient partout et sont familiers avec eux.  « aye, Jean-Guy (ou Jean-Claude) comment ça va ? », « ça va, ça va et toi ? » (ils disaient « et vous ? » jusqu’à ce que le frère Clément leur permette de tutoyer les élèves.

Vers la fin de sa vie alors qu’il sera à la maison de retraite des frères de la rue Darlington à Montréal, les jumeaux se trouveront un petit appartement de trois pièces et demi et pourront survivre grâce aux sommes d’argent amassées par leur ami dans l’organisation charitable « Les Marronniers » qu’il a créée pour ses œuvres de charité.  A sa mort, c’est le drame… ils doivent dorénavant s’arranger seuls. On dit qu’ils l’ont fait. 

Lorsque les anciens se rappellent le frère Clément, il n’est pas rare de voir des larmes à leurs yeux. Il a été un frère très aimé.

 

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