Saint-Jacques de Compostelle


Chapitre XI

St-Jacques de Compostelle

Enfant, Armand rêvait de faire le pèlerinage de St-Jacques de Compostelle.

Lorsqu’il prit sa retraite en 1987, à 63 ans, il jugea le temps venu de couper les ponts et de commencer une nouvelle vie. Après s’être entraîné à marcher avec sac à dos pendant quinze jours, il partit du Puy-en-Velay, seul, la personne devant l’accompagner s’étant désistée.

À son premier pèlerinage, au lieu de prendre des notes à tous les jours, Armand m’envoyait des cartes que j’avais rangées et oubliées. Je viens de les retrouver et en voici le contenu : on y retrouve son humour.

Au départ, on lui remit un petit carnet qu’il devait faire estampiller aux arrêts importants, en Espagne, afin de prouver une fois arrivé à Saint-Jacques qu’il avait effectivement fait tout le trajet. Alors, on lui remettait un certificat. Deux mois de marche, jour après jour, une trentaine de km et plus par jour. Le long de la route, il s’est fait des amis avec qui il a correspondu et les a quelques fois revus par la suite.

(Ă  gauche Puy en Velay)

4 juin – St-Côme d’Olt

Parti de St-Chely d’Aubrac à 6h30, il a plu constamment. Je passais à St-Côme d’Olt, il y a 2 heures, sous la pluie. Maintenant, à Espalion où je suis en train de me restaurer, il est 11h et il fait beau. J’étais complètement dans les nuages en traversant la montagne. Les Anglais lâchent à Conques. J’y serai demain soir. Ai rencontré à Aubrac un

« gus » de Montréal, pèlerin au gros ventre, en voiture. Je préfère être seul. Pas de problème de gîte et je me déplace à mon rythme. Suis gâté dans les lieux où je crèche.

11 juin – Montucq

Je me trouve dans ce charmant patelin depuis hier, arrivant de Cahors. Comme je suis très avancé sur le programme établi, aujourd’hui, je fais relâche et partirai demain, lessivé, frais et ragaillardi pour Moissac. Je suis au gîte des Duflos. Éleveurs de veaux demeurant à 2 km de Montcuq dans un petit château « La Gougne ». Chambre, petit déjeuner et  souper : 65frs. Je les aide aux soins des 66 veaux qui seront expédiés en URSS. J’ai posté les deux premiers GR 65 aux Boissy afin de lâcher du lest. J’ai eu une journée complète de flotte. C’est ben de la misère mais 7 tassé le fun,  (C’est assez le fun).

La voie romaine dont on parle dans le deuxième GR entre Bach et Cahors n’a rien de bien différent. Les sarcophages sont enterrés sans un signe. Il faut voir la préposée.

16 juin – Condom

Encore une étape plutôt difficile, temps frais, vent de face, en plus de la pluie. C’est la quinzaine commerciale et malgré la musique, drapeaux et banderoles, Condom a plutôt triste mine. Ai comme compagnons au gîte deux jeunes (un couple) savoyards. Je pense à un autre savoyard qui me précède vers Compostelle qui, lui, est accompagné de deux ânes et d’une chèvre. Le bonhomme à Angeville qui lui a vendu la chèvre a voulu m’en refiler une à moi aussi. Je t’ai envoyé, aujourd’hui, deux cartes géo-historiques du chemin de Compostelle. La dame âgée qui tient papeterie et la postière m’ont bien aidé dans la préparation et la facturation.

23 juin – Navarrenx

Tu avais certainement pensé que j’irais rendre visite à ton «chum», Raymond de Longueuil. J’y suis «été», mais manque de vase, il n’était pas  là. Sa maison est de plus en plus délabrée. J’ai pris une photo avant que la «baraque» ne s’écroule. Dimanche dernier, je n’ai pas pu t’appeler car il y avait encombrement.

