Le conseil étudiant

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Le conseil étudiant

Dès la rentrée, Claude convoque son comité organisateur de la danse de Poly et démarre la campagne de publicité pour attirer le plus d’étudiants possibles à l’événement. Quelques membres du comité vont sur la montagne à la rencontre du président de l’AGEUM, de son exécutif, du plus grand nombre de présidents de facultés possible et laissent partout des cartons publicitaires pour la danse de Poly. D’autres vont à l’école des HEC sur la rue Viger et à celle des Beaux Arts sur St-Urbain. Le prix d’entrée est fort raisonnable. Tout leur travail porte des fruits puisque plus de 1,500 étudiants et étudiantes y participent. C’est un nombre record de jeunes étudiants et étudiantes. Les ascenseurs de l’hôtel sont bondés. Plusieurs couples doivent monter à pied jusqu’au 9ième étage. C’est un grand succès et Claude est très fier du résultat surtout que le budget a été respecté et qu’un léger profit a été réalisé. Sa réputation comme bon organisateur monte en flèche.  

Claude prépare un programme d’activités pour l’année, susceptible d’intéresser tout le monde, telles que : échange d’étudiants avec la faculté des Sciences de l’université Laval, participation aux activités organisées par l’AGEUM, excursions de ski de fins de semaine dans les Laurentides… Il innove en créant le Poly-Forum, activité à laquelle sont invités, le midi, des conférenciers qui traitent de sujets d’actualité pouvant intéresser les étudiants. Un des conférenciers est le docteur Panaccio, spécialiste de la maladie de la syphilis. Il arrive à l’École avec des films qui montrent crûment les effets néfastes de la syphilis sur le corps de l’homme et particulièrement sur son pénis. La conférence est fixée exceptionnellement à 16:30 après les cours, dans le théâtre de l’École. La salle est bondée. Les lumières s’éteignent. La projection du premier film, en noir et blanc, commence. Des images atroces se déroulent sur l’écran. Elles affectent beaucoup d’étudiants qui sortent rapidement de la salle avec une envie de vomir. L’un d’eux perd connaissance. La projection est arrêtée. Le docteur a réussi l’effet choc qu’il escomptait créer. Il débute sa conférence et après quinze minutes propose de projeter un second film, en couleurs. Cette fois-ci, il prévient son auditoire que ce sera encore plus difficile à regarder. Plusieurs étudiants quittent le théâtre alors que les autres s’enfoncent dans leur siège. Ces images marquent Claude pour la vie. Ses confrères aussi. Ce sera une mise en garde cruciale qui les fera agir dans leur vie sexuelle avec toutes les précautions nécessaires pour éviter cette affreuse maladie.  

Au niveau du conseil de l’Association, tout va bien. Rouleau mène cela rondement et décide d’entreprendre la révision de la constitution de l’Association. Il est exhorté pour ce faire par Jean Guay, le secrétaire de l’Association. Celui-ci est en 3ième année mais est plus âgé que ses confrères de sept à huit ans car il a été dans l’armée. Guay est à cheval sur les principes (les siens du moins) et croit que la constitution n’est pas assez stricte. Le conseil nomme donc un comité de la constitution composé de Paul Major, Ouimet et Lefebvre, de 3ième année. Dès que les affaires régulières du conseil sont réglées, les débats constitutionnels s’engagent et durent plusieurs mois. Chaque amendement est épluché et génère des débats sans fin. Claude qui n’a jamais participé à ce genre de débat y va à fond de train avec ses idées et il n’est pas seul. Guay n’aime pas cette situation et cherche constamment à mettre fin aux discussions et à prendre le vote. Ses motions sont battues et il s’impatiente. Il fait part de sa frustration au conseil et cherche des puces dans tout ce que Claude propose. Il persuade l’exécutif d’intervenir dans le mode d’organisation des activités dont Claude est responsable et celui-ci reçoit alors des directives qu’il qualifie d’irraisonnables et d’irréalistes. Guay rit dans sa barbe car il croit l’avoir dans ses griffes. Claude, est naïf et croit que tout le monde est de bonne foi, jusqu’au moment où il se retrouve surpris face à une motion d’insubordination de Guay le visant parce qu’il refuse d’obtempérer. Il apprend que c’est une mesure de l’armée applicable aux soldats qui refusent d’obéir à leurs supérieurs. Il est déchiré. Il se défend du mieux qu’il peut. Guay est rigide, implacable et réclame sa démission. Plusieurs membres du conseil viennent à la rescousse de Claude et finalement Guay retire sa motion. Les débats constitutionnels continuent et sont interminables. Finalement, la nouvelle constitution est acceptée avec peu de modifications sur la précédente. L’exercice tout en étant intéressant fut une perte de temps. Suite à cette expérience, Claude se jure de ne jamais s’engager dans des révisions de constitution, s’il est un jour président de quoi que ce soit.  

