Laissons Duplessis continuer son oeuvre

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Laissons Duplessis continuer son œuvre

Claude devient un adepte de la politique. Il aime bien écouter les discours des hommes publics particulièrement ceux des ministres de l’Union Nationale. Il est ébahi par les qualités oratoires de ces hommes du cabinet provincial qui sont, à tour de rôle, les orateurs invités aux dîners causeries organisés par le parti à l’hôtel Windsor de Montréal ou à la salle Mercier de la rue Rachel. Ils sont tous, à son avis, de très bons orateurs. Omer Côté, Paul Beaulieu, Antoine Rivard et les autres ministres se surpassent de fois en fois et Claude est toujours de plus en plus émerveillé par leur grande facilité à parler en public. Il est très attentif, analyse leurs argumentations, mémorise les statistiques qu’ils énumèrent, note l’inflexion de leurs voix aux moments cruciaux et s’attarde à leur démarche. Il remarque qu’ils s’adressent toujours au public dans un bon français, souvent racé. Le « joual » est rejeté car bien parler est de rigueur. Ils parlent toujours en très haute estime de leur chef, Maurice Duplessis, qui a réalisé de grandes choses depuis 1944. Ils sont confiants dans l’avenir. Ils aiment se moquer du nouveau chef de l’opposition Georges-Émile Lapalme, ex-député fédéral de Joliette, qui vient d’être choisi à l’unanimité chef du parti libéral du Québec. C’est un homme cultivé, un intellectuel à l’air sévère qui sourit difficilement, mais il est honnête.  

Claude ne rate presque pas de dîners causeries et petit à petit s’imprègne de l’argumentaire politique du parti.  

Le thème principal des discours et le cheval de bataille de Duplessis sont l’autonomie provinciale. Depuis que sa demande de récupérer l’assurance-chômage et les impôts directs a été rabrouée par Ottawa (position appuyée par Londres), il ne manque jamais une occasion pour souligner « l’espoir qu’il serait possible d’en arriver à une entente fédérale-provinciale capable d’assurer à chaque gouvernement une répartition équitable et appropriée des pouvoirs financiers et fiscaux ». En 1947, le cabinet des ministres décrète un impôt sur le revenu des corporations. Il dénonce le gouvernement centralisateur d’Ottawa qui agit dans les domaines de compétence provinciale. En 1951, il refuse les subventions du fédéral aux universités du Québec afin de l’empêcher d’intervenir dans le domaine de l’éducation.  

En 1953, Duplessis forme une commission d’enquête sur les problèmes constitutionnels, sous la présidence du juge en chef Thomas Tremblay, en rappelant : « ..la province de Québec était la première province du Canada, peuplée par les pionniers du Canada. Si vous croyez que nous avons été un obstacle au progrès, nous sommes prêts à nous retirer. La province de Québec est capable de vivre et de se suffire à elle-même ». A Saint-Laurent qui réplique en attaquant férocement le gouvernement du Québec, Duplessis souligne « qu’aucun politicien anglais n’a osé affirmer que le Québec n’était pas différent du reste du Canada. Il a fallu un compatriote pour le dire ! Affiliation : jamais ! Abdication des droits fondamentaux : jamais ! Substitution des subsides fédéraux aux pouvoirs essentiels de taxation : jamais, jamais ! Contrôle direct ou indirect d’Ottawa sur nos écoles : jamais ! Sur nos universités : jamais ! Sur notre enseignement secondaire : jamais ! ». La bataille n’est pas facile car les universités ont un grand besoin d’argent. Mais il résiste. C’est la même situation dans d’autres domaines comme celui du réseau routier. Claude l’applaudit en se disant « à la guerre comme à la guerre ». 

