Le permis de conduire

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Le permis de conduire

Claude obtient son premier permis de conduire du bureau des permis situé à l’hôtel de ville de Verdun. C’est une formalité très simple. Il s’y présente avec Charles-Émile et répond aux questions : « savez-vous conduire ? », « qui vous a montré à conduire ? », « quel âge avez-vous ? », « avez-vous votre certificat de baptême ? ». C’est tout. Il signe le document et son père le contresigne car Claude n’a pas 21 ans. Cinq minutes plus tard, Claude sort du bureau avec son permis de conduire payé un dollar. Il existe pourtant une école de conduite renommée, Lauzon Driving school, mais les cours ne sont pas obligatoires. Ce sont les plus fortunés et aussi des femmes d’un certain âge qui profitent de ses services. Les cours théoriques de Charles-Émile ont été très rudimentaires. Comment changer de vitesse en pesant sur la clutch (les transmissions automatiques n’existent pas), comment utiliser le brake pour le protéger d’une usure trop rapide, à quelle distance se tenir de l’auto qui le précède, les limites de vitesse en ville et en campagne, comment reculer et utiliser le rétroviseur (les miroirs de côté n’existent pas sur les autos). Quant au cours pratique, il fait une dizaine de fois le tour du « bloc » (le pâté de maisons), parcourt la rue Verdun d’une extrémité à l’autre et roule dans quelques ruelles pour apprendre à se garer afin de laisser passer les camions de livraison. 

De retour à la maison, Claude exhibe son permis de conduire à sa mère qui lui sourit de satisfaction. Il lui demande aussitôt d’emprunter sa Morris pour aller à Polytechnique, ce qui la rend moins heureuse. Dans un premier temps, elle refuse car elle aime sa petite auto, la protège et craint les éraflures. Antoinette juge que son fils n’a pas suffisamment d’expérience pour affronter le trafic des grandes artères de Montréal avec les tramways qui circulent au milieu. Après quelques semaines, elle cède. Claude l’utilise rarement et seulement pour des cas particuliers. Tout va bien, il n’a pas d’accident et l’automobile revient intacte à la maison au grand soulagement d’Antoinette, jusqu’au jour où l’indicateur droit est brisé. Claude l’a cassé avec son épaule en se chamaillant avec un copain alors qu’il lui en faisait la démonstration. C’est un petit bras en métal d’environ huit pouces de longueur et un pouce et demie de largeur sur lequel est incorporé un réflecteur jaune. Encastré de chaque côté entre les deux portes, dans la partie haute, chacun des indicateurs s’élève lorsque le conducteur pousse un bouton sur le tableau de bord afin d’indiquer la direction vers laquelle l’auto va tourner. Seules les minis autos anglaises ont cette option. Les conducteurs des autres automobiles baissent la fenêtre et se servent de leur bras gauche (les clignotants n’existent pas). Antoinette est choquée et l’assure qu’il ne pourra plus prendre sa « machine ». Claude utilise le mot « char ». Après un certain temps, Claude le demande à nouveau, persiste et finalement elle cède encore. Ce jour-là, Claude revient à la maison avec une table à dessin achetée au magasin de Poly et l’a enfoncée, de peine et de misère, dans la partie arrière de l’auto. Lorsque Antoinette l’aperçoit par la fenêtre de cuisine, elle sort et n’approuve pas du tout ce qu’il a fait mais elle devient furieuse en voyant la finition intérieure du toit déchirée par un coin de la table. Le dégât est irréparable et la toile devra être changée même si la coupure n’a que six pouces de longueur. Cette fois : finie la permission de se servir de l’auto.

 

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