Un autre viaduc s'écroule

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dimanche 1 octobre 2006

un autre viaduc s'écroule

Gêné


 

Une autre fois, hier, dans la région de Montréal, le tablier d’un viaduc est tombé tuant 5 personnes et en blessant plusieurs autres. C’est à la croisée de l’avenue Papineau et Concorde que l’accident a eu lieu. Il y a à peine cinq ans, c’était celui du viaduc du Souvenir de Laval qui s’écroulait.

 

Dans les deux cas, ces structures de béton furent calculées, dessinées et les travaux surveillés par des ingénieurs de grand bureaux d’ingénieurs conseils du Québec : Dessau pour celui de la Concorde et Lavalin pour celui du Souvenir.

 

Pourquoi de telles faiblesses structurales ? Certaines personnes blâment l’âge du viaduc, 30 ans, pour expliquer ce dernier désastre. Je crois que c'est ridicule puisque ce genre de viaduc est construit pour résister à 60-90 ans d'utilisation. Nonobstant cela, il faudra inspecter immédiatement et intégralement tous les viaducs ou ponts du Québec qui ont plus de 30 ans. Le ministère affirme qu’il fait ce travail régulièrement, mais il faut plus qu’une inspection visuelle. 

 

Les ingénieurs conseils conçoivent leurs œuvres sur la base d’années d’expérience de telles constructions, non seulement au Canada mais dans le monde. C'est pourquoi il me semble invraisemblable qu'une erreur de design soit à la base de cet accident. Je crois plutôt à une faute durant la réalisation de la construction comme ce fut le cas pour le viaduc du Souvenir où on découvrit une négligence évidente qui n’avait pas été relevée par l’ingénieur. Le fautif fut puni mais pas assez sévèrement, à mon avis. J’ai toujours pensé que la surveillance totale des travaux est une partie très importante de la réalisation d’un projet. L'équipe de l'ingénieur doit être des plus compétentes car elle a la responsabilité de s’assurer que tous les travaux et les matériaux utilisés sont conformes aux règles de l’art. Elle doit aussi confirmer que l'entrepreneur et son équipe ont les capacités requises pour bien exécuter les travaux. C’est crucial, entre autres, pour la réalisation d’un viaduc ou d’un pont.  L’ingénieur a le devoir de protéger le public. C‘est son rôle social. Cela est aussi important pour lui car il a une responsabilité personnelle définie par le code civil.

 

Je m’attends à ce que la commission d’enquête pour ce désastre analyse tous les documents de construction et vérifie la compétence des principaux responsables des équipes de l'ingénieur et de l'entrepreneur pour découvrir la source du problème. J’espère qu’elle fera les recommandations appropriées pour renforcer le rôle de la surveillance par l’ingénieur durant la construction d’un projet et définira les qualifications requises. J'espère, de plus, qu'elles se répercuteront sur toutes les autres spécialités du génie reliées à la construction. J’ai trop vu dans ma carrière d'ingénieur conseil, les maîtres d’œuvres et les propriétaires, pour des raisons d’économies, diminuer l’importance de la surveillance des travaux par l’ingénieur et le blâmer, par la suite, s’il y avait problème. J’ai confiance que l’Ordre des Ingénieurs saura faire appliquer ces recommandations.

 

Claude Dupras