Poncho ou cravate

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jeudi 26 janvier 2006

poncho ou cravate

Coquin


Il y a un an, nous étions en Bolivie. Du lac sacré Titicaca, aux ruines pré-incas de Tiwanaku jusqu’à à la capitale de La Paz, nous avons découvert un endroit hors de l’ordinaire sur le haut-plateau des Andes où vivent des populations indiennes pittoresques et fort intéressantes, dont les Aymara. Je n’aurais jamais pensé alors que 11 mois plus tard un des leurs deviendrait le président. Par un jeu des circonstances et la démission de l’ex président Mesa, suite à des manifestations importantes sur la question du gaz bolivien, voilà que Evo Morales a été élu avec 54% des suffrages, la plus forte majorité jamais donné à un président.

 

J’ai été surpris de cette élection sachant les interventions de la CIA sur l’ensemble des pays en Amérique latine et en me rappelant que, dans les années ’60, Che Guevara avait quitté la révolution cubaine et Fidel Castro pour se rendre dans la jungle bolivienne avec ses compagneros pour aider le peuple indien à entreprendre le renversement du gouvernement pro USA. C’est d’ailleurs là que le Che rencontra un peloton de soldats boliviens et fut tiré à bout portant et mourut.

 

L’élection de Morales se situe dans la suite des autres pays de l’Amérique du sud qui, contrairement à ce qui vient d’arriver au Canada, ont choisi de se donner des gouvernements de gauche ou de centre-gauche, comme le Chili, l’Argentine, le Brésil, le Venezuela et l’Uruguay. Plusieurs de ces leaders prennent exemple sur les politiques de Castro et de sa révolution, à la différence qu’ils sont élus. Morales a été intronisé « chef suprême des indiens des Andes » à Tiwanaku. Ce ne peut être plus symbolique.

 

J’ai été agréablement surpris de le voir durant les dernières semaines faire une visite des grands du monde, dont Chirac et le roi d’Espagne, vêtu simplement, sans cravate, avec son jacquet de cuir et un chandail multicolore qui ressemble quelque peu à celui du club d’hockey Canadien. Curieusement, ce chandail devient vite populaire et les fabricants de l’Amérique du sud ont décidé d’en fabriquer en grande quantité face à une nouvelle demande.

 

Morales a de grands défis. Bien appuyé par son vice-président Linera, qui est un intellectuel blanc issu de la classe moyenne, il veut renverser les campagnes d’éradication du coca (« ce n’est pas de la cocaïne », dit il ) pour aider les petits planteurs traditionnels; nationaliser les ressources minières, les services publics dont l’eau et les gisements de gaz bolivien; réviser la constitution; revoir les privilèges des multinationales... Il est social-démocrate. Avec un programme aussi radical saura-t-il garder le pouvoir ?  Ce ne sera pas facile. Pour nous, ce sera intéressant à suivre et de savoir si ceux qui portent le poncho peuvent diriger mieux que ceux qui portent la cravate.

 

Claude Dupras

 

Ps. Pour voir mes photos sur la Bolivie et avoir une idée de ce pays voici le lien à mes albums : http://community.webshots.com/user/jclauded1