Les fiançailles

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Les fiançailles

En septembre 1955, tout va bien entre Manon et Claude. Ils s’aiment, se respectent mutuellement et sont heureux. Les effets du coup de foudre de Claude, ressentis il y a huit mois, ne se sont pas amenuisés. Pour lui, c’est clair, il n’y a qu’une voie pour eux. Il est cependant craintif d’aborder le sujet de l’avenir puisqu’il y a si peu temps qu’ils se connaissent. Tout lui semble si fragile même s’il est convaincu des sentiments profonds et sincères de sa bien-aimée. Est-ce trop tôt, trop vite ? Brusquerait-il les choses en abordant le sujet de l’avenir ? Il réfléchit et sa raison lui dit d’attendre et de ne pas prendre de risque mais son cœur pressé lui fait mal au ventre. Un soir, sans l’avoir planifié, il ose lui demander s’il pourrait être pour elle un bon mari. Avant qu’elle ne réponde, il enchaîne et parle de fiançailles. Surprise, Manon sourit et répond « oui » sans hésitation. Son cœur bat fort. Il la prend dans ses bras et l’embrasse tendrement. Heureux comme jamais, c’est un moment inoubliable pour lui. Il a hâte d’annoncer la nouvelle à Charles-Émile et Antoinette qui aiment bien Manon.

Claude espère demander sa main à son père le plus tôt possible. Le jour fatidique est fixé à la semaine suivante. Ce jour-là, à son arrivée à la maison, le docteur est au salon plongé dans ses lectures. Gaby, au courant de ce qui se trame, sourit. Manon, nerveuse, lui fait un signe en direction du salon. Il y entre et, comme à l’habitude, le docteur met tous ses documents de côté pour l’accueillir. Claude est plus anxieux que nerveux mais n’a pas le trac qu’il ressent lorsqu’il doit parler en public. Ils s’assoient. Après quelques mots, Claude va directement au point et affirme aimer Manon. Il lui annonce qu’ils ont parlé de mariage, qu’elle a accepté et, par conséquent, il vient lui demander sa main. Pour aider sa cause, il assure le docteur qu’il sera un bon mari et aimerait avoir une famille nombreuse élevée dans la religion catholique. Le docteur bondit de son fauteuil et avec un franc sourire tend sa main à Claude, accepte et le félicite. Il soutient que Manon sera une excellente épouse qui saura bien le seconder et lui donner une famille dont il sera fier. Il l’entraîne vers la cuisine et annonce la bonne nouvelle à Gaby. Elle se montre surprise et heureuse pendant que Manon est tout sourire. Le docteur débouche une bouteille de Asti Spumante et les quatre trinquent aux nouveaux fiancés.

Claude se met à la recherche d’une bague à diamants pour Manon et Gaby lui suggère de rencontrer son amie Madame l’Heureux qui est une diamantaire. Elle ajoute : « elle vous fera un bon prix ». Claude la rencontre et la générosité de Madame l’Heureux l’impressionne. Elle préparera pour Manon une très belle bague.

Ils décident de se fiancer officiellement à Noël durant la messe de minuit au Mont-Saint-Louis. Claude contacte le frère Grégoire, lui annonce sa grande nouvelle et lui demande s’il est possible d’obtenir des places pour la messe de minuit. Ses amis de collège, Pierre Deguise et Louise, Jean Ouimet et Thérèse, les accompagnent et les six sont assis à droite de l’allée principale dans la première rangée de la chapelle. Merci frère Grégoire ! C’est au Sanctus que Claude doit passer la bague de fiançailles au doigt de Manon. Quelques minutes avant de poser l’acte, il sort la bague de son écrin et d’un geste malhabile l’échappe au sol. Elle roule et disparaît sous le prie-Dieu sur lequel ils s’agenouillent. Claude est gêné et doit se mettre presque qu’à quatre pattes pour retrouver la bague et la saisir. Ses amis rient et le brouhaha attire l’attention des participants et du célébrant, qui le regarde avec sévérité sans trop comprendre ce qui se passe. Finalement, Claude se ressaisit et est prêt. Il prend la main gauche de Manon et au moment où le prêtre élève l’hostie, Claude passe la bague à son annulaire. Les fiancés se regardent et s’embrassent discrètement. La grand’messe continue et Claude, tout heureux, se réjouit en plus de pouvoir écouter à nouveau la chorale du collège. Il ne la jamais autant appréciée. Il souligne à Manon de beaux passages. Après la messe, Manon et Claude rencontrent des copains et quelques frères du collège qui leur souhaitent la meilleure des chances.

