Une majorité à Martin ou une minorité à Harper

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lundi 5 décembre 2005

Une majorité à Martin ou une minorité à Harper.

Surpris

 

Nous sommes, depuis déjà une semaine, en campagne électorale au Canada. J’ai suivi quotidiennement tout ce qui s’est dit à ce jour et il me semble que celui qui a marqué le plus de points durant cette période est Stephen Harper, le chef du parti conservateur. 

 

Certains diront, « on sait bien, tu es conservateur » prétendant ainsi que mon analyse est partisane. Il est vrai que j’ai toujours été « bleu » même si je suis un red tory. Cette dernière tendance est conservatrice au point de vue économique avec une approche libérale dans les politiques sociales. Diefenbaker, Stanfield, Clark et Mulroney étaient de cette tendance. Par contre, le parti est dirigé aujourd’hui par une majorité de blue tories à la Meighen, Bracken et Drew, qui est conservatrice autant dans ses politiques économiques que sociales. J’aimais le nom de mon parti quand il était « progressiste conservateur » (même s’il y a contradiction dans ces termes) puisque je considérais qu’il représentait mieux ce que je pensais que le nom actuel « conservateur ». Aujourd’hui, je suis diamétralement opposé à l’opinion majoritaire qui contrôle le parti. Je veux être réaliste et neutre dans mes appréciations de l’évolution de cette campagne et je voterai en conséquence.

 

Dès le début de la semaine, Harper a démontré son conservatisme religieux en proposant de revoir le vote favorable en Chambre pour le mariage des gais. Malgré qu’il sache que sa position va à l’encontre de la Charte canadienne des droits et libertés, il maintient sa proposition irréaliste. Les Canadiens favorables à l’union des gais et ceux qui sont « politiquement corrects » se sont vite révoltés de la position de Harper. Mais qu’en pensent monsieur et madame tout-le-monde ? Avec cette prise de position, Harper a perdu plus qu’il n’a gagné dans l’opinion publique vocale, mais est-ce le même effet sur la majorité silencieuse.

 

Ensuite, il a promis de réduire la taxe sur les produits et services, la TPS, de 7 à 5 % en deux temps. Encore-là, même si la position de Martin de baisser les impôts sur le revenu me semble la plus logique, Harper a touché une corde sensible chez le consommateur canadien et j’ai l’impression qu’il a fait du chemin avec sa proposition. Puis, il a proposé de forcer les gouvernements provinciaux à réduire le temps d’attente pour l’accès aux hôpitaux et même de favoriser que les malades puissent aller dans hôpital d’une autre province, si nécessaire. Avec les difficultés que confrontent les Canadiens, aujourd’hui, pour se faire soigner, je crois qu’il a gagné des votes.  

 

Il a aussi touché le problème grandissant des drogues en proposant un  plan d’action positif comprenant des sentences minimum pour les crimes les plus graves. Le citoyen moyen inquiet pour ses enfants ne peut qu’être intéressé par la position d’Harper.  

 

Enfin, il veut augmenter les forces de l’armée canadienne de 60,000 hommes. Je crois que cette proposition ne l’aidera pas.

 

Toute la semaine, Harper a eu l’initiative du débat et cette stratégie ne peut être que profitable à la longue, s’il continue… Les autres chefs ont aussi bien paru durant cette semaine. Martin, en bon stratège, a bien défini sa pensée et l’orientation de sa campagne sur le thème de l’unité nationale. Layton a martelé sur ses réalisations de politiques sociales à la Chambre des communes obtenues à cause de son appui momentané à Martin l’automne dernier. Quant à Duceppe, il a démontré, même s’il hésite à l’admettre, qu’il voit l’élection fédérale comme la première étape vers le référendum sur la séparation du Québec. À mon avis, cela n’aidera pas son parti.

 

Dans l’ensemble, nonobstant ce que j’entends au Québec, je crois qu’Harper a gagné la confrontation initiale en s'engageant dans une campagne d'idées et en proposant des politiques nouvelles.  

 

Après cette première semaine, mes prévisions à ce jour sont doubles : la première donne Martin gagnant avec une majorité. Si sa campagne roule bien et gagne des points, je crois qu’il ira loin.  Par contre, si sa campagne ne lève pas et si celle de Harper continue dans l’élan de la première semaine, je crois que ce dernier gagnera une minorité au parlement.

 

Claude Dupras