J’espère qu’Anne a réussi à t’atteindre. Je suis bien content qu’Anne ait une chance de reprendre ses activités. J’espère que les tractations avec le Libanais aboutiront à son entière satisfaction. En ce qui concerne l’auteur de ces lignes, je vais répéter ce qu’une vieille dame me disait, «Boun Diose ?» à votre âge mon brave monsieur hé bé té! faut le faire!». «Hébété», j’en suis moi-même à la moitié du chemin : «c’est dans le sac». Après demain Orègue.

1er juillet – St-Jean Pied de Port

Après ma semaine de récupération à Orègue, j’ai repris les kilos que j’avais perdus sur les chemins de la France profonde (maudit que c’est creux par boutte).

Me voici fin prêt à reprendre « el camino frances » qui se trouve être en Espagne. Nous serons 10 à partir demain, plus 2 qui rejoindront le groupe à Burgos. Boissy, qui m’avait, avec sa familiale, rencontré entre St-Jean le Vieux et Ispoure a installé le camp. Temps : plafond bas, brouillard. Idéal pour la marche. Selon Anne-Marie, il ne devrait pas y avoir de problème pour téléphoner d’Espagne. Je vais poster quelques cartes et des chaussettes. Celles que j’ai sont usées au coton.

7 juillet – Viana (Navarre)

Cela fait 3 jours que j’essaie de placer un appel télé sans succès. En deux mots : nous suivons strictement le plan de route que tu as. Dans le groupe, 6 éclopés : ampoules, une transportée dans voiture d’accompagnement. Les 4 autres : 1 souffre de la turista mais ce n’est pas moi. Il a fait très chaud. Orage cette nuit. Temps plutôt frais maintenant. Sommes à Viana : pause casse-croûte avant de nous rendre à Logrono pour 13h. Serons à Navarrette et la province de Léon ce soir. Agitation quand nous sommes passés à Pampelune : préparation  des fêtes de la St-Firmin. Santé excellente.

11 juillet – Burgos

Il est 14h15 et me voici attablé dans une Tonda (hôtel-restaurant) attendant le déjeuner. L’étape de 25 km a été chaude et il y a des coups de soleil sur cous, bras et jambes car les shorts sont de mise. Encore deux dames dans un piteux état, mais elles ont un moral du tonnerre, mais pourtant il y a encore près de 500 km à faire. Après le lunch, nous irons visiter les grands monuments de la ville qui a l’air très belle. Il faudra qu’un jour on se débrouille pour visiter en voiture tous les coins par lesquels nous passons. J’ai l’air de pousser un « cocorico », mais je  suis, pour l’instant le seul à ne souffrir d’aucun bobo. Mais le téléphone m’enrage. Je continuerai mes tentatives. En attendant, je passerai mes messages par Orègue. 

14 juillet – Palencia

Pour te prouver que j’y ai pensé (anniversaire de mariage). J’ai essayé d’appeler Orègue, mais personne ne semble dans le secteur. Deux jours que je cours après une cabine et pas de réponse. Hier, dans un café ayant un télé avec calculateur électronique, une personne a essayé d’avoir le Canada pour moi et réponse : occupé. Bref, tout va toujours très bien. On court après un point d’eau pour faire la lessive : on commence à sentir le fauve. Prend une coupe de champagne pour moi.

16 juillet – Sahagun

Quelques mots de la Tonda de Burgos où nous nous trouvons immobilisés par la pluie et des cas de turista. Nous passerons le lundi ici et continuerons sur Manzanillas de las Muecas. Il doit faire soleil cet après-midi. Hier, nous avons parcouru la moitié du chemin prévu (les ¾ pour moi) et suis frais comme au premier jour. Ai appelé Marie-Claire hier et elle m’a dit que nos filles t’avaient abandonnée pour aller se propulser aux USA. Demain, nous atteindrons Léon dans le courant de l’avant-midi. J’essaierai encore une fois de t’appeler.

