vendredi 16 juin 2006   
l'Algérie a mal
Inquiet

 

 

La démocratie n’est pas la solution à tous les maux, surtout lorsqu’elle est contrôlée par un individu ou un groupe d’individus appuyés par les services de sécurité du pays. Je le vois bien en l’Algérie d’aujourd’hui. J’ai travaillé dans ma carrière d’ingénieur près de 7 ans dans ce pays durant les années ’70. C’est un pays magnifique que j’ai appris à aimer. Je m’y suis fait de bons amis et depuis mon travail là-bas, j’ai toujours suivi de près son évolution politique. Malheureusement, suite à l’indépendance durement acquise en 1962, les nouveaux dirigeants ont opté pour un régime socialiste et totalitaire qui avait des teintes trotskystes. Dans ce temps-là, le pays était sous la domination d’un parti, le FLN, et d’un chef doué, Boumediene. C’était le pouvoir d’un homme, d’un parti, d’une armée. Les Algériens croyaient en un avenir rempli d’espoirs. Ils savaient que ce serait difficile de l'atteindre puisque l’exode du million de Français qui y vivaient avant la libération les a laissés seuls, du jour au lendemain. Ils ont fait les sacrifices, les efforts et ont investi les argents nécessaires pour se donner un bon pays, mais, malheureusement, tout a mal évolué et à la mort de Boumediene le tournant donné par les présidents qui l’ont suivi fut encore plus tragique. 

 

Finalement, après les troubles de 1980 à 1988, le multipartisme fut instauré et un nouvel espoir de bon gouvernement surgit. Mais les partis politiques qui ont vu le jour ont été créés et ont été influencés clandestinement par les services de sécurité du pays. La démocratie n’a donc jamais vraiment existé. Puis le pays a connu la guerre civile de la décennie 1990. Aujourd’hui, la situation est dramatique. La pénurie d’eau est généralisée dans les grandes villes, 8 millions de pauvres n’ont pas de logements, les services publics dont les routes sont délabrés, la distribution d’électricité et de gaz est défaillante. Il y a une absence d’infrastructures médicales, de transports publics, de communications, etc… Même le gouvernement est absent sauf pour le système policier qu’il a instauré pour contrôler la population. La justice est injuste. Et encore… Si ce n’était du système de filet social organisé autour de la famille élargie, ce serait un drame épouvantable.

 

Ne sachant plus comment réagir pour se faire entendre, après avoir tout essayé, les Algériens descendent par centaines ou milliers dans les rues pour tenir des révoltes spontanées dans tout le pays. Elles ne sont ni organisées ni appuyées par des mouvements de masses importants malgré que l’on ressent qu’il y a une révolte collective en sourdine. Elles ont des origines matérielles comme l’injustice de la distribution de nouveaux logements sociaux à des moins nécessiteux, les maladies d’enfants dues à l’environnement poussiéreux, des accidents mortels sur des routes brisées, une action policière jugée fasciste,  etc… De Bechar, à Oran, à Boumerdès, à Sétif, à Constantine, à Moussa, à El Oued, dans des dizaines de villes et villages, des Algériens montrent leur colère quotidienne. Ils paralysent la circulation, endommagent les équipements urbains, confrontent la police, etc… Partout en Algérie, les mini-révoltes deviennent le nouveau mode de protestation des Algériens démunis calqué sur celui des Kabyles des années ’80. Les participants font face à des arrestations et à des peines de prison. Nonobstant cela, la fréquence des soulèvements de mécontentement augmente à travers le pays.

 

Dans ce pays si riche, qui a des réserves en devises de plus de 50 milliards $, à cause de sa production importante de pétrole et de gaz, 33% de sa population est sous le seuil de la pauvreté. Les mini-révoltes sont devenues la principale façon pour ces pauvres d’exprimer leur misère et leur frustration. Et ce n’est pas l’oppression des forces de sécurité gouvernementale qui va arrêter ce mouvement. Le président actuel Bouteflika devrait s’inquiéter. Élu par une majorité écrasante, on dit que lui et les services de sécurité contrôlent tous les partis, la presse et ne se gênent pas pour emprisonner ceux qui attaquent le président ou le régime. Au lieu d’aider son peuple, Bouteflika est arrogant et méprisant envers lui. Cela démontre bien que ce n’est pas seulement parce qu’il y a des élections que la démocratie est saine et que le peuple est traité équitablement. J’espère que les mini-révoltes convaincront à la longue l'ensemble du peuple algérien à prendre son destin en main pour générer un grand coup de balai capable de changer profondément les choses en Algérie afin qu’une vraie démocratie s’installe. Ce ne sera pas facile.

 

Claude Dupras