samedi 3 juin 2006   
le fouillis de Mirabel
Frustré


 

C’est durant les années ’70 que le gouvernement Trudeau expropria sauvagement près de 100,000 acres de bonnes terres agricoles pour construire l’aéroport de Montréal à Mirabel. L’aéroport devait devenir le point d’entrée en Amérique pour les compagnies aériennes internationales et la surface expropriée était, selon les discours officiels, nécessaire pour satisfaire les besoins futurs à très long terme. L’aéroport fut construit et occupe 2,500 acres. Les cultivateurs expropriés perdirent leurs maisons dont plusieurs étaient ancestrales et leurs terres familiales qui avaient été cultivées pendant des centaines d’années. Ils furent obligés de quitter les lieux avec une compensation monétaire. Ce fut un drame incroyable pour des milliers de familles et une injustice flagrante.

 

Heureusement, le gouvernement changea et sous la pulsion du Ministre des Travaux Publics, Roch Lasalle, le gouvernement Mulroney décida en 1985 de rétrocéder 80,000 acres aux propriétaires originaux et de louer les autres pour exploitation agricole. Il leur revendait la terre « au prix de l’évaluation moins un pourcentage de compensation » pour l’erreur qu’avait faite le gouvernement fédéral. 

 

Depuis, l’aéroport de Mirabel a été fermé et déménagé à Dorval dans ce qu’on appelle aujourd’hui l’aéroport Pierre-Elliot Trudeau. Ce ne peut être plus ironique. Le nom de celui qui a fait l’erreur magistrale des expropriations inutiles de Mirabel est maintenant glorifié à jamais à l’aéroport de Montréal. Même si Trudeau a été un grand premier ministre, je crois que l’on aurait pu choisir un autre bâtiment pour rappeler sa mémoire.

 

Je n’étais pas en accord avec le déménagement de Mirabel à cause des argents investis et je crois que ce fut une bêtise de revenir à Dorval et de dépenser à nouveau près d’un milliard de $ pour agrandir et moderniser le vieil aéroport tout en fermant un des aéroports les plus modernes du monde, celui de Mirabel. Ce qui est fait est fait et il ne sert à rien de continuer ce débat.

 

Mais voilà que tout rebondit. Le nouveau ministre Clarence Cannon du gouvernement Harper se propose de céder 11,000 acres des 18,000 non-rétrocédés aux cultivateurs. La Ville de Mirabel de son côté réclame 1,000 acres pour un parc industriel qui générerait pour elle des taxes foncières, d’affaires et des emplois.

 

Le gouvernement doit-il céder les parties restantes ? À mon avis, non ! J’estime qu’il est possible qu’un jour, l’aéroport PE Trudeau atteigne sa capacité et que ce jour-là, on doive réutiliser Mirabel. De plus en plus de Montréalais et de Montréalaises critiquent la concentration des aéroports à Dorval à cause des bruits générés par les avions. Il faut penser à long terme. L’ADM (aéroport de Montréal) qui est responsable de la gérance de notre aéroport devrait préparer une étude sur la question et la soumettre au gouvernement fédéral. Je crois que cette étude démontrerait la nécessité de garder les terres de Mirabel pour assurer l’avenir aéroportuaire de Montréal.

 

Je comprends que le gouvernement conservateur de Stephen Harper veuille gagner une majorité en chambre et propose, ici et là, des projets à court terme pour satisfaire des groupes d’électeurs. Mais une des responsabilités fondamentales d’un gouvernement est de penser à long terme. Et le cas des ventes de terrains restants de Mirabel est une décision qui doit être prise en fonction du long terme. Le fouillis de Mirabel doit cesser et le bon sens revenir.

 

Claude Dupras