17 juillet – Léon

Je suis content d’avoir enfin réussi à t’appeler grâce aux services internationaux. J’ai oublié de te dire que j’avais visité la cathédrale de Léon avant le lunch. Vitraux incroyables, uniques au monde. Après t’avoir appelée, j’ai visité la collégiale San Isidoro (sur cette carte, il s’agit des rois de Léon) où nous passerons la nuit. Cloître, église où nous aurons une messe solennelle ce soir à 9h avec chants grégoriens par les moines et verrons les documents anciens. Ils sont remarquables. Sur ma carte précédente, j’ai oublié de te dire qu’il y a eu une défection dans le groupe à Burgos. 

21 juillet – Ponferrada

Plus qu’une semaine de marche pour atteindre Compostelle. Viens de visiter la Cathédrale et la gigantesque forteresse des Templiers dont il ne reste que des ruines (murs d’enceinte). J’espère que les autres cartes te sont parvenues. J’ai prévu d’en expédier une vingtaine de Compostelle.

22 juillet – Cebreiro

Après trois jours de marche au travers les monts de Léon et cantabriques, nous voici à Cebreiro, petit village de montagne situé à 1300 m. Il y a deux jours, nous nous trouvions à 1500 m à Cruz de Ferro. Toutes les étapes dures sont maintenant derrière nous. Nous couchons ce soir dans une bergerie, quelques uns sur la paille, d’autres sur un lit de camp, mais le souper sera dans l’hostaleria, sorte de gîte pour les pèlerins. Une nouvelle anodine mais intéressante, mes souliers de marche quoique terriblement malmenés tiennent le coup. Nous avons toujours nos éclopés, mais leur détermination grandit au fur et à mesure que nous approchons de Compostelle. Le téléphone : des problèmes aussi avec ceux qui appelle en France et en Belgique.

28 juillet – Santiago de Compostella

Je suis parti seul ce matin à 3h pour couvrir les 35 km séparant Arzua de Compostelle. Je suis arrivé à 10h30 évitant ainsi la forte chaleur qui nous accompagne depuis quelques jours. En attendant le reste du groupe (arrivée prévue à 17h), j’expédie deux douzaines de cartes. Ai appelé Marie-Claire pour lui annoncer la nouvelle de mon arrivée. Heureux, mais subitement très fatigué. Après deux jours de repos, je prendrai le train pour Bayonne. J’essaierai de t’appeler un peu plus tard ce soir.

Second pèlerinage

En mai 1999, il dĂ©cide de prendre Ă  nouveau la route pour Compostelle. Il a 75 ans. C’est en partie pour un ami montrĂ©alais qu’il s’engage dans cette nouvelle aventure. Ce camarade, AndrĂ© Malavoy, prisonnier des Allemands durant la deuxième guerre mondiale avait promis de faire le pèlerinage Ă  Saint-Jacques-de-Compostelle, s’il avait la vie sauve. Il fut « miraculeusement sauvĂ© » la veille du jour oĂą il devait ĂŞtre fusillĂ©.

Cette fois, Armand part à pied de Paris.  Il parcoure la via Turonensis sur un trajet de 1695 km. Tous les jours, il écrit un court journal pour décrire la situation, ses difficultés, sa condition physique, la route, les gens rencontrés, les gîtes, le pays, ses dépenses, ses surprises, ses prières. Dès son arrivée à Saint-Jacques, Armand envoie une carte à André Malavoy pour lui dire « mission accomplie ».

Ce rĂ©cit beaucoup plus dĂ©taillĂ© est prĂ©sentĂ© sur cette rubrique de ce site au lien: le pèlerinage d’Armand Vignau.  On trouvera lĂ , le caractère et les grandes qualitĂ©s de mon mari Ă  l’exemple de centaines de milliers d’autres personnes qui s’engagent annuellement dans cette aventure extraordinaire qu’est ce pèlerinage renommĂ©. Il est un exemple de courage, de discipline et d’amour de la vie.