Un deuxième tour pour les socialistes français ?

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mercredi 15 novembre 2006

un deuxième tour pour les socialistes français ?

Confiant


 

La campagne à l’investiture présidentielle du parti socialiste français fut très intéressante. Demain, les 200,000 militants du parti seront appelés aux urnes pour choisir, dans un premier tour, entre Ségolène Royal, Dominique Strauss-Khan et Laurent Fabius. C’est la première fois qu’un parti politique français organise une telle élection primaire pour le choix de son candidat. J’espère que cela se répètera dans l’avenir et que ce ne seront plus, comme par le passé, les bonzes des partis qui choisiront le candidat présidentiel sous prétexte qu’ils sont les seuls capables de trouver l’homme de la situation. En fait, ils laissent entendre que les militants sont des non instruits ne pouvant faire un tel choix. Rien n’est plus faux et le parti socialiste le démontre bien actuellement dans sa primaire. Il en sort grandi et les politiciens aussi.

 

Au Canada, nous avons toujours procédé dans le même sens. Non par primaires mais par congrès où les délégués élus dans tous les comtés se rencontrent pour élire le chef du parti et candidat au poste de premier ministre. C’est un système qui fonctionne bien dans le régime parlementaire britannique.

 

Il faudra voir maintenant ce que fera l’UMP, le parti de droite. Son président, Nicolas Sarkozy qui veut se présenter, réclame que les militants choisissent leur candidat présidentiel au suffrage universel. Mais on voit dans l’ombre d’autres candidatures se profiler et les bonzes, à la Débré, vouloir imposer leur candidat. Après le bel exemple que vient de donner le parti socialiste, ce serait une erreur magistrale. Que les deVillepin, Alliot-Marie ou autres aient le courage d’affronter les membres du parti pour faire valoir leurs idées, sinon le parti sera divisé irrémédiablement et le pouvoir risque de passer à la gauche. Éventuellement, devant la réalité de la popularité de Sarkozy, je crois que ces candidats en puissance et les autres ministres du gouvernement se rallieront à lui pour faire l’unanimité. J’inclus Alain Juppé dans le lot.

 

Seul le retour de Jacques Chirac pourrait changer ce scénario. Mais ce serait surprenant. S’il veut revenir, je crois qu’il devrait obtenir la confiance des militants et cela par vote secret. S’il l’obtient, Sarkozy n’aurait plus, alors, la légitimité de s’opposer. Les chances ne sont pas fortes que cela se produise. Si Jacques Chirac n’accepte pas une telle procédure et décide de se présenter quand même, il risque de voir Sarkozy devenir candidat, avec raison, contre lui. Et après, ce sera le bordel pour la droite.

 

Pour revenir à Ségolène, elle a fait une belle campagne et semble avoir une bonne équipe autour d’elle. C’est déjà un gros « plus » pour les socialistes, si on se rappelle les bévues de la campagne présidentielle de Jospin. Et cela est de bon augure puisque la partie électorale de la politique est devenue une affaire d’images et d’illusions. De son côté, Strauss-Kahn a aussi fait une belle campagne qui, à mon point de vue, équivaut à celle de Ségolène. Il a de plus une équipe très forte.  La question devient donc « qui fera le meilleur président ? ».  Strauss-Kahn est un homme de très grande qualité, compétence et expérience. Son passé est garant de l’avenir. Quant à Ségolène, il me semble que rien ne soit sûr. Son expérience passée est limitée par rapport à celle de son adversaire. L’autre jour, lorsque le président Chirac était en Chine et négociait de gros contrats en compagnie de chefs d’entreprises françaises, je me suis demandé si Ségolène serait à la hauteur dans une telle circonstance. J’en doute. Quant à Strauss-Kahn, je crois qu'il s’y retrouverait très bien. Le choix me semble donc évident.

 

Quant à Fabius, il n’est pas dans la course. On dit que Ségolène est en avant avec plus de 50% des appuis, mais rien n’est certain. Par contre, je crois qu’un deuxième tour serait très bon pour les socialistes. Ne serait-ce que pour toute l’attention additionnelle des médias, des Français et du monde entier dont ils bénéficieraient durant cette période. Cela ne pourrait qu’aider le parti. De plus, les militants auraient l’opportunité de voir, côte à côte, Ségolène et Strauss-Khan. Ils seraient plus en mesure de juger finalement qui des deux aiderait le mieux la France. C’est une opportunité à ne pas manquer. Même si je pense que voter pour Fabius est un vote perdu, il a l'avantage d'aider à la tenue d'un deuxième tour. 

 

Claude Dupras