Rouleau est un bon vivant et un grand joueur de cartes. Il aime bien inviter tout le monde dans le sous-sol de sa maison familiale sur le boulevard Saint-Joseph Est. On y rencontre quelques fois son frère Guy qui est député libéral à Ottawa. Rouleau est toujours entouré de ses meilleurs amis dont Gilles Buteau et Marcel Leroux qui sont dans la classe de Claude. C’est lors de sa première visite chez Rouleau que Claude réalise que l’élection à la présidence de l’Association avait eu une teinte politique. Leroux est « bleu » et c’est la raison pour laquelle Rouleau, un « rouge », a été motivé, sinon poussé, à être candidat. De toute façon, il est un bon président et la  « partisannerie »  aveugle ne l’affecte pas. Par contre, il est horrifié de parler en public. Rouleau est généreux et n’hésite pas à organiser chez lui le party de vie de garçon d’un gars de son entourage lorsque celui-ci annonce qu’il se marie. Des stripteaseuses sont le clou de la soirée et tous les gars, incluant Claude, en ont plein les yeux. 

Claude s’est adapté à la méthode d’enseignement de l’École. Ses cours de 3ième  année couvrent les matières de l’ajustage, l’analyse chimique quantitative, le calcul infinitésimal, la chimie des produits industriels, la chimie physique, la comptabilité, la cristallographie et la minéralogie, le dessin de machines, le dessin topographique, l’économie politique, l’électrotechnique, les équations différentielles et intégrales, les essais de matériaux, la géodésie, la géologie générale, les machines, la mécanique, la nomographie et les statistiques, la physique, la résistance des matériaux, la statique graphique, la trigonométrie sphérique et les travaux d’ateliers. Malheureusement, il manque quelques cours à cause de ses activités estudiantines mais il se reprend avec son confrère Marcel Hébert, sans contredit le plus doué de ses confrères qui a toujours un 20 sur 20, ou presque, pour chaque matière lors des examens. Hébert accepte de revoir certains cours avec ses confrères qui en mon-trent le besoin. C’est surtout durant l’heure du midi où à la fin de la journée qu’il est disponible. Lorsque les examens approchent, il est encore plus zélé et diligent car un plus grand nombre de confrères veulent bénéficier de ses sessions. Claude en profite d’autant plus qu’Hébert a un bon sens pédagogique et explique bien les matières.

En fin d’année, l’Association de Poly décerne ses mérites, les « Po ». C’est un petit écusson composé des lettres « P » et « o » qui s’agrafe au lapel du costume. Il est de trois catégories : bronze (pour les personnes étrangères à la profession d’ingénieur), argent (pour les étudiants) et or (pour les diplômés et les professeurs). Les mérites sont décernés annuellement à ceux qui ont marqué la vie estudiantine de Polytechnique durant l’année. Le « Po » est voté à deux assemblées différentes du conseil. En première lecture, il nécessite les deux tiers des voix et en deuxième, les trois quart des voix. Claude est très surpris lorsqu’au bal de fin d’année de Poly, le président Rouleau annonce que le conseil étudiant a décidé de lui décerner un « Po » en argent pour le mandat 1952-53. Il en est très fier.

 

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