Ils rentrent chez Claude pour le réveillon préparé par Antoinette. Charles-Émile offre un verre de vin Saint-Georges à tous et chacun lève son verre au bonheur des nouveaux fiancés. C’est loin de l’Asti Spumante et montre bien la différence entre ceux qui vivent au haut et au bas de la montagne. Le bonheur de Manon et Claude est total et ils sont sur un nuage. Après le réveillon, vers 01:30, Claude reconduit Manon chez elle, même si le repas de Noël est chez lui le lendemain à midi. Il n’est pas question que Manon couche chez lui car cela ne se fait pas. Il retourne la chercher le matin. En fin d’après-midi, ils partent pour le dîner de Noël chez Origène et Gaby. Ouf ! (Ce sera ainsi à tous les Noëls et aux Jours de l’an). Chez ces derniers, tout le monde attendaient les deux couples de nouveaux fiancés. En effet, Roger, le frère de Manon, s’est aussi promis, le soir de Noël, à Louise Desmarais, une fille d’Outremont, dont le père intéresse particulièrement Claude puisqu’il est actif au sein du parti d’Action Civique avec son cousin Pierre Desmarais qui est aussi président de l’exécutif de la ville de Montréal. De plus, il a été président national en 1940-41 de la Chambre de Commerce des Jeunes du Canada et cela intrigue Claude qui est de plus en plus intéressé dans la Jeune Chambre de Commerce de Montréal. 

Gaby et Origène offrent le dîner des fiançailles. Ils choisissent une date en février et invitent Charles-Émile et Antoinette à ce dîner où participent aussi les frères et la soeur de Manon. Dès qu’Antoinette reçoit l’invitation, un sentiment d’inquiétude l’envahit. Pour elle, l’idée de ce dîner est pénible car elle craint ne pas être à la hauteur. Elle l’appréhende au plus au point puisqu’elle n’est jamais entrée dans une maison d’Outremont et encore moins invitée à y dîner. Malgré ses bonnes manières, son allure distinguée et son élégance coutumière, elle s’imagine qu’elle ne saura pas comment réagir, se tenir, manger. Le titre de docteur que porte le père de Manon, ses autres titres de radiologiste, de professeur à l’université et sa renommée au Canada l’impressionnent au plus haut point. Comment pourra-t-elle s’exprimer devant un si grand homme ? Et si lors du dîner on engage avec elle une conversation, saura-t-elle répondre sans perdre la face ? Claude l’assure que les Dufresne sont du bon monde et qu’ils ne se prennent pas pour d’autres. Charles-Émile a beau lui dire de ne pas s’en faire car ils sont comme eux, elle ne veut pas y croire.

Finalement le soir du dîner arrive et Claude part avec ses parents vers Outremont. Antoinette a mis sa plus belle robe et sa mante de fourrure. Claude est éblouit par sa beauté et son charme. Les Dufresne les accueillent chaleureusement. La maison est élégamment décorée et la table pour le dîner est digne d’un roi. Il est clair que Gaby, qui fait toujours tout très bien, se surpasse pour cet événement spécial. 