Les élections provinciales sont déclenchées pour le 16 juillet 1952 et l’Union Nationale dévoile son slogan: « Laissons Duplessis continuer son œuvre ». Comme pour chaque lancement de campagne électorale depuis 1944, Charles-Émile et Claude se rendent à Trois-Rivières pour assister à l’ouverture de la campagne électorale. Fidèle à sa coutume, l’Union Nationale ne présente pas de programme politique officiel. En plus du sujet de l’autonomie, Duplessis parle des thèmes qui démontrent ses préoccupations : hôpitaux, développement industriel, lois sociales, routes, logements etc… et promet d’y travailler. Il aime le traditionalisme, glorifie l’agriculture, la famille, l’épargne et l’entreprise privée. Il n’aime pas le communisme car il le voit comme athée et opposé à l’effort individuel et au sens d’entreprise qu’il reconnaît chez les Canadiens français. Duplessis aime souligner les réalisations de l’Union Nationale : le crédit agricole, l’électrification rurale, l’assistance sociale, les subventions et la construction d’innombrables hôpitaux, de sanatoriums, la création du ministère du Bien-être social et de la Jeunesse, les milliers d’écoles élémentaires et supérieures, les universités avec l’accent sur les facultés des Sciences, les centaines de ponts, les 9,000 kilomètres de chemins pavés à ce jour et le développement minier du Nouveau-Québec. Il ne parle pas évidemment du patronage aux amis du parti mais souligne l’avantage pour les électeurs de « voter du bon bord » dans leur comté. Si l’art oratoire est la faculté de convaincre, Duplessis est un bon orateur.  

Dans les jours qui suivent, Claude rencontre l’avocat Me René Duranleau, c.r., pour lui offrir ses services à titre de bénévole pour la campagne. Il ne sait pas que Duranleau est chargé du comité des orateurs. Celui-ci lui demande s’il peut prononcer des discours, car il recherche des jeunes pour parler de l’Union Nationale en province. Et pour le tenter, Duranleau ajoute que cela rapporte huit dollars par discours. Claude, toujours aussi craintif quand il est question de parler en public, ne dit pas oui. Il reviendra donner sa réponse.  

Les candidats de l’Union Nationale ont besoin d’une armée d’orateurs pour les seconder. Le comité de Montréal et celui de Québec en dépêchent aussi loin que dans le comté de Abitibi-Est, le plus grand comté du Québec. Il couvre une distance de 200 milles du nord au sud, soit de Louvicourt à Mattagami et de 250 milles de l’est à l’ouest de Chibougamau à Cadillac. Le député Jacques Miquelon doit faire campagne au rythme infernal de deux assemblées par soir et encore plus en fin de semaine. Il a un grand besoin d’orateurs et ce n’est pas facile pour eux car les distances sont longues, les routes mauvaises, les communications difficiles et ils voyagent en auto, en hydravion, en train, en canot et même en speeder sur les voies ferrées. L’orateur préféré de Miquelon est l’avocat Victor Trépanier, ardent nationaliste, ex-pilier du Bloc Populaire qui s’est rallié à Duplessis à cause de l’importance de l’autonomie provinciale, la question de l’heure. 

De retour à la maison, Claude parle de sa démarche à Charles-Émile. Celui-ci n’est pas surpris car il a bien détecté le goût de la politique chez son jeune fils. Il croit que c’est une bonne chose et l’encourage à faire des discours car il faut commencer quelque part. Il sait que les auditeurs seront très cléments pour un jeune qui commence. Il le met en garde, cependant, contre l’entourage des hommes politiques. En général, dit-il, «  les élus sont des gens honnêtes, dévoués, qui veulent servir et qui ne feraient pas mal à une mouche », mais ceux qui sont autour d’eux, sont souvent véreux, ratoureux, corrompus et prêts à toutes sortes de manœuvres pour remplir leurs poches. Plusieurs sont des opportunistes, des néo-union-nationale qui, advenant une victoire des libéraux, laisseront aussitôt tomber le parti pour se joindre à eux. Il lui suggère de faire bien attention de ne pas se faire embarquer dans de la magouille. Claude qui voit la politique comme un privilège et un grand service à la patrie, regarde son père avec surprise et estime qu’il exagère fortement. Il a fréquenté un très grand nombre de gens de supporteurs de l’Union Nationale et ne croit pas avoir rencontré de tels individus, mais il sera sur ses gardes quand même. Il apprendra plus tard que Charles-Émile avait grandement raison. 