Le seul absent est Roger et Gaby décide finalement d’inviter tout le monde à la salle à dîner et son aîné « arrivera quand il arrivera ». Elle semble un peu désappointée. Mais sur les entre faits, il arrive dans le vestibule, le collet de son manteau noir relevé, son foulard avec un gros nœud autour du cou et, comme il ne porte pas de chapeau, ses cheveux ébouriffés par le vent. Il parle vite et exagère l’utilisation de son accent français devant les parents de Claude. Antoinette le regarde et ne sait pas quoi penser de cette mascarade qui n’est pas pour la calmer de ses appréhensions. Gaby présente Antoinette à Roger qui lui prend la main droite de ses deux mains et la baise, Antoinette ose un sourire. Charles-Émile regarde la scène et en rit. Finalement, tout le monde prend place à la table et le dîner commence. Le repas est somptueux car Gaby a préparé une table et un menu dignes d’un grand restaurant français. D’ailleurs depuis qu’il connaît Manon, Gaby a cuisiné des repas différents à chaque fois qu’il est chez elle et tous étaient exceptionnels.

Tout va bien jusqu’à ce que Claude fasse une remarque qui surprend Antoinette et la gêne. Après le service du mets principal à chaque invité et les commentaires élogieux qui émanent de tous sur la présentation et la qualité du plat, Claude dit à Gaby « je regrette mais je ne peux manger ça ». Antoinette surprise se retourne vers lui, rougit et lui lance un air réprobateur devant l’effronterie qu’il manifeste à ses fiançailles. Elle ne pensait pas qu’il pouvait agir ainsi. Manon ne comprend pas. Tous les invités regardent Claude lorsque Gaby, qui maintient son sang froid, lui demande « et pourquoi ? ». Claude hésite, reste silencieux, baisse les yeux. La tension monte. « Je n’ai pas de fourchette ! » dit Claude. Un éclat de rire accompagne sa remarque. Par la suite, Antoinette se décontracte et tout va bien. Quant à Roger, il maintient son attitude désinvolte. À la fin du repas, il offre une cigarette à Antoinette qui ne fume pas. Ne voulant pas faire un faux pas, elle accepte. Roger se lève, penche un des chandeliers argentés du milieu de la table vers Antoinette pour lui offrir la flamme afin qu’elle la grille. Elle s’étire, la rejoint difficilement et finalement réussit à aspirer une grande bouffée. Sa cigarette est en feu. Une partie de la cire de la chandelle s’est accrochée à la cigarette et une flamme s’élève du bout. Surprise, elle l’éteint vite dans son assiette et devient mal à l’aise. Origène et Gaby, réalisant comment elle se sent, font tout pour qu’elle oublie ce moment. Finalement tous rient de l’incident, Antoinette inclue. L’atmosphère est très cordiale et relaxe alors que les invités passent au salon pour le digestif.

De retour à la maison, Antoinette est heureuse. Elle a aimé sa visite chez les Dufresne pour qui elle a développé beaucoup de sympathie et se moque de sa mésaventure. La glace est cassée et plus jamais elle ne craindra de rencontrer des gens d’Outremont.

Dès janvier, Manon et Claude s’inscrivent au cours de préparation de mariage à l’Université et amènent avec eux Louise, la fiancée de Roger, car celui-ci étudie à l’étranger. Claude reprend les mêmes cours qu’il a déjà suivis mais, cette fois, les termine. Leurs photos paraissent dans les journaux de Montréal et de Verdun annonçant les fiançailles. Le mariage est fixé au 1er septembre 1956.

Les meilleures amies de Manon sont très heureuses de ce qui lui arrive. Parmi elles, Louise Charbonneau, Pierrette Langevin, Monique Valiquette et Suzanne Girard qui sont déjà mariés. Louise à l’ingénieur Gaston Boucher, Pierrette à l’architecte Pierre Beauvais, Monique à l’homme d’affaires Philippe LaFerrière et Suzanne à l’agent d’assurances Jean Mathieu. Manon est l’objet de plusieurs réceptions organisées pour célébrer ses fiançailles. Pierrette reçoit à l’heure du thé et sa petite Linne qui a à peine 18 mois aide au service; Suzanne réunit quelques invités à dîner en son honneur; Monique offre un shower d’ustensiles auquel participent toutes les amies de Manon ainsi qu’Antoinette et Gaby; Louise et Gaston, qui vivent maintenant à Trois-Rivières, reçoivent à un souper-buffet. De leur côté, Louise et Pierre Deguise invitent les amis de Poly pour un repas.

 

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