Il accepte la proposition de Duranleau et se rend au comité central de l’Union Nationale sur la rue St-François-Xavier, dans le vieux Montréal. Une secrétaire lui remet un dossier comprenant, entre autres, les « fiches » de l’Union Nationale. Ce sont une série de cartons de poche, un par ministère, qui résument les réalisations du parti, les statistiques importantes et énumèrent les nouvelles lois et politiques qui ont été adoptées par l’assemblée législative. C’est le petit catéchisme de l’orateur. Duranleau lui annonce qu’il sera membre des équipes d’orateurs affectées aux comtés de Verchères et d’Iberville. Il sera l’élément jeune de l’équipe et devra se préparer en conséquence. La première randonnée a lieu le samedi suivant et comprend deux réunions de cuisine et une assemblée à St-Ours dans le comté de Verchères. Dimanche, il y aura une réunion après la grand’messe célébrée à l’église St-Grégoire d’Iberville, suivie dans l’après-midi d’une grande assemblée électorale dans la cour d’une école d’Iberville.     

Le départ se fait du comité central situé dans l’édifice d’Arsène Ménard, l’organisateur en chef, sur la rue Craig près de l’Hôtel de ville de Montréal. Un chauffeur amène les quatre orateurs à St-Ours. Il y a Alfredo Gagliardi, rédacteur et propriétaire du journal Corriere Italiano (il deviendra membre de l’exécutif de la ville de Montréal sous l’administration Fournier-Savignac), l’avocat Anthime Bergeron (il sera juge de la cour supérieure du Québec), un autre avocat et Claude lui-même.   

Le candidat de Verchères est Clodomir Ladouceur, propriétaire d’une beurrerie et maire de St-Marc. Son adversaire est le député libéral Arthur Dupré, un garagiste de Beloeil et député depuis 1944. Bien ancré dans le comté, il a réussi à se faire réélire en 1948 nonobstant l’importante vague de l’Union Nationale. Les assemblées de cuisine sont tenues dans la maison d’un cultivateur de rang où sont invités tous ses voisins. La cuisine est grande et plus de cinquante de personnes y trouvent place. L’atmosphère est très chaleureuse. Un maître de cérémonie présente les orateurs et pour cette rencontre, Claude, étant le plus jeune, est appelé à faire le premier discours car on procède par ordre d’importance, le candidat étant le dernier. Surpris, il s’avance et retrouve une ambiance familière qui ressemble à celle des fêtes de Noël et du Jour de l’an à Saint-Jérôme quand sa famille organisait « le tour des talents » dans la cuisine de mémère Dupras. Cette constatation l’apaise mais il est très nerveux et inquiet. Il craint qu’aucun son ne sorte de sa bouche. Il a le trac. Comme il s’apprête à commencer, un bébé pleurniche au point où sa mère l’amène dehors pour ne pas déranger. Claude, sans trop réfléchir, lance une boutade « tiens, c’est le futur de l’Union Nationale qui pleurniche ». Cela a pour effet de dérider les gens, de « casser la glace » et surtout de calmer Claude. Par la suite, il fait son discours. Puis viennent les autres orateurs, tous plus impressionnants les uns des autres et enfin le candidat Ladouceur qui prend la parole. La réunion terminée, ce dernier vient le voir, le remercie et se dit satisfait de l’avoir avec lui pour la campagne. Claude est rassuré. L’autre réunion de cuisine est semblable. L’assemblée à St-Ours est plus importante et regroupe quelques 300 personnes. La liste d’orateurs est longue car beaucoup de maires des environs prennent la parole et Claude a l’impression de passer inaperçu dans tout cela. Mais il a fait son boulot et Ladouceur le remercie à nouveau. De retour à Montréal, il va vite raconter le tout à ses parents.  

Le lendemain, c’est totalement différent. Rendu à St-Grégoire avec une autre équipe d’orateurs, il rencontre l’organisateur du candidat et député Yvon Thuot qui lui dresse le programme de la journée. Un husting, sur lequel sont mis en place une table, des chaises et un microphone (relié à deux haut-parleurs en trompette installés sur le toit d’une auto), a été installé à l’extérieur près de l’église. C’est là, après la grand’messe, que se tiendra l’assemblée. Enfin, les portes de l’église s’ouvrent et on aperçoit monsieur le curé, en chasuble donnant la main à ses ouailles et semblant leur indiquer où se tiendra l’assemblée du député. Puis Thuot apparaît. C’est un homme grand avec une forte chevelure blanche peignée en genre de coq. Il est physiquement très impressionnant et fort agréable de nature. Commerçant de bois, fondateur du journal l’Echo d’Iberville, échevin et maire de la ville d’Iberville, il a été élu député en 1944 et réélu en 1948. C’est un homme à l’humeur agréable. Il rencontre ses orateurs, a un bon mot pour chacun, s’attarde à Claude et lui pose des questions pour savoir tout sur lui. Claude est très flatté par cette attention particulière. Finalement les gens de la paroisse s’attardent près du husting où prennent place le député, le maire de St-Grégoire, leurs épouses et les orateurs. Le tout dans une atmosphère très cordiale. C’est Thuot qui agit comme maître de cérémonie. Ce n’est pas un homme qui parle pour ne rien dire. Sensé, il présente un à un les orateurs, les remercie chaleureusement après leurs discours, introduit le maire de St-Grégoire qui confirme publiquement son appui et enfin livre sa harangue. Un discours bref, au point, drôle et bien apprécié. Il ne veut pas trop parler puisqu’il sait que tout le monde a faim car il est passé midi et c’est l’heure à laquelle on mange dans ce village, comme dans les autres d’ailleurs. En terminant, il invite tout le monde à Iberville dans l’après-midi. 

La grande assemblée d’Iberville regroupe plus de deux mille personnes de tous les coins du comté et le député y arrive à la tête d’un long défilé d’automobiles après avoir parcouru les rues de la ville. Le but de ce grand déploiement est d’impressionner les électeurs. Dans un tintamarre ahurissant, Claude, sur la tribune, regarde évoluer ce spectacle. Il est fier d’y participer. Lors de son discours, il se surpasse cet après-midi-là et le livre sans notes. Ce sera le meilleur qu’il fera de toute la campagne. C’est un moment unique. Il est enthousiaste, se sent bien dans sa peau, maîtrise bien ses fiches et tout ce qu’il dit a un effet immédiat sur la foule. L’enthousiasme est à son comble à la fin de son discours de quinze minutes. En s’assoyant, il ressent l’adrénaline dans tout son corps. Quel feeling extraordinaire ! Il est survolté. « Oui » conclut-il, « la politique est pour moi ».  

De retour à Montréal, une cinquantaine d’orateurs arrivent de tous les comtés autour de la métropole et attendent avec impatience de rencontrer Duranleau pour la paye. Celui-ci est dans un bureau miniature, si petit qu’il y a à peine de la place pour lui, un gros bonhomme et l’orateur. Finalement c’est le tour de Claude et Duranleau, en sueurs et un peu essoufflé, le félicite en lui disant qu’il a entendu de bonnes choses sur son compte. Il lui remet 42 $ (8 $ par réunion et 10 $ pour l’assemblée d’Iberville) en argent comptant qu’il retire d’un gros rouleau de dollars. C’est de « la grosse argent » pour Claude. Duranleau lui fixe un rendez-vous pour la fin de semaine prochaine. Claude participera durant la campagne à une quarantaine de réunions ou d’assemblées pour les deux comtés.  

Un moment crucial de la campagne électorale est la grande assemblée de Montréal qui aura lieu au Marché Amherst. C’est la plus importante et plus de 15,000 personnes attendent à l’intérieur et à l’extérieur du hall du marché. C’est l’assemblée tant attendue de la réconciliation entre Maurice Duplessis et le maire Camilien Houde. Tous deux sont d’anciens chefs du parti conservateur du Québec. Un froid s’est implanté entre eux depuis que Camilien n’avait pas demandé de renouvellement de mandat dans la circonscription provinciale de Montréal-Sainte-Marie en 1944. Il avait alors appuyé le Bloc Populaire. Le temps de la réconciliation étant venu, Camilien a accepté de parler à l’assemblée de Montréal pour confirmer son appui à Duplessis et à sa politique de l’autonomie provinciale. Une semaine avant l’assemblée, Duranleau appelle Claude et lui demande d’être l’orateur étudiant de cette assemblée. Claude, stupéfait, répond qu’il ne sera jamais capable de parler en public devant Camilien et Duplessis. Duranleau le rassure que ce ne sera pas le cas puisqu’il parlera avant leur arrivée. Il sera l’un de plusieurs orateurs ayant comme mission de « réchauffer la salle ». Claude accepte.  

Le soir de la grande assemblée, il arrive tôt. Il doit parler vers 20:00. La rue Amherst, la rue Ontario et les rues avoisinantes débordent de monde. Des haut-parleurs sont installés sur les poteaux d’éclairage et partout on entend la musique en prévision de la fête. Il se rend à l’intérieur, rejoint l’organisateur qui lui indique qu’il sera le deuxième orateur et il s’assoit sur la première rangée à l’extrémité droite. A la mode de l’Union Nationale, la première rangée est toujours très longue puisqu’elle comprend tout le cabinet, beaucoup de députés et les invités particuliers. Claude estime qu’il y aura près de quarante personnes sur cette rangée et est bien fier d’y être. La salle est pleine à craquer. L’assemblée débute. Il est de plus en plus nerveux. Son tour arrive. Il se lève, marche difficilement vers le micro et, dès ses premiers mots, il est surpris de voir disparaître soudainement sa nervosité. Il parle pendant dix minutes, particulièrement de l’avenir des jeunes, assuré grâce aux écoles que Duplessis a construites dans la province et par la prospérité qu’il a apportée depuis qu’il en dirige les destinées. Claude est fortement applaudi et il entend une clameur extérieure. Il va prendre sa place au bout du rang, écoute les autres discours et attend impatiemment la venue des deux grands chefs. Finalement ils arrivent, c’est le délire. De son poste, il a peine à voir ses deux héros et se contente de vivre le moment. Leurs discours sont excitants et touchent surtout le thème de l’autonomie provinciale. Camilien est particulièrement drôle. Après l’assemblée, Claude marche en direction de Polytechnique pour prendre le tramway. Il est sur un nuage. Il rêve.   

Le jour des élections arrive et le parti Union Nationale remporte une belle victoire. Il gagne 68 comtés avec 50,5 % des votes et le parti libéral 23 comtés avec 45,8 %. La population anglaise a voté à très forte majorité pour le parti libéral. Ladouceur dans Verchères ne réussit pas à déloger le député sortant, mais par contre Thuot est réélu député d’Iberville. Le députe d’Abitibi-est Jacques Miquelon est réélu. Lapalme défait dans Joliette ne pourra siéger à l’assemblée législative comme chef d’opposition et devra attendre une autre année, le 9 juillet 1953, pour être élu député libéral de Montréal-Outremont à une élection partielle. 

Claude n’a pas été actif dans son comté de Verdun. Il a opté évidemment pour l’Union Nationale mais il est surtout impressionné par la candidate du CCF, Mme Thérèse-F. Casgrain, présidente du parti au Québec. Lionel Ross est réélu député libéral avec 10,040 votes de majorité sur Bill O’Connor, un ex-joueur d’hockey du Canadien et des Rangers de New York, qui représente l’Union Nationale et Mme Casgrain ne récolte que 10 % des suffrages. Pourtant, elle est une femme exceptionnelle. Elle a été durant la guerre une des deux présidents du comité de surveillance de la Commission des prix et du commerce. Elle s’est prononcée contre la conscription et est renommée par sa participation active à des activités sociales, culturelles et charitables importantes à Montréal et au Québec. Elle fonde la Fédération des femmes du Québec, deviendra membre du Sénat Canadien et présidente de la Ligue des droits de l’homme. Elle s’opposera à la propagation des armes nucléaires, aidera les victimes de la guerre du Vietnam, fera la promotion du droit des Amérindiennes, sera favorable à l’abaissement de l’âge de la retraite à 65 ans et fera tout ce qu’elle peut pour l’amélioration du sort des personnes du troisième âge. Elle recevra onze doctorats honorifiques et de nombreuses décorations prestigieuses. Après sa mort, le Canada créera le prix Thérèse-Casgrain afin de poursuivre son œuvre et émettra un timbre en son honneur. La défaite de Mme Casgrain fait comprendre à Claude que les électeurs votent rarement pour les qualités d’un candidat dans leur comté mais plutôt pour son affiliation politique et le chef du parti. Il trouve cela illogique et sûrement pas dans l’intérêt général qui est d’avoir le meilleur gouvernement possible. « Dans le fond » dit-il à Charles-Émile « notre système britannique est une dictature, la dictature du chef du parti ». Il en a encore beaucoup à apprendre. Son père lui répond « oui, mais ça marche ! ». 

L’été se termine et Claude est très satisfait de son été. Il a aimé son travail au Service du drainage et sa participation à la campagne électorale. Quelles expériences acquises en deux mois ! Il rentre à Polytechnique pour sa 3ième année en septembre 1952. Il a vingt ans